Ton préavis ne sera pas effectué : est-ce qu'on te le paie ?
Ça dépend d'une seule chose, et ce n'est pas celle qu'on croit : qui a demandé la dispense. Si c'est ton employeur, il te doit le salaire que tu aurais gagné jusqu'au bout 5 000 € brut pour 2 500 € par mois et 2 mois de préavis, soit 3 958 € une fois les cotisations retenues. Si c'est toi qui as demandé à partir tout de suite, il ne te doit rien.
Convertir mon indemnité en netRègles vérifiées le auprès de service-public.gouv.fr, « Indemnité compensatrice de préavis pour un salarié », fiche F24660 et de la fiche F2883 sur la démission d'un salarié. Les articles du Code du travail sont liés là où la page les emploie. Les montants ne sont pas recopiés : ils se recalculent à partir des taux de cotisation en vigueur.
Trois issues, et elles ne se ressemblent pas
La même absence au bureau donne trois résultats opposés selon qui l'a décidée.
100 %
de ton salaire quand c'est ton employeur qui te dispense : il ne peut pas te priver de ce que tu aurais gagné
0 €
quand c'est toi qui as demandé à partir et qu'il a accepté : aucune indemnité n'est due
Tu paies
quand tu pars sans son accord : il peut te réclamer la somme devant le conseil de prud'hommes
Ce que rapporte une dispense décidée par ton employeur
Sur 2 mois de préavis, la durée légale à partir de deux ans d'ancienneté.
| Ton salaire brut | Indemnité brute | Après cotisations | Après impôt |
|---|---|---|---|
| 1 867 € | 3 734 € | 2 956 € | 2 956 € |
| 2 200 € | 4 400 € | 3 483 € | 3 438 € |
| 2 500 € | 5 000 € | 3 958 € | 3 843 € |
| 3 000 € | 6 000 € | 4 750 € | 4 498 € |
| 3 500 € | 7 000 € | 5 541 € | 5 126 € |
| 4 500 € | 9 000 € | 7 124 € | 6 418 € |
Montants arrondis à l'euro pour la lecture, calculés en pleine précision. Assiette retenue : le salaire de base seul, donc un plancher. La dernière colonne applique le taux neutre du prélèvement à la source ; avec un taux personnalisé, elle diffère. Salarié du secteur privé, calcul mois par mois.
Dans quel cas l'indemnité est-elle due ?
La réponse ne dépend ni de ton ancienneté ni de ton salaire, mais de la situation qui met fin au contrat.
| La situation | Indemnité | Ce que ça change pour toi |
|---|---|---|
| Ton employeur te dispense | Due | Il te verse le salaire que tu aurais gagné, et tu peux être embauché ailleurs tout de suite |
| Tu demandes la dispense, il accepte | Non due | Tu pars plus tôt, mais tu renonces aux mois correspondants |
| Tu pars sans son accord | À l'envers | Il peut t'en réclamer le paiement devant le conseil de prud'hommes |
| Licenciement pour faute grave ou lourde | Non due | Il n'y a pas de préavis du tout dans ces deux cas |
| Rupture conventionnelle | Non due | Il n'y a pas de préavis, seulement des délais de procédure pendant lesquels tu es payé |
| Rupture de la période d'essai | Non due | Un délai de prévenance s'applique à la place ; non respecté, il ouvre sa propre indemnité |
| Licenciement économique, congé de reclassement | Due | Tu es dispensé d'office, donc l'indemnité suit |
| Licenciement économique, CSP accepté | Ça dépend | Le contrat de sécurisation professionnelle : selon ton ancienneté et la durée du préavis, détaillé plus bas |
| Inaptitude d'origine non professionnelle | Non due | Après une maladie ou un accident sans lien avec le travail |
| Inaptitude après un accident du travail | Non due, mais | Une indemnité d'un montant égal t'est versée à la place |
| Licenciement jugé sans cause réelle | Due | Quand le juge écarte la cause du licenciement, même si tu étais en arrêt de travail |
| Arrêt maladie ou congé parental | Non due | Pendant le préavis, et sauf si ton employeur t'a par ailleurs dispensé |
Source : service-public.gouv.fr, fiche F24660, et fiche F2883 pour la démission. Une convention collective peut prévoir des dispositions différentes, toujours dans un sens plus favorable.
