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Lettre de démission : qu'est-ce que tu écris, et quand ton contrat finit-il ?

Ta lettre n'annonce pas seulement ton départ : elle fixe le jour où ton contrat prend fin. Reçue le 2 mars 2026 avec un préavis d'un mois, elle fait de ton dernier jour de contrat le 1er avril 2026 - soit 31 jours de préavis, du jour de la remise au dernier jour, week-ends compris. Et si tu veux partir plus tard, tu peux écrire dans la lettre le jour où ton préavis commence.

Ce qu'un préavis « d'un mois » te coûte vraiment

Jours calendaires entre la réception de ta lettre et la fin de ton contrat, premier et dernier jour compris, week-ends et jours fériés dedans

31 jours

préavis d'un mois

61 jours

préavis de deux mois

92 jours

préavis de trois mois, le cas fréquent des cadres

La date que ta lettre produit

Cas travaillé : lettre reçue le 2 mars 2026, un lundi

La date que ta lettre produit
Ton préavisDernier jour de contratCe qui tombe ce jour-là
Un mois1er avril 2026Dernier salaire au prorata et solde de tout compte
Deux mois1er mai 2026Idem, deux bulletins de paie plus tard
Trois mois1er juin 2026Idem, trois bulletins de paie plus tard
Un mois, avec 10 jours de congés acceptés avant11 avril 2026Le contrat est repoussé d'autant

Règle lue sur la fiche « Démission d'un salarié » de service-public.gouv.fr (fiche F2883) : le préavis se compte de date à date, du jour de la remise à la veille du même quantième du mois d'arrivée, sans tenir compte du nombre de jours du mois. Un contrat peut donc finir un week-end ou un jour férié : avec deux mois, la fin tombe ici le vendredi 1er mai 2026, un jour férié. La durée de ton préavis, elle, ne vient pas de la loi mais de ta convention collective.

Trois façons de remettre ta lettre, trois dates de départ

Ce qui fait courir le préavis n'est pas la date que tu écris en haut de la lettre, c'est le jour où ton employeur la reçoit

Trois façons de remettre ta lettre, trois dates de départ
Mode de remiseLe préavis part duCe qui te sert de preuve
Main propre contre déchargeJour de la remiseLe second exemplaire, daté et signé par ton employeur
Recommandé avec accusé de réceptionJour de première présentation par le facteurL'avis de réception postal
CourrielJour de réception, s'il est démontrableFragile : un accusé de lecture se désactive côté destinataire

En recommandé, c'est bien la PREMIÈRE PRÉSENTATION qui compte, y compris si personne n'était présent pour signer : la fiche F2883 fait partir le préavis le 8 juillet pour une lettre présentée ce jour-là et retirée le 10. Une remise en main propre contre décharge a la même valeur qu'un recommandé. La démission peut aussi être annoncée oralement, mais c'est alors à toi de prouver le jour de l'annonce.

Choisir ta date d'effet : ce que tu peux écrire dans la lettre

Par défaut, ton préavis commence le jour où ton employeur reçoit la lettre. Mais tu peux différer son point de départ, à condition de l'écrire noir sur blanc dans la lettre : « mon préavis débutera le [date] ». C'est ce que la fiche F2883 citée plus haut prévoit, et c'est la seule façon de fixer toi-même ta date de fin de contrat.

Exemple calculé : tu veux être libre le 1er septembre 2026 et ta convention prévoit un mois de préavis. Tu remets ta lettre avant le 1er août 2026 en écrivant que ton préavis débute ce jour-là. Ton dernier jour de contrat est alors le 31 août 2026, et tu commences ailleurs le lendemain, sans jour de battement ni jour de chevauchement.

