Aller au contenu principal

Prud'hommes : combien tu peux obtenir pour un licenciement abusif ?

Une fourchette, pas un montant. Avec 2 500 € brut par mois et 10 ans d'ancienneté, le conseil ne peut pas descendre sous 7 500 € ni dépasser 25 000 €. C'est la loi qui fixe les deux bornes, et ton ancienneté qui les déplace. Cette somme s'ajoute à ton indemnité de licenciement, elle ne la remplace pas.

Ce que la loi borne, et ce qu'elle ne borne pas

Trois repères pour situer ta fourchette avant de lire la grille

20 mois

le plafond le plus élevé du barème, atteint à 29 ans d'ancienneté

3 mois

le minimum garanti dès 2 ans d'ancienneté dans une entreprise de 11 salariés et plus

aucun

plafond quand le licenciement est nul : le juge est libre, avec un plancher de 6 mois

Ta fourchette, selon ton ancienneté

Pour un salaire de référence de 2 500 € brut par mois, dans une entreprise de 11 salariés ou plus

Ta fourchette, selon ton ancienneté
AnciennetéEn mois de salaireEn euros bruts
1 ande 1 à 2 moisde 2 500 € à 5 000 €
5 ansde 3 à 6 moisde 7 500 € à 15 000 €
10 ansde 3 à 10 moisde 7 500 € à 25 000 €
20 ansde 3 à 15,5 moisde 7 500 € à 38 750 €
30 ansde 3 à 20 moisde 7 500 € à 50 000 €

Le juge fixe le montant DANS cette fourchette : rien ne garantit le haut, et il ne peut pas descendre sous le bas. Les montants sont bruts. Le salaire de référence retenu est ton salaire habituel, et une année d'ancienneté incomplète ne compte pas : la loi raisonne en années complètes. Source : article L1235-3 du code du travail.

Le barème complet, année par année

Article L1235-3 du code du travail, en mois de salaire brut

Le barème complet, année par année
AnciennetéMinimum (moins de 11 salariés)Minimum (11 salariés et plus)Maximum
moins d'un anaucun minimumaucun minimum1 mois
1 an0,5 mois1 mois2 mois
2 ans0,5 mois3 mois3,5 mois
3 ans1 mois3 mois4 mois
4 ans1 mois3 mois5 mois
5 ans1,5 mois3 mois6 mois
6 ans1,5 mois3 mois7 mois
7 ans2 mois3 mois8 mois
8 ans2 mois3 mois8 mois
9 ans2,5 mois3 mois9 mois
10 ans2,5 mois3 mois10 mois
11 ans3 mois3 mois10,5 mois
12 ans3 mois3 mois11 mois
13 ans3 mois3 mois11,5 mois
14 ans3 mois3 mois12 mois
15 ans3 mois3 mois13 mois
16 ans3 mois3 mois13,5 mois
17 ans3 mois3 mois14 mois
18 ans3 mois3 mois14,5 mois
19 ans3 mois3 mois15 mois
20 ans3 mois3 mois15,5 mois
21 ans3 mois3 mois16 mois
22 ans3 mois3 mois16,5 mois
23 ans3 mois3 mois17 mois
24 ans3 mois3 mois17,5 mois
25 ans3 mois3 mois18 mois
26 ans3 mois3 mois18,5 mois
27 ans3 mois3 mois19 mois
28 ans3 mois3 mois19,5 mois
29 ans3 mois3 mois20 mois
30 ans et au-delà3 mois3 mois20 mois

Le maximum ne dépend PAS de la taille de l'entreprise : seul le minimum change, et seulement jusqu'à 10 ans d'ancienneté. À partir de 11 ans les deux colonnes de minimum se rejoignent. Sous un an d'ancienneté la loi ne fixe aucun plancher : le juge apprécie le préjudice sous le seul plafond.

Comment on passe des mois aux euros

Le barème s'exprime en mois de salaire brut, jamais en euros : c'est ce qui lui permet de valoir pour tout le monde. La conversion se fait en trois temps.

  1. Ton salaire de référence. C'est ton salaire brut habituel. Contrairement à l'indemnité légale de licenciement, la loi ne fixe pas ici de formule de moyenne : le conseil retient ta rémunération réelle.
  2. Ton ancienneté en années complètes. Neuf ans et onze mois valent neuf ans, pas dix. Elle se compte à la date d'envoi de la lettre de licenciement.
  3. La multiplication. Pour 10 ans et 2 500 € brut, le minimum de 3 mois donne 3 × 2 500 € = 7 500 €, et le maximum de 10 mois donne 25 000 €.

Ce que le calcul ne dit pas, et que personne ne peut te dire à l'avance : où le juge se place dans la fourchette. Il tient compte du préjudice réel, de ton âge, de ta capacité à retrouver un emploi, et il peut prendre en considération les indemnités conventionnelles que tu as déjà perçues.

Ton salaire n'est pas rond, ton ancienneté non plus

Le cas travaillé ci-dessus tombe juste. Le tien probablement pas. Et le barème te donne du brut, quand la question qui compte est ce qui arrive sur le compte : le simulateur convertit tes montants réels.

