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Après un abandon de poste, as-tu droit au chômage ?

En principe non, et c'est ce qui a changé. Si ton employeur te met en demeure de justifier ton absence et de reprendre ton poste, et que tu ne le fais pas dans le délai qu'il a fixé, tu es présumé démissionnaire : le contrat est rompu, et l'allocation chômage ne t'est pas ouverte.

Ce délai ne peut pas être inférieur à 15 jours calendaires, et cinq situations arrêtent la procédure avant son terme. Tant que la mise en demeure n'est pas partie, rien ne se déclenche : ton contrat est seulement suspendu, sans salaire.

Trois nombres décident, et aucun n'est un montant

0 € d'allocation

si la présomption de démission va à son terme

15 jours au minimum

le plancher du délai que la mise en demeure doit laisser

121 jours sans rien

avant de pouvoir demander un réexamen à l'instance paritaire

Ce qui décide de ton droit à l'allocation

Cinq situations, et une seule mène à la démission présumée

Ce qui décide de ton droit à l'allocation
Ta situationCe que devient le contratDroit à l'allocation
Tu justifies ton absence par un motif légitimela procédure s'arrête, le contrat continueinchangé
Tu reprends le poste sans justifier ton absencele contrat se poursuit, une sanction reste possibleinchangé
Tu ne réponds pas dans le délai fixé par la lettredémission présumée à la date limite de repriseaucun
Tu réponds que tu ne reprendras pas ton postedémission présumée, à la même dateaucun
Ton employeur n'envoie aucune mise en demeurecontrat suspendu, sans salaire, sans ruptureaucun, et rien à demander

La dernière ligne est celle que presque personne ne traite, et c'est la plus fréquente au début : tant que la lettre n'est pas partie, il ne se passe rien du tout.

Ce que la lettre de mise en demeure doit contenir

Sans ces éléments, la procédure n'est pas celle que la loi décrit

Ce que la lettre de mise en demeure doit contenir
Élément de la lettreStatutCe que ça change pour toi
La demande de justifier ton absenceobligatoirec'est l'ouverture du délai, et ta fenêtre pour répondre
Le délai pour reprendre ton posteau moins 15 jours calendairesc'est la date écrite dans la lettre qui fait foi, pas le plancher
La mention que tu seras présumé démissionnaireobligatoireet que tu seras tenu de respecter un préavis
La mention de la perte des allocations chômagefacultativeson absence ne te rend pas le droit pour autant
La forme du courrierrecommandé, ou remis en main propre contre déchargec'est la présentation du courrier qui fait courir le délai

Le préavis démarre à la date limite de reprise inscrite dans ce courrier, et non au jour où tu as cessé de venir.

Comment se compte le délai, et pourquoi ce n'est pas « 15 jours »

Le décret ne fixe pas une durée, il fixe un plancher. La formulation officielle est « le délai minimal laissé au salarié pour reprendre son poste de travail », et ce minimum est de 15 jours calendaires, week-ends et jours fériés compris. Un employeur qui accorde trois semaines est parfaitement dans la règle, et c'est alors trois semaines qui comptent.

Le point de départ n'est pas la date d'envoi du courrier : c'est sa présentation, c'est-à-dire l'avis de passage du recommandé, ou la remise en main propre contre décharge. Entre l'envoi et la présentation il peut s'écouler plusieurs jours, et ils ne sont pas décomptés.

Cette distinction explique une divergence que tu rencontreras : la fiche du ministère décrit un plancher, quand la page de France Travail présente le même nombre comme le délai lui-même. Les deux se rejoignent chaque fois que l'employeur retient le minimum, ce qui est le cas le plus fréquent, et se séparent dès qu'il accorde davantage. La date qui te concerne est celle qui est écrite dans ta lettre.

Ton droit reste ouvert dans deux cas sur cinq

Si ton absence était justifiée, ou si la procédure n'a jamais été engagée, ton droit à l'allocation n'a pas bougé. Reste à savoir si tu remplis les conditions d'ouverture, et ce que ça représente par mois.

Cinq motifs arrêtent la procédure, même après la lettre

La présomption de démission n'est pas automatique, et c'est la fiche du ministère du Travail qui le dit : si le salarié répond à la mise en demeure en justifiant son absence par un motif légitime, la procédure « ne doit pas être poursuivie ». Cinq situations sont citées.

  • L'état de santé, quand tu t'es absenté pour consulter un médecin qui t'a prescrit un arrêt de travail portant la date du jour où tu as quitté ton poste.
  • L'exercice du droit de grève.
  • Le refus d'exécuter une instruction contraire à une réglementation.
  • Le refus d'une modification de ton contrat de travail décidée par l'employeur.
  • Le signalement, à cette occasion, d'un danger grave et imminent pour ta vie ou ta santé.

Répondre change donc tout, et répondre coûte un courrier. Un salarié qui reste silencieux pendant que le délai s'écoule perd un droit qu'une justification aurait préservé, et c'est le point sur lequel se joue l'essentiel des dossiers.