Ce que tu ne peux pas écrire : une date plus tôt que ce que ton préavis permet. Une lettre « à effet immédiat » ne supprime pas le préavis : en CDI, tu ne peux pas quitter l'entreprise le jour même, sauf dispense acceptée par ton employeur ou situation sans préavis (grossesse, départ pour élever son enfant à la fin du congé de maternité, clause de conscience du journaliste). Si tu pars quand même, ton employeur peut te réclamer l'équivalent du préavis non effectué, et il n'a pas à te verser d'indemnité compensatrice.

Ton employeur ne peut ni refuser ta démission, ni en changer la date : c'est un acte unilatéral, et l'absence de réponse de sa part ne change rien. Elle peut être donnée à tout moment, même pendant un arrêt maladie ou un congé. Ce qu'il peut faire, c'est te dispenser d'effectuer ton préavis - et cette dispense, elle, a des conséquences sur ce que tu touches (plus bas).

Comment cette date se calcule

Un préavis exprimé en mois se compte de date à date : le jour de la remise est le premier jour du préavis, et le dernier jour de contrat est la veille du même numéro de jour, le mois suivant. Reçu le 12 mars, un préavis d'un mois court du 12 mars au 11 avril inclus ; reçu le 8 juillet, du 8 juillet au 7 août, l'exemple que donne service-public. On ne compte pas trente jours, et on ne va pas non plus jusqu'au même numéro de jour : ce serait un jour de trop.

Premier cas qui surprend : le numéro de jour qui n'existe pas. Une lettre reçue le 31 janvier avec un préavis d'un mois n'a pas de « veille du 31 février ». Le préavis se termine alors le dernier jour du mois d'arrivée, soit le 28 février, ou le 29 en année bissextile : il ne déborde jamais sur le mois suivant.

Second cas : les jours qui ne comptent pas double. Le décompte est calendaire. Les samedis, les dimanches et les jours fériés sont dedans, ils ne repoussent rien. Sur le cas travaillé plus haut, les 31 jours de préavis contiennent 8 samedis et dimanches : tu ne travailles pas 31 jours, mais ton contrat court bien jusqu'au bout.

Troisième cas : les congés payés. Des congés prévus avant que tu ne remettes ta lettre suspendent le préavis et repoussent la fin du contrat d'autant : c'est la dernière ligne du tableau. Des congés pris pendant le préavis par accord avec ton employeur ne le suspendent pas, et la fermeture annuelle de l'entreprise non plus. Une fois ta démission notifiée, ton employeur ne peut pas t'imposer de poser tes congés pendant le préavis. Et si tu démissionnes pendant tes congés, le préavis ne commence qu'à leur fin : pour une lettre présentée pendant des congés qui finissent le 24 août, service-public fait courir le préavis du 25 août au 24 septembre.

La durée, elle, ne vient pas du Code du travail : pour la plupart des salariés en CDI, elle est fixée par la convention collective, un accord ou un usage. Le « un mois » et le « trois mois pour les cadres » sortent de là, et le « préavis de quinze jours » que tu as peut-être lu n'est pas la règle générale : c'est le droit local d'Alsace-Moselle pour un salarié payé au mois. Notre page sur la durée du préavis de démission la donne convention par convention, et le simulateur du Code du travail numérique la calcule à partir de ta convention et de ton ancienneté. Assistante maternelle, ta convention compte ce préavis sur l'ancienneté d'accueil de l'enfant, et c'est le même que celui du parent qui retire l'enfant : ce que la fin du contrat d'une assistante maternelle impose et rapporte.

Tes congés non pris te seront payés

Ils tombent dans ton solde de tout compte, à la date que ta lettre vient de fixer. Selon la méthode retenue par ton employeur, le montant n'est pas le même : le calculateur applique les deux et garde la plus favorable, comme la loi l'impose.

Les cinq mentions qui suffisent, et les deux qui peuvent te coûter cher

Une seule chose est indispensable : que ta lettre exprime une volonté claire et non équivoque de rompre ton contrat. Le reste sert à dater et à identifier. Aucun formalisme légal ne s'impose au-delà.