Ce qui s'ajoute au barème, et ce qui en est retiré

L'indemnité prud'homale n'arrive jamais seule. Elle se cumule avec ce que ton employeur te devait déjà au titre de la rupture, et la fiche officielle le dit en toutes lettres.

  • L'indemnité légale de licenciement. Due dans tout licenciement sauf faute grave ou lourde, dès 8 mois d'ancienneté, même quand le licenciement est parfaitement justifié. Elle suit sa propre formule et le détail vit dans notre guide de l'indemnité de licenciement, qui possède ce sujet.
  • L'indemnité compensatrice de préavis et l'indemnité compensatrice de congés payés, si elles n'ont pas été versées. Ce sont du salaire, avec les conséquences fiscales que cela implique, ci-dessous.
  • Les indemnités de procédure en cas de licenciement économique : défaut de consultation des représentants du personnel, non-respect de la priorité de réembauche, absence de comité social et économique.

Une limite que presque personne ne publie : sur un licenciement économique, ce cumul avec les indemnités de procédure ne peut pas dépasser le montant maximum de l'indemnité pour licenciement abusif. Autrement dit, le plafond du barème plafonne aussi la somme des réparations liées à la procédure.

Est-ce imposable ? Deux sources officielles ne disent pas la même chose

C'est la question qui décide de ce qui reste réellement, et les deux publications de l'État ne l'énoncent pas de la même façon.

  • La fiche grand public écrit, sans condition : « l'indemnité pour licenciement abusif n'est pas soumise à l'impôt sur le revenu ».
  • L'administration fiscale énonce la condition exacte : sont intégralement exonérées les indemnités versées « aux salariés qui justifient d'une ancienneté minimum de deux ans dans une entreprise occupant habituellement au moins onze salariés ».

Les deux sont vraies, et l'écart est un écart de périmètre, pas une erreur. La fiche décrit le cas courant ; le texte fiscal décrit la borne. Hors de ce périmètre, les dommages et intérêts sont traités « dans les conditions de droit commun » et se reportent lignes 1AJ à 1DJ de la déclaration de revenus. Le système du quotient (case 0XX) reste alors applicable, quel que soit le montant.

Ce qui rend cette condition importante, et ce que le rapprochement fait apparaître : elle reprend exactement les deux axes du barème lui-même, l'ancienneté et l'effectif. Les salariés qui perçoivent les montants les plus faibles, moins de 2 ans d'ancienneté ou moins de 11 salariés, sont donc aussi ceux dont l'argent est imposable. Le désavantage se cumule.

Et la condition ne pèse pas sur tous les postes. Le texte fiscal la rattache aux dommages et intérêts qui sanctionnent un licenciement irrégulier, abusif ou intervenu en violation d'un plan de sauvegarde de l'emploi. Il exonère séparément, et sans condition d'ancienneté ni d'effectif, les indemnités accordées en cas de vice de procédure ou de licenciement reconnu pour cause discriminatoire. Un salarié de moins de 2 ans dans une petite entreprise, dont le licenciement est jugé discriminatoire, est donc exonéré là où le même salarié licencié « seulement » sans cause réelle et sérieuse ne l'est pas.

Du côté des cotisations, la fiche grand public écrit seulement « peut être exonérée, sous certaines conditions ». L'organisme de recouvrement, lui, les énonce : les indemnités accordées par le juge sont exonérées de cotisations tant que le total de tes indemnités de rupture reste sous 96 120 €, soit deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. Et pour la CSG-CRDS, il est encore plus direct : l'indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse « est exonérée de CSG et de CRDS dans la limite de deux Pass ».

Le point que personne ne publie tient dans un mot de cette phrase : le TOTAL. Le plafond ne s'applique pas à chaque somme séparément, mais à leur addition. Ton indemnité légale de licenciement consomme donc une part du plafond, et il ne reste que le solde pour ce que le juge t'accorde. L'organisme l'écrit en toutes lettres : ces indemnités sont exonérées « déduction faite de l'exonération déjà appliquée à l'indemnité de licenciement ».

La conséquence est contre-intuitive et elle se lit dans le bon sens : plus ton ancienneté est longue, plus ton indemnité légale est élevée, et moins il reste de plafond pour absorber la condamnation. Un salarié de 25 ans d'ancienneté peut donc voir cotiser une part de ce que le conseil lui accorde, là où un salarié de 5 ans ne le verra pas - alors que c'est le premier qui a obtenu le plus.

Ce qui ne souffre aucune ambiguïté, en revanche, c'est le régime par défaut : hors des trois exonérations ci-dessus, l'administration renvoie aux « conditions de droit commun » et aux lignes 1AJ à 1DJ de la déclaration, qui sont celles des traitements et salaires. Autrement dit, ce qui n'est pas expressément exonéré est traité comme du salaire.

La conciliation peut rapporter plus que le procès

Avant tout jugement, le bureau de conciliation peut proposer un accord assorti d'une indemnité forfaitaire de conciliation. Elle a son propre barème, fixé à l'article D1235-21, et il monte plus haut que celui du juge.