Comment ce montant se calcule, ligne par ligne
La règle tient en une phrase, et c'est celle que publie la fiche officielle : l'indemnité est égale au salaire brut que tu aurais perçu si tu avais continué à travailler jusqu'à la fin du préavis. Il n'y a donc pas de barème, pas de coefficient, pas d'abattement : c'est ta paie habituelle, répétée autant de fois que ton préavis compte de mois.
Ce qui fait la différence entre le montant annoncé et celui qui arrive sur le compte, ce sont les cotisations salariales. Elles ne sont pas proportionnelles au brut et elles ne dépendent pas du statut : ce qui les fait varier est le NIVEAU de salaire, avec une rupture au plafond mensuel de la Sécurité sociale. Sous ce plafond elles pèsent 20,84 % du brut.
Sur le cas du tableau : 2 500 € brut par mois, 2 mois de préavis, donc 5 000 € brut. Les cotisations en retirent 1 042 € et il reste 3 958 €. Le prélèvement à la source s'applique ensuite comme sur un salaire, ce qui ramène le versement à 3 843 € au taux neutre.
Deux précisions sur la méthode, parce qu'elles déplacent le résultat. Le calcul est fait MOIS PAR MOIS puis additionné, ce qui correspond à la première des deux échéances de versement que la fiche autorise. Et aucun arrondi n'intervient en cours de route : arrondir le net mensuel avant de le multiplier fait bouger le total de près d'un euro sur trois mois de préavis.
La durée, elle, ne se lit pas ici. Elle dépend de ton ancienneté et de ta convention collective, et elle est publiée sur la page qui porte la grille par ancienneté. Retiens la ligne qui sert de base au tableau ci-dessus : à partir de deux ans d'ancienneté, le préavis légal de licenciement est de deux mois.
Ton brut n'est pas dans le tableau ?
Le tableau s'arrête à six lignes. Le simulateur convertit n'importe quel montant, tranche par tranche, avec le détail de chaque cotisation retenue. Gratuit, sans inscription, résultat immédiat.
Ce que ton employeur doit ajouter au salaire de base
Le montant ne s'arrête pas à ta ligne « salaire de base ». La fiche officielle énumère ce qui entre dans l'assiette, et chacun de ces éléments a déjà fait l'objet de contestations devant les tribunaux : les heures supplémentaires régulières ou prévues au contrat que tu aurais accomplies, la part fixe ET la part variable de ta rémunération - prime ou commission -, les titres restaurant émis à ton profit, et l'indemnité correspondant aux jours de RTT que tu aurais acquis.
L'indemnité de congés payés est comprise dans le calcul. C'est logique : pendant un préavis dispensé, le contrat continue de courir, donc tu continues d'acquérir des congés. Ils te seront réglés dans ton solde de tout compte.
Le point qui se perd le plus souvent est la part variable. Un employeur qui la retire au motif que tu n'as pas travaillé se trompe : l'indemnité remplace le salaire que tu aurais perçu, et ce salaire comprenait ta commission. Si ta rémunération variable pèse un quart de ton revenu, l'écart entre le montant que tu recevrais et celui auquel tu as droit est du même ordre.
Le cas où tu as intérêt à ne rien demander
Tu es licencié, tu as déjà trouvé ailleurs, et tu voudrais partir tout de suite. Le réflexe est de demander la dispense. C'est exactement le geste qui coûte le plus cher : une dispense DEMANDÉE n'ouvre aucune indemnité, alors qu'une dispense DÉCIDÉE par l'employeur te verse l'intégralité de la période.
Et l'indemnité se cumule avec le salaire de ton nouvel emploi. La fiche officielle le dit sans réserve : rien ne t'interdit de commencer ailleurs pendant un préavis dont ton employeur t'a dispensé. Sur 2 500 € brut et deux mois, laisser ton employeur prendre l'initiative plutôt que la demander vaut donc 3 958 € après cotisations, encaissés en plus de ta nouvelle paie.