  • Tes nom, prénom et adresse.
  • Le nom et l'adresse de ton employeur.
  • L'intitulé de ton poste.
  • La phrase qui tranche : « je démissionne de mon poste » ou « je romps mon contrat de travail ».
  • Le lieu, la date et ta signature manuscrite.

Une fois cette volonté exprimée clairement, la démission est définitive : tu ne peux pas te rétracter, sauf si ton employeur l'accepte. Relis avant de remettre.

Le modèle de lettre, avec la phrase qui fixe ta date

Le corps tient en trois phrases. Garde la première telle quelle : c'est elle qui rend la démission claire et non équivoque. Choisis la deuxième selon que tu pars à la réception de la lettre ou à une date que tu fixes.

[Tes prénom et nom]
[Ton adresse]

[Nom de l'employeur]
[Adresse de l'entreprise]

À [lieu], le [date]

Objet : démission

Madame, Monsieur,

Par la présente, je vous informe de ma décision de démissionner de mon poste de [intitulé], que j'occupe depuis le [date d'embauche].

Conformément aux dispositions applicables, mon préavis de [durée] débutera à la réception de ce courrier.
ou, pour fixer toi-même ta date : Conformément aux dispositions applicables, mon préavis de [durée] débutera le [date], de sorte que mon contrat prendra fin le [dernier jour].

Je vous remercie de me remettre, au terme de mon contrat, mon certificat de travail, mon reçu pour solde de tout compte et mon attestation France Travail.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Si tu veux partir plus tôt que ton préavis, ajoute : « Je vous saurais gré de bien vouloir me dispenser de tout ou partie de mon préavis. » Sache que cette phrase, si elle est acceptée, te fait renoncer à l'indemnité compensatrice pour la période non travaillée : la section suivante chiffre la différence.

Deux modèles officiels existent, gratuits et sans compte : le générateur de lettre de démission de service-public.gouv.fr (tu remplis tes informations, tu télécharges le PDF, tu signes) et le modèle du Code du travail numérique, qui propose lui aussi les deux variantes, avec et sans demande de dispense.

La dispense de préavis : qui la demande change tout

Même situation vue de l'extérieur, résultat financier opposé

1

Ton employeur te dispense de son initiative

Il te libère avant la fin du préavis alors que tu étais prêt à l'effectuer. Il te doit alors une indemnité compensatrice de préavis, égale à ce que tu aurais perçu en travaillant jusqu'au bout. Ton contrat prend quand même fin à la date initialement prévue.

2

Tu demandes la dispense et il accepte

Tu pars plus tôt à ta demande. Rien ne t'est dû pour la période non travaillée : la dispense t'arrange, elle ne se paie pas. C'est le cas de figure que les lettres « avec demande de dispense de préavis » déclenchent, souvent sans que leur auteur le sache.

3

Tu pars sans préavis et sans accord

Ton employeur peut réclamer une indemnité correspondant au préavis non effectué, et il peut la retenir sur ton solde de tout compte. C'est la seule des trois situations qui te fait perdre de l'argent que tu avais déjà gagné.

Quatre situations où ce calendrier ne s'applique pas tel quel

Pendant la période d'essai, ce n'est pas une démission

Rompre sa période d'essai n'est juridiquement pas une démission, et le vocabulaire compte : on parle de rupture de la période d'essai. Tu ne dois pas un préavis mais un délai de prévenance, qui se compte en jours et non en mois, et qui est bien plus court.

Conséquence pratique : le calendrier de cette page ne s'applique pas à ta situation, et une lettre intitulée « lettre de démission » pendant l'essai entretient la confusion. Écris « rupture de ma période d'essai ».

En CDD, la démission n'existe pas

Un contrat à durée déterminée ne se rompt pas par démission. Il ne prend fin avant son terme que dans des cas limités : l'accord des deux parties, la faute grave, la force majeure, l'inaptitude constatée - et, seule voie réellement à ta main, la justification d'une embauche en CDI.