À 30 ans d'ancienneté, la conciliation ouvre 24 mois de salaire, là où le plafond appliqué par le conseil s'arrête à 20 mois. À 10 ans, elle donne 10 mois, soit 25 000 € avec 2 500 € brut : c'est exactement le maximum que le juge pourrait accorder, sauf qu'ici le montant est acquis. Elle est de plus intégralement exonérée d'impôt dans la limite de ce barème, sans la condition d'ancienneté et d'effectif qui pèse sur les dommages et intérêts.

Pour aller plus loin

Poste par poste : ce qui est exonéré et ce qui ne l'est pas

l'addition que personne ne fait
Ce que le conseil t'accordeImpôt sur le revenuCotisations sociales
Dommages et intérêts pour licenciement abusif, irrégulier, ou en violation d'un plan de sauvegarde de l'emploiExonérés SI tu justifies d'au moins 2 ans d'ancienneté ET que l'entreprise occupe habituellement au moins 11 salariés. Sinon : droit commun, lignes 1AJ à 1DJExonérés tant que le TOTAL de tes indemnités de rupture reste sous 96 120 €
Indemnité pour vice de procédureExonérée, sans condition d'ancienneté ni d'effectifMême plafond global
Indemnité pour licenciement reconnu discriminatoireExonérée, sans condition d'ancienneté ni d'effectifMême plafond global
Indemnité forfaitaire de conciliationExonérée dans la limite du barème de l'article D1235-21Exonérée si le montant suit le barème ET que le total reste sous 96 120 €
Tout le reste de la condamnationDroit commun : lignes 1AJ à 1DJ, celles des traitements et salairesCotisé comme du salaire

Le système du quotient (case 0XX) s'applique à la part imposable, QUEL QUE SOIT son montant : c'est ce qui évite qu'une somme perçue en une fois te fasse changer de tranche. Source : impots.gouv.fr, « Je reçois des indemnités prud'homales, dois-je les déclarer ? ». Cette colonne ne traite QUE l'impôt sur le revenu : sur les cotisations, la fiche service-public écrit « peut être exonérée, sous certaines conditions » sans les énumérer, et nous ne les inventons pas.

Le barème de la conciliation, année par année

la grille complète de l'article D1235-21
AnciennetéIndemnité forfaitaire
moins d'un an2 mois de salaire
de 1 à moins de 8 ans3 mois pour 1 an, plus 1 mois par année supplémentaire
de 8 à moins de 12 ans10 mois de salaire
de 12 à moins de 15 ans12 mois de salaire
de 15 à moins de 19 ans14 mois de salaire
de 19 à moins de 23 ans16 mois de salaire
de 23 à moins de 26 ans18 mois de salaire
de 26 à moins de 30 ans20 mois de salaire
30 ans ou plus24 mois de salaire

La règle de la deuxième ligne se raccorde exactement à la tranche suivante : 3 mois pour 1 an plus 7 années supplémentaires donnent bien 10 mois à 8 ans. Source : service-public.gouv.fr, fiche F31668.

Quand le juge n'est pas tenu par le plafond

les cas de nullité du licenciement

Le barème ne s'applique pas quand le licenciement est nul : harcèlement moral ou sexuel, discrimination, violation d'une liberté fondamentale, licenciement d'une salariée enceinte ou d'un salarié protégé, sanction d'une action en justice du salarié. Dans ces cas la loi fixe un plancher de 6 mois de salaire et n'impose aucun plafond au conseil.

Le détail des situations qui écartent le plafond, et l'état de la jurisprudence, vivent dans notre article sur le plafond remis en cause dans trois cas.

Ne pas confondre avec l'indemnité de licenciement

deux sommes, deux mécanismes, et elles s'additionnent

C'est la confusion la plus fréquente du sujet, et elle coûte cher parce qu'elle fait renoncer à une somme.

  • L'indemnité légale de licenciement est un dû automatique. Elle est versée par l'employeur, sans juge, dans tout licenciement sauf faute grave ou lourde, dès 8 mois d'ancienneté. Sa formule est fixe et ne dépend d'aucune appréciation.
  • L'indemnité pour licenciement abusif est une réparation. Elle n'existe que si le conseil de prud'hommes juge le licenciement sans cause réelle et sérieuse, et son montant est apprécié dans la fourchette du barème.

Elles ne se remplacent pas : le salarié qui gagne aux prud'hommes conserve son indemnité légale et reçoit la réparation en plus. La grille de la première vit dans le guide de l'indemnité de licenciement.

Questions fréquentes

Le barème te donne du brut. Ton compte, lui, reçoit du net

Les dommages et intérêts échappent à l'impôt sous condition, mais le préavis et les congés payés qui les accompagnent sont du salaire ordinaire. Chiffre la part cotisée de ce que tu réclames.

Les montants de cette page sont indicatifs : le conseil de prud'hommes fixe l'indemnité dans la fourchette légale en fonction de ta situation réelle. Pour la conversion en net de la part cotisée, ouvre le simulateur brut-net.