Travailler un jour férié : combien tu es payé, et peux-tu refuser ?
Hors 1er mai, le Code du travail ne prévoit aucune majoration pour un jour férié travaillé : tu touches ton salaire habituel, comme un jour ordinaire. Ce qui change ta paie, c'est ta convention collective. Et le 1er mai, lui, est payé double par la loi, quelle que soit ta branche.
× 2
la paie d'un 1er mai travaillé
× 1 pour tous les autres jours fériés, sauf majoration prévue par ta convention
× 1
ce que la loi impose pour un jour férié ordinaire travaillé
× 1,1
le cran d'une convention qui majore de 10 %, celle des particuliers employeurs
× 2
le 1er mai travaillé, et aucun accord ne peut le remplacer
Ce que la loi impose, et ce qu'elle laisse à ta convention
Le Code du travail ne majore qu'un seul jour de l'année : le 1er mai. Pour le 8 mai, l'Ascension, le 14 juillet, l'Assomption, la Toussaint, le 11 novembre ou Noël, il ne prévoit rien du tout. Tu travailles, tu es payé comme n'importe quel autre jour. La fiche Jours fériés et ponts dans le secteur privé du service public détaille le jour férié chômé et le cas du 1er mai, et s'arrête là : le jour férié ordinaire travaillé n'y a pas de règle de rémunération, parce qu'il n'y en a pas.
Ce qui fait la différence sur ton bulletin, c'est ta convention collective. Elle peut prévoir une majoration, un repos compensateur, ou les deux, et les taux n'ont rien d'uniforme d'une branche à l'autre. La convention des particuliers employeurs et de l'emploi à domicile, par exemple, majore un jour férié ordinaire travaillé de 10 % et le 1er mai de 100 %, d'après sa fiche du Code du travail numérique (mise à jour le 13 janvier 2025). D'autres branches n'accordent rien de plus que la loi.
Et toutes ne paient pas en pourcentage, ce qui est le piège de cette question : dans l'hospitalisation privée, un jour férié travaillé ouvre droit à un repos équivalent aux heures travaillées, ou à une indemnité du même montant, sans qu'aucun taux n'apparaisse nulle part. Chercher un pourcentage dans sa convention et n'en trouver aucun ne veut donc pas dire qu'elle ne prévoit rien : ce que cette branche accorde exactement, repos ou indemnité se lit ligne par ligne.
Pour lire la tienne, il te faut son numéro IDCC : il figure sur ton bulletin de paie, en haut, à côté du nom de la convention.
Ce qu'une journée travaillée un jour férié te rapporte
Repère la ligne qui correspond à ce que ta convention majore.
| Ce que ta convention majore | Pour 7 heures au SMIC | Pour 12 heures au SMIC |
|---|---|---|
| Rien, le cas par défaut de la loi | 86,17 € | 147,72 € |
| Une majoration de 10 % | 94,79 € | 162,49 € |
| Une majoration de 25 % | 107,71 € | 184,65 € |
| Une majoration de 50 % | 129,26 € | 221,58 € |
| Une majoration de 100 % | 172,34 € | 295,44 € |
| Le 1er mai, quelle que soit ta convention | 172,34 € | 295,44 € |
Montants bruts, calculés sur le SMIC horaire de 12,31 € en vigueur. Les crans de 10 à 100 % sont ceux d'une grille de conversion, pas des taux observés : seul ton accord de branche ou d'entreprise fixe le tien. Le doublement du 1er mai, lui, est imposé par le Code du travail et un accord ne peut pas le remplacer par autre chose.
Peut-on t'obliger à travailler un jour férié ?
Oui, hors 1er mai, et c'est l'inverse de ce que beaucoup de salariés croient. Un jour férié n'est pas chômé d'office : il l'est si ta convention collective, un accord de branche, un accord d'entreprise ou d'établissement le prévoit. En l'absence de tout accord, la décision revient à ton employeur. L'ordre est celui-là, et il ne se discute pas au cas par cas.
