Démission-reconversion : combien tu touches, et pendant combien de temps ?
Tu démissionnes d'un CDI pour changer de métier, et l'allocation chômage prend le relais. Pour 2 400 € brut par mois, elle vaut 1 280,70 € net, soit 67 % de ton net actuel. La durée, elle, ne dépend pas de ton salaire mais de ton emploi des 24 derniers mois : de 6 à 18 mois avant 55 ans. Les trois conditions du dispositif se vérifient avant de poser ta lettre, jamais après.
11 697 €
ce que le dispositif te verse en tout
pour 2 400 € brut et douze mois d'emploi sur les vingt-quatre derniers
Ce que tu touches en tout, selon ton emploi des 24 derniers mois
Sur la base de 2 400 € brut par mois. Le montant mensuel ne bouge pas d'un scénario à l'autre : c'est la durée qui fait tout l'écart.
7 770 €
six mois travaillés, le plancher de 182 jours s'applique
11 697 €
douze mois travaillés, soit 9 mois d'allocation
23 394 €
deux ans d'emploi continu, le plafond de 18 mois
Ton allocation nette, par salaire
L'allocation se calcule sur ton salaire des 24 derniers mois, exactement comme après un licenciement : la démission-reconversion ne crée pas de montant à part.
| Ton salaire brut | Ton allocation nette | Part de ton net actuel |
|---|---|---|
| 1 900 € par mois | 1 096,50 € par mois | 73 % |
| 2 200 € par mois | 1 206,90 € par mois | 69 % |
| 2 400 € par mois | 1 280,70 € par mois | 67 % |
| 2 800 € par mois | 1 491,30 € par mois | 67 % |
| 3 200 € par mois | 1 704,30 € par mois | 67 % |
| 4 000 € par mois | 1 979,70 € par mois | 63 % |
Montants nets de retraite complémentaire, de CSG et de CRDS, sur une base mensualisée de 30 jours. Règle de calcul et retenues : service-public.gouv.fr, fiche F38881, pour les fins de contrat à compter du 1er avril 2025. Emploi continu supposé sur la période de référence.
Ce que le montant ne dit pas : la durée se joue sur 24 mois, pas sur 5 ans
Deux durées se ressemblent et n'ont pas le même rôle, et les confondre fait partir avec un chiffre trop grand en tête. Le dispositif exige 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois. Cette condition ouvre le droit d'entrer, elle ne fixe rien d'autre. La durée de ton allocation, elle, se calcule sur ton affiliation des 24 derniers mois, à laquelle France Travail applique un coefficient de 75 %.
Les deux fenêtres ne se recouvrent pas. Quelqu'un qui atteint tout juste ses 1 300 jours en ayant beaucoup travaillé il y a quatre ans, puis moins depuis, a bien le droit d'entrer dans le dispositif. Mais sa durée se calcule sur les seuls mois récents : douze mois d'emploi sur les vingt-quatre derniers donnent 274 jours, soit 9 mois, et non les 18 mois que le plafond laisse imaginer.
Le raccourci qui circule, « cinq ans de travail donnent dix-huit mois de chômage », est donc faux deux fois : les cinq ans ne sont pas la base du calcul, et les dix-huit mois sont un plafond que seule une activité continue sur deux ans atteint.
Combien de temps tu es indemnisé, avant 55 ans
Le tableau se lit sur ton emploi des 24 derniers mois, celui qui précède la fin de ton contrat. Le plafond de 548 jours vaut avant 55 ans : à 55 et 56 ans il monte à 685 jours, à 57 ans et plus à 822 jours.
| Emploi sur les 24 derniers mois | Durée indemnisée | Ce que ça fait en jours |
|---|---|---|
| 6 mois | 6 mois (plancher) | 182 jours |
| 9 mois | 6.7 mois | 205 jours |
| 12 mois | 9 mois | 274 jours |
| 18 mois | 13.5 mois | 411 jours |
| 24 mois | 18 mois | 548 jours |
Affiliation calendaire x 75 %, plancher de 182 jours. Source : Unédic, fiche thématique « Durée d'indemnisation », règles des fins de contrat depuis le 1er février 2023.
Ton salaire ou ton âge ne sont pas dans les tableaux ?
La grille des montants s'arrête à 4 000 € brut, celle des durées ne sert que les moins de 55 ans, et les deux supposent un emploi continu. Entre ton salaire net réel pour ton montant, puis tes mois travaillés et ton âge pour ta durée.
Les trois conditions, et l'ordre qui les rend valables
Le ministère du Travail en pose trois, et elles se vérifient ensemble.