Dans ce dernier cas tu dois un préavis, mais il ne se compte ni comme celui d'un CDI ni en mois : il est proportionnel à la durée déjà effectuée, et il est court. Le calendrier de cette page ne s'applique donc pas, et une lettre de démission classique n'a pas d'effet ici : c'est la justification de ton embauche en CDI qui ouvre la sortie.

Démissionner pour toucher l'allocation des travailleurs de l'amiante

Si ta caisse a accepté ta demande d'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante, c'est ta démission qui ouvre le versement : l'article 41 de la loi du 23 décembre 1998 prévoit que le salarié admis au bénéfice de l'allocation présente sa démission à son employeur. Envoie donc ta lettre après avoir reçu la décision d'admission de ta caisse, et cite cette décision dans la lettre.

Deux choses changent par rapport au modèle plus haut. Ton préavis n'a pas la durée d'un préavis de démission : il a celle du préavis de licenciement, précise la fiche « Préretraite amiante du salarié du secteur privé » de service-public.gouv.fr. Et ton employeur te doit une indemnité de cessation d'activité, d'un montant égal àl'indemnité de départ à la retraite calculée sur ton ancienneté au jour de la rupture, ou davantage si ta convention collective, un accord ou ton contrat de travail prévoit mieux pour le départ à la retraite. Le même article 41 exclut cette indemnité de l'assiette des cotisations de sécurité sociale.

Objet : démission pour bénéficier de l'allocation des travailleurs de l'amiante

Madame, Monsieur,

Par la présente, je vous informe de ma décision de démissionner de mon poste de [intitulé], que j'occupe depuis le [date d'embauche], afin de bénéficier de l'allocation de cessation anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante, à laquelle [nom de la caisse] m'a admis par décision du [date de la notification], dont je joins une copie.

Mon préavis de [durée] débutera à la réception de ce courrier, de sorte que mon contrat prendra fin le [dernier jour].

Conformément à l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998, je vous remercie de me verser, au terme de mon contrat, l'indemnité de cessation d'activité prévue par ce texte, et de me remettre mon certificat de travail et mon reçu pour solde de tout compte.

Le reste de la lettre - tes coordonnées, celles de ton employeur, le lieu, la date et ta signature - suit le modèle plus haut. Avant de l'envoyer, vérifie qui a droit à l'allocation des travailleurs de l'amiante, dès quel âge, et combien elle verse : une fois remise, ta démission est définitive, sauf accord de ton employeur.

L'abandon de poste n'est pas une porte de sortie, et le chômage n'est pas automatique

Le salarié qui abandonne volontairement son poste est présumé démissionnaire, une fois mis en demeure de reprendre son travail. À défaut de motif légitime, un abandon de poste ne remplit pas la condition de chômage involontaire, donc il n'ouvre pas plus de droits qu'une démission ordinaire.

Ce qu'il coûte en plus : tu perds la maîtrise de la date de fin de ton contrat, donc celle de ton dernier salaire, et tu t'exposes à la retenue du préavis non effectué. Le détail de la présomption de démission vit sur sa page dédiée.

Et après une démission ordinaire, l'allocation chômage n'est pas due en principe : elle est réservée à qui perd son emploi involontairement. Deux portes restent ouvertes, lues sur la fiche « Démission » de l'Unédic : les démissions reconnues comme légitimes (suivre un conjoint qui déménage pour son travail, salaires impayés, violences conjugales, entre autres, listées à l'article 2 du règlement général annexé à la convention du 15 novembre 2024), et le cas où tu retravailles au moins 65 jours ou 455 heures après ton départ volontaire avant de perdre cet emploi : la condition est alors de nouveau remplie. La liste complète des motifs légitimes et les justificatifs à fournir sont sur notre page dédiée au chômage après démission.

Démission, abandon, licenciement, rupture conventionnelle : les quatre fins de contrat ne laissent ni la même indemnité, ni le même préavis, ni le même accès au chômage. Ce que chaque fin de contrat te laisse les compare sur ces trois points.