Le droit fermé n'est pas définitif

Deux portes restent ouvertes après une démission présumée, et elles n'ont ni le même délai ni le même interlocuteur.

Le réexamen par l'instance paritaire régionale

France Travail le prévoit pour toute démission qui n'entre dans aucun cas légitime : il faut patienter 121 jours sans allocation, présenter les efforts déployés pour retrouver un emploi, et l'instance paritaire régionale peut décider d'attribuer l'allocation à compter du 122e jour.

Le détail de cette démarche, les pièces à réunir et ce que l'instance regarde vivent dans notre dossier sur les démissions qui donnent droit à l'allocation.

La contestation devant le conseil de prud'hommes

Contester la rupture fondée sur la présomption de démission se fait directement devant le bureau de jugement, sans passage par la conciliation. Il statue au fond dans un délai de un mois à compter de sa saisine, et recherche la nature réelle de la rupture : licenciement, prise d'acte ou démission.

Ces deux voies ne se cumulent pas dans le temps de la même façon : la première suppose d'attendre sans revenu, la seconde de faire trancher la qualification de la rupture. Ce qui les rend comparables est ce qu'elles rouvrent, le calcul de l'allocation étant identique dans les deux cas.

Aller plus loin

D'où vient la croyance des 48 heures

Deux jours d'absence injustifiée sont souvent présentés comme le seuil à partir duquel un abandon de poste est constitué, et l'une des pages les mieux classées sur le sujet l'écrit comme une règle de droit. Ce délai ne figure nulle part dans la procédure de présomption de démission.

Ce qui est vrai est plus simple : après quelques jours d'absence sans nouvelle, un employeur commence à s'interroger, et c'est de là que vient l'usage. Mais rien ne se déclenche à ce moment-là. Le seul délai qui produit un effet juridique est celui de la mise en demeure, et il ne peut pas être inférieur à 15 jours calendaires.

Une absence injustifiée de deux jours expose donc à une sanction disciplinaire, jamais à une rupture automatique du contrat.

Ce que tu reçois quand même : les documents de fin de contrat

Une démission présumée est une fin de contrat comme une autre du point de vue des formalités. L'employeur remet le certificat de travail, le reçu pour solde de tout compte et l'attestation d'assurance chômage, exactement comme pour n'importe quelle démission.

Recevoir l'attestation d'assurance chômage ne signifie donc pas que le droit est ouvert : c'est un document que l'employeur doit remettre dans tous les cas, et c'est France Travail qui apprécie ensuite la nature de la rupture.

Le solde de tout compte porte le salaire des jours travaillés et l'indemnité compensatrice de congés payés. Il ne porte pas d'indemnité de licenciement, puisqu'il n'y a pas de licenciement.

L'ancienne mécanique, et pourquoi elle circule encore

Avant la loi du 21 décembre 2022, un abandon de poste conduisait le plus souvent à un licenciement pour faute grave. Le salarié perdait son indemnité de licenciement et son préavis, mais la rupture restait une perte involontaire d'emploi : l'allocation lui était ouverte.

C'est encore ce que décrivent beaucoup de pages, et c'est ce qui rend le sujet confus. Le mécanisme du licenciement pour faute grave reste exact pour les autres fautes ; il n'est simplement plus l'issue ordinaire d'un abandon de poste.

La présomption de démission n'a pas supprimé le licenciement : elle a ajouté un chemin que l'employeur peut choisir d'emprunter, et qui ferme le droit à l'allocation.

Abandon de poste et arrêt maladie : la ligne de partage

C'est le premier des motifs légitimes, et le plus fréquent. Un salarié qui quitte son poste, consulte un médecin, et obtient un arrêt de travail portant la date du jour de son départ n'est pas dans une situation d'abandon de poste : son absence est justifiée.

Ce qui compte est la date du certificat et le fait de le transmettre. Un arrêt obtenu plus tard, ou jamais envoyé à l'employeur, ne produit pas le même effet, et la fenêtre pour le faire est celle du délai de la mise en demeure.

La question de la rémunération pendant l'arrêt relève d'un autre régime que celui de l'allocation chômage, et elle ne se joue pas au même endroit.

Le cas du CDD et celui de la période d'essai

Les deux situations reviennent souvent, et elles ne se traitent pas comme un CDI arrivé à son terme naturel. La rupture d'une période d'essai à l'initiative du salarié s'apparente à une démission du point de vue de l'assurance chômage, et n'ouvre donc pas de droit, sauf à relever d'un des cas que la réglementation reconnaît.

Les cas reconnus, leurs justificatifs et leur ordre de priorité sont détaillés dans notre guide du chômage après une démission, qui porte la liste complète. Ils valent pour une démission posée comme pour une démission présumée, puisque c'est la même qualification.

Savoir ce que ça représente, avant de décider

Une allocation qui n'est pas ouverte se chiffre aussi : c'est le revenu auquel tu renonces. Les deux outils donnent le montant et la durée à partir de ton salaire, dans le cas où le droit existe.

Questions fréquentes sur l'abandon de poste et le chômage