Aller au contenu principal

Bore-out : qu'est-ce que c'est, et que peux-tu faire ?

Le bore-out, ou épuisement professionnel par l'ennui, désigne une souffrance au travail née du manque : pas assez de travail ou des tâches répétitives sans intérêt, le sentiment d'être inutile, aucune perspective d'évolution ni de reconnaissance. C'est la description qu'en donne le ministère du Travail, qui précise dans la même page qu'il n'est reconnu ni médicalement ni juridiquement.

Le mot n'ouvre donc aucun droit à lui seul. Ce que la situation provoque en ouvre plusieurs : un arrêt maladie quand ta santé s'en ressent, une action pour harcèlement quand la mise à l'écart est voulue, et dans les cas les plus lourds une reconnaissance en maladie professionnelle de l'affection qui en résulte.

Ce que la situation peut t'ouvrir, et à quelle condition

Aucune de ces voies n'exige que le mot « bore-out » soit écrit quelque part : chacune porte sur ce que tu vis, sur ce que constate un médecin, et sur ce que ton employeur fait ou ne fait pas.

Ce que la situation peut t'ouvrir, et à quelle condition
La voieCe qu'il faut réunirCe que ça change pour toi
Voir le médecin du travailRien : tu le contactes toi-même, sans demander l'accord de ton employeur, qui ne peut pas te sanctionner pour l'avoir fait (fiche F2211)Le premier interlocuteur médical rattaché à ton travail. Après un arrêt de plus de 30 jours, tu peux aussi lui demander une visite de préreprise
Un arrêt maladieUne prescription de ton médecin traitant. Le bore-out n'étant pas reconnu médicalement, c'est ce que le médecin constate qui fonde l'arrêt, pas le motLes règles de tout arrêt de travail pour maladie, sans régime propre au bore-out
Une action pour harcèlement moralDes agissements répétés, et une atteinte à tes droits et à ta dignité, à ta santé physique ou mentale, ou à ton évolution professionnelle (fiche F2354)Ton employeur peut être condamné à te verser des dommages-intérêts. Une mise à l'écart prolongée a déjà été jugée ainsi
Une reconnaissance en maladie professionnelleUne pathologie psychique essentiellement et directement causée par ton travail habituel, que la loi admet expressément (article L461-1 du code de la sécurité sociale), un taux d'incapacité permanente au moins égal au seuil réglementaire, que le ministère du Travail situe à 25 %, et l'avis d'un comité régionalLe régime des maladies professionnelles, nettement plus favorable que l'arrêt ordinaire : ce que la reconnaissance change, ligne à ligne
Exiger que ton poste soit revuAucune condition : ton employeur doit protéger ta santé physique et mentale (article L4121-1 du code du travail), et la sous-charge compte parmi les facteurs de risques psychosociauxUne demande écrite et datée, qui devient le point de départ de tout le reste : ce que tu as signalé, et quand

Bore-out, burn-out, brown-out : quelle différence ?

Les trois mots décrivent un épuisement au travail, et c'est leur cause qui les sépare. Le burn-out naît d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel : c'est la définition de la Haute Autorité de santé, que reprend le ministère. Le bore-out naît de l'inverse, le manque de travail ou de stimulation. Le brown-out, enfin, décrit une souffrance liée à une perte de sens : on ne comprend plus à quoi sert ce qu'on fait, ou on a le sentiment d'exécuter des tâches déconnectées du terrain.

Le ministère range le bore-out et le brown-out parmi des concepts popularisés par les médias, reconnus ni médicalement ni juridiquement. Le burn-out, lui, a une définition médicale, et c'est pour lui que le ministère décrit la voie de la maladie professionnelle.

Le mot lui-même vient d'un livre de deux consultants suisses paru en 2007. Dans l'article qu'il a consacré au sujet en juin 2017, l'INRS conseille de parler plutôt d'ennui au travail : la recherche sur le bore-out en tant que tel est mince et fragile, celle sur l'ennui est ancienne et solide. Il fait la même remarque sur le brown-out, un anglicisme qui laisse croire à un phénomène nouveau sans que rien ne le garantisse.