- Un CDI de droit privé, dont tu démissionnes. Temps plein ou temps partiel, peu importe. Sont exclus le CDD, l'intérim, les agents publics titulaires ou non, les indépendants, et les salariés d'un employeur en auto-assurance, c'est-à-dire qui assure lui-même ses anciens salariés.
- 1 300 jours travaillés sur les 60 derniers mois, soit cinq ans. Ils peuvent venir de plusieurs employeurs. Les congés sans solde, les congés sabbatiques et les périodes de disponibilité ne comptent pas.
- Un projet attesté avant la démission. Deux familles de projets sont recevables : une reconversion qui nécessite une formation, ou une création ou reprise d'entreprise. C'est une association Transitions Pro régionale qui atteste son caractère réel et sérieux, sur les critères de l'article R. 5422-2-1 du code du travail.
L'ordre compte autant que le contenu. Avant tout le reste, tu dois demander un conseil en évolution professionnelle, gratuit, assuré en région par des opérateurs désignés. Une demande d'attestation déposée après la démission est irrecevable, et le ministère l'écrit en ces termes : le dossier n'est pas rejeté sur le fond, il n'est pas examiné du tout.
Ce qui se passe si la commission refuse
Le refus est une décision motivée : la commission doit t'écrire pourquoi elle ne reconnaît pas le caractère réel et sérieux de ton projet. Tu disposes alors d'un recours gracieux de deux mois à compter de la notification, pendant lesquels tu peux compléter ton dossier. La décision rendue sur ce recours est notifiée à son tour, et si elle confirme le refus, elle est motivée elle aussi.
Tant que tu n'as pas l'attestation, tu n'as rien. C'est la raison pour laquelle la démission se pose après la réponse favorable, et jamais dans l'intervalle : une démission posée pendant l'instruction ne se rattrape pas.
Il reste une porte que le refus ne ferme pas, et elle a son propre calendrier : le réexamen. Un salarié qui a démissionné sans motif légitime peut demander à France Travail de réexaminer sa situation à l'issue de 121 jours de chômage non indemnisé, soit quatre mois, comme le ministère du Travail le chiffre. Quatre mois sans revenu de remplacement, donc, avant même de savoir si la réponse sera favorable : c'est le coût réel d'un départ posé sans attestation.
Deux autres chemins existent, et ils ne versent pas la même chose. Les démissions reconnues comme légitimes ouvrent l'allocation sans passer par une commission. Et les trois voies qui te paient sans rompre ton contrat maintiennent ta rémunération au lieu de la remplacer par une allocation, ce qui change le montant du tout au tout.
Les 60 mois se comptent depuis quand, au juste ?
Deux autorités publiques ne posent pas la même date de départ, et l'écart vaut la durée de ton préavis. France Travail écrit « dans les 60 mois qui précèdent votre démission ». Le ministère du Travail écrit « au cours des 60 mois qui précèdent la fin du contrat de travail (terme du préavis) ».
La démission est la lettre ; la fin de contrat est la sortie effective, préavis purgé. Entre les deux il y a un à trois mois pour la plupart des CDI. La fenêtre de cinq ans glisse donc d'autant, et avec elle les jours travaillés qui tombent dedans. Celle qui fait foi est la formulation du ministère, qui reprend le texte réglementaire : c'est la fin du contrat qui sert de repère. Si tu es près du seuil des 1 300 jours, ce décalage joue en ta faveur et il n'est pas anecdotique : trois mois de préavis, c'est jusqu'à une soixantaine de jours travaillés qui entrent dans le compte.
Une fois indemnisé : le contrôle à six mois
Le dispositif remplace l'obligation de chercher un emploi par celle d'avancer sur ton projet. France Travail vérifie la réalité de tes démarches au plus tard six mois après l'ouverture du droit. Qui ne peut pas les justifier, sans motif légitime, est radié pendant quatre mois et l'allocation cesse d'être versée sur cette période.
Rapporté au cas de cette page, quatre mois perdus sur les 9 mois d'un parcours à douze mois d'emploi représentent 5 123 € en moins. C'est la contrepartie du dispositif, et elle se garde en tête au moment de choisir une formation : une entrée en formation repoussée au-delà du contrôle est exactement la situation que la sanction vise.
Le dispositif vaut-il mieux qu'une rupture conventionnelle ?
Les deux ouvrent l'allocation, mais l'une te fait renoncer à une indemnité et l'autre la négocie. Compare ce que chaque voie laisse sur ton compte avant de décider.