Il n'y a pas de recette pour l'obtenir : c'est une décision de l'employeur, et beaucoup la prennent spontanément lorsqu'ils ne souhaitent pas voir un salarié licencié rester dans les locaux. Ce qui se joue, c'est de ne pas transformer sa décision en ta demande - une conversation où tu proposes de partir tout de suite convertit une indemnité due en indemnité perdue.
Aller plus loin, cas par cas
Licenciement économique et contrat de sécurisation professionnelle : le seul cas à plusieurs branches
Quand tu ACCEPTES le contrat de sécurisation professionnelle à l'occasion d'un licenciement économique, le droit à l'indemnité dépend de ton ancienneté, puis de la durée de ton préavis.
Moins d'un an d'ancienneté : l'indemnité est due. Un an et plus, avec un préavis d'une durée inférieure ou égale à trois mois : elle n'est pas due, le contrat étant rompu dès la fin du délai de réflexion ; ton employeur verse alors à France Travail l'équivalent de ce que tu aurais perçu. Un an et plus, avec un préavis supérieur à trois mois : l'indemnité est due pour la seule durée qui dépasse le troisième mois.
Si tu REFUSES le contrat de sécurisation professionnelle, tu effectues normalement ton préavis et tu perçois ton salaire. L'indemnité redevient due si ton employeur te dispense.
Les situations où il n'y a pas de préavis du tout, et où on ne te doit donc rien
Il faut distinguer deux choses qui se ressemblent : les cas où un préavis existe mais où l'indemnité n'est pas due, et les cas où il n'y a pas de préavis à effectuer. Dans les seconds, l'absence d'indemnité n'est pas une privation, c'est l'absence de son objet.
Une salariée dont l'état de grossesse est médicalement constaté peut rompre son contrat sans préavis et sans devoir d'indemnité de rupture. Un salarié qui quitte son emploi pour élever son enfant à la fin de son congé de maternité ou d'adoption est dans la même situation, à condition d'en informer son employeur au moins quinze jours avant la fin du congé, ou dans les deux mois qui suivent la naissance ou l'arrivée au foyer.
Un journaliste qui démissionne parce que le caractère ou l'orientation de son journal a changé de façon notable, au point de porter atteinte à son honneur ou à ses intérêts moraux, relève de la même règle.
Quand le juge fait réapparaître une indemnité qu'on t'avait refusée
Un licenciement pour faute grave ne donne aucune indemnité de préavis. Mais si le conseil de prud'hommes juge que le licenciement était sans cause réelle et sérieuse, l'indemnité redevient due, et elle l'est même si tu étais en arrêt de travail pendant la période. Elle est également due lorsque le licenciement est jugé NUL et que tu refuses ta réintégration, quel que soit le motif de la rupture.
Attention à ne pas confondre deux sommes qui arrivent ensemble. L'indemnité compensatrice de préavis remplace un salaire ; l'indemnité que le juge accorde POUR le licenciement abusif est un dédommagement distinct, calculé sur un barème par ancienneté. Elles s'additionnent, et le barème se lit sur la page qui porte l'indemnité prud'hommes.
Deux autres décisions produisent le même effet. La prise d'acte de la rupture reconnue aux torts de l'employeur, et la résiliation judiciaire du contrat de travail prononcée par le juge. Dans les deux cas l'indemnité compensatrice est due, et le contrat est rompu à la date du jugement.
Ce que dit le Code du travail, et où le lire
Le préavis de licenciement et l'indemnité qui le remplace vivent dans une même série d'articles, Code du travail : articles L1234-1 à L1234-8. C'est là que se lisent la durée minimale selon l'ancienneté, l'obligation de verser l'indemnité lorsque l'employeur dispense, et l'absence de préavis en cas de faute grave.
Le préavis de démission, lui, relève de Code du travail : article L1237-1, qui renvoie à la convention collective, à l'usage ou au droit local plutôt que de fixer une durée unique. C'est la raison pour laquelle une durée de préavis de démission ne se lit jamais dans la loi seule.
Ces deux adresses sont celles que les fiches officielles citent elles-mêmes, avec le libellé repris ici mot pour mot.
Le préavis n'est qu'une ligne de ton solde de tout compte
L'indemnité de licenciement, les congés payés non pris et les primes au prorata s'y ajoutent. Chacune se calcule différemment, et aucune ne se déduit des autres.