Pour tes droits, pourtant, l'écart compte moins que le nom ne le laisse croire. L'arrêt, le harcèlement et la maladie professionnelle s'ouvrent sur ce qu'un médecin constate et sur ce que ton employeur a fait, jamais sur l'étiquette posée sur la situation. C'est pour cette raison qu'un arrêt dans un cas comme dans l'autre se paie de la même façon : le montant d'un arrêt pour épuisement ne dépend pas de la cause de l'épuisement.

Quels signes, et qui peut mettre un nom dessus ?

Le ministère décrit trois familles de situations. La sous-charge, ou la répétition de tâches peu stimulantes. Le sentiment de ne pas être utile ni valorisé. L'absence de perspectivesd'évolution ou de reconnaissance. Aucune ne suffit seule : c'est leur durée, et ce qu'elles produisent, qui font la différence avec une période creuse.

Ce qu'elles produisent, l'institut national de recherche et de sécurité l'a décrit dès 2016 : un inconfort émotionnel fait de ruminations et de procrastination, des stratégies de contournement pour occuper le temps, et une situation mal perçue socialement, qui devient une source de culpabilité chez ceux qui la vivent. Le même article situe l'origine fréquente du problème dans les réorganisations successives qui laissent des services entiers sans mission bien définie.

Le manque de travail n'est pas la seule cause. L'INRS en relève d'autres : un poste très exigeant dont tu ne perçois pas la finalité, des marges de manoeuvre étouffées par les procédures et le reporting, des tâches trop complexes qui te dépassent, ou l'absence de toute occasion d'apprendre. Le cas le plus typique reste le poste qui cumule peu d'exigences et peu de marge de décision. L'institut cite aussi une étude de cohorte suivie plus de vingt ans : les personnes qui s'ennuyaient beaucoup au travail y avaient un risque de décès supérieur de 37$ %, surtout par maladie cardio-vasculaire, ses auteurs prévenant que l'ennui peut s'y confondre avec d'autres facteurs, comme des comportements à risque.

La culpabilité est le point à retenir. Se sentir coupable de s'ennuyer fait taire la situation, et c'est précisément ce qui la fait durer : un poste vidé de ses missions relève de l'organisation du travail, que ton employeur a l'obligation d'évaluer, pas d'un défaut de volonté de ta part.

Poser un diagnostic est un acte médical. Ni un test en ligne ni une page de référence ne le font : c'est ton médecin traitant ou le médecin du travail qui constatent, et ce qu'ils constatent est ce qui ouvrira, ou non, les droits de la grille plus haut.

Combien de salariés s'ennuient vraiment au travail ?

Part des salariés qui disent éprouver de l'ennui dans leur travail, selon le type d'employeur.

Combien de salariés s'ennuient vraiment au travail ?
EmployeurToujoursSouvent
Fonction publique de l'État1,3 %5,7 %
Fonction publique territoriale1,9 %5,3 %
Fonction publique hospitalière0,9 %4,8 %
Secteur marchand ou associatif2,6 %8,3 %
Ensemble des salariés2,3 %7,7 %

Salariés de France métropolitaine en 2013, enquête Conditions de travail (Dares, Drees, DGAFP, Insee), reprise par l'INRS dans son article de juin 2017 sur le bore-out.

Un salarié sur dix dit donc s'ennuyer toujours ou souvent. Le chiffre de 30 % qui circule encore vient de l'auteur qui a popularisé le mot en France, pas d'une enquête statistique, et l'INRS l'oppose à ces résultats. L'idée reçue sur la fonction publique ne tient pas non plus : c'est dans le secteur marchand et associatif que la part est la plus haute.

En arrêt maladie, combien tu touches ?

Un arrêt prescrit dans cette situation est un arrêt maladie comme un autre. Le bore-out n'étant reconnu ni médicalement ni juridiquement, il n'a aucun régime d'indemnisation à lui : tu reçois les indemnités journalières de la Sécurité sociale après le délai de carence, et le complément de ton employeur si tu y as droit.

Le calcul, son plafond et ce qui manque chaque mois sont publiés salaire par salaire dans la table de l'arrêt pour épuisement, qui suit exactement les mêmes règles. Le seul cas où le motif change les montants est la reconnaissance en maladie professionnelle.

Si l'arrêt dure, la reprise se prépare avant la fin : au-delà de 30 jours, tu peux demander toi-même une visite de préreprise au médecin du travail, et c'est la visite de reprise qui décide ensuite de ce que tu reprends.

Combien pendant ton arrêt ?

Entre ton salaire brut et la durée de ton arrêt : le calculateur applique le plafond en vigueur et te rend le montant de tes indemnités journalières, sans inscription.

Quand la mise à l'écart est voulue, qu'a dit le juge ?

Le ministère du Travail cite une décision précise : la cour d'appel de Paris, le 2 juin 2020. Un salarié avait été mis à l'écart pendant les dernières années de sa relation de travail, sans qu'on lui confie de tâches correspondant à sa qualification et à ses fonctions prévues au contrat. Sa santé s'était dégradée, jusqu'à un trouble psychique d'épuisement dit « bore-out ». La cour y a vu une forme de harcèlement.

Ce que la décision juge n'est pas l'ennui. C'est le fait de ne plus confier au salarié le travail prévu par son contrat, et les effets de cette privation sur sa santé. Les deux se démontrent : les tâches retirées et leurs dates, les échanges où tu as demandé du travail, les arrêts et ce que les médecins ont constaté.

L'INRS le dit sans détour : les situations de mise au placard ne doivent en aucun cas exister, parce que ton employeur doit exécuter le contrat de bonne foi et te fournir du travail en échange de ta rémunération. Quand la mise à l'écart est délibérée, ce sont les règles du harcèlement moral qui s'appliquent ; sinon, c'est son obligation de prévention des risques psychosociaux.

C'est aussi ce qui sépare les deux situations qu'on confond le plus souvent. Un poste qui s'est vidé par une réorganisation mal pensée relève de l'obligation de prévention de ton employeur. Un poste qu'on vide pour te pousser vers la sortie relève du harcèlement, avec les preuves à réunir et ce que la loi t'accorde.

Que faire, et dans quel ordre ?

L'ordre compte parce que chaque étape laisse une trace dont la suivante a besoin. Aucune n'est obligatoire, et tu peux en sauter une si ta santé l'exige : un arrêt ne se retarde pas pour attendre une réponse de ta hiérarchie.

  1. Écris. Un courriel daté à ton responsable ou aux ressources humaines, qui décrit ce qui a changé (missions retirées, journées vides, tâches sans rapport avec ton poste) et qui demande du travail. C'est la pièce que tout le reste cite. Tu peux y proposer les pistes que l'INRS recommande aux employeurs : enrichir le poste avec des tâches plus complexes, l'élargir à des tâches plus variées, organiser une rotation, ou te former, voire passer par un bilan de compétences pour évoluer vers un autre poste.
  2. Vois le médecin du travail. Tu le contactes directement, sans l'accord de ton employeur. Ce que tu lui dis et ce qui remonte à ton employeur obéit à des règles précises.
  3. Consulte ton médecin traitant dès que ta santé s'en ressent. C'est lui qui prescrit l'arrêt.
  4. Alerte les représentants du personnel, s'il en existe chez toi, puis l'inspection du travail si rien ne bouge : ce qu'elle peut faire pour toi, et ce qu'elle ne fera pas.
  5. Chiffre une sortie avant de la décider, si tu envisages de partir (la section suivante).

Garde une copie de chaque pièce hors de ta messagerie professionnelle.

Partir sans perdre ton revenu : quelles sorties se chiffrent ?

Quand le poste ne se reconstruit pas, la question du départ se pose. Elle ne se règle pas au même prix selon la porte, et trois se chiffrent avant de signer quoi que ce soit.

La rupture conventionnelle et son indemnité se négocie avec ton employeur. Si tu veux changer de métier, la démission pour reconversion et le projet de transition professionnelle sont deux voies distinctes, chacune avec ses propres conditions : ce que rapporte une démission-reconversion se compare à qui te paie pendant une transition professionnelle.

Dans les trois cas, le dossier que tu as constitué en suivant les étapes précédentes reste utile : il sert dans une négociation, et il reste la base d'une action si tu décides plus tard de faire valoir un harcèlement.