Quand la décision est que le jour est travaillé, il devient un jour de travail comme un autre : ne pas s'y présenter est une absence, avec ce que cela emporte sur la paie et sur la discipline. À l'inverse, personne ne peut te reprocher de ne pas venir un jour que ta convention déclare chômé.
Le 1er mai est la seule exception complète : il est obligatoirement chômé pour tous les salariés, et le Code du travail le dit en une phrase, à son article L3133-4. Tu ne peux y travailler que si ton entreprise, par la nature de son activité, ne peut pas interrompre le travail, ce qui vise les hôpitaux ou les transports publics. Et si tu y travailles, le doublement se calcule sur ta durée de poste, pas sur ton statut.
Un salarié ou apprenti de moins de 18 ans ne peut pas travailler les jours fériés légaux. Six secteurs font exception : hôtellerie et restauration, café-tabac, boulangerie et métiers de bouche, commerce alimentaire de détail, fleurs et jardinerie, spectacles. Dans ces secteurs, le jeune qui travaille un jour férié a droit à 36 heures de repos consécutives.
Ton jour férié tombe un dimanche : ce qui se cumule
Un dimanche travaillé et un jour férié travaillé sont deux régimes distincts, et leurs contreparties ne se ressemblent pas. La fiche de la branche du commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire l'écrit noir sur blanc : les contreparties accordées pour le travail du dimanche, repos compensateur ou majoration, peuvent être différentes de celles accordées pour un jour férié.
En 2026, la question se pose à une date précise : la Toussaint tombe le dimanche 1er novembre. Pour qui travaille déjà le dimanche, c'est la seule journée de l'année où les deux régimes se rencontrent.
Est-ce que les deux contreparties s'additionnent ? Cela dépend de ce que ta convention écrit, explicitement. Dans l'hospitalisation privée, l'indemnité de sujétion du dimanche, de 0,60 point par heure ou fraction d'heure, ne se cumule ni avec le travail de nuit ni avec les astreintes, mais elle se cumule avec l'indemnité de jour férié quand le dimanche est férié (fiche mise à jour le 18 juin 2025). Une convention qui reste muette sur le point ne t'ouvre rien de plus que la contrepartie la plus favorable des deux.
Quatre situations, et ce que tu touches dans chacune
| Ta situation | Ce qui s'ajoute | Ce qui décide |
|---|---|---|
| Le jour férié est chômé et tombe un dimanche que tu ne travaillais pas | Rien, et aucun jour de congé en plus | La règle légale, quelle que soit ta convention |
| Tu travailles un dimanche ordinaire | La contrepartie du dimanche seule | Ta convention et le régime de dérogation de ton établissement |
| Tu travailles un dimanche qui est aussi férié | Les deux contreparties, si ta convention le prévoit | Ta convention, qui doit l'écrire explicitement |
| Tu travailles le 1er mai | Le doublement légal, plus ce que ta convention ajoute | La loi pour le doublement, ta convention pour le reste |
Le cumul dimanche et jour férié n'est jamais automatique : il se lit dans le texte de ta branche. Les contreparties du travail dominical, elles, dépendent du régime de dérogation dont relève ton établissement.
Le jour férié que tu travailles sans être payé
Il existe un cas où travailler un jour férié ne rapporte rien du tout, et il est prévu par la loi. Quand ton accord place la journée de solidarité sur un jour férié jusque-là chômé, les heures que tu y fais ne sont pas rémunérées. Le lundi de Pentecôte est le cas le plus fréquent, mais l'accord peut en choisir un autre, à l'exception du 1er mai.
Ces heures-là ne comptent pas non plus comme des heures supplémentaires : elles n'entrent dans aucune majoration, ni celle de ta convention, ni celle du dépassement de la durée légale. Combien d'heures tu dois exactement, et ce qui change si tu as changé d'employeur en cours d'année se lit dans ton accord, jamais dans le calendrier.
La majoration s'applique à ton taux horaire, pas à ton salaire du mois
Une majoration de 25 % ou de 50 % se calcule heure par heure. Convertis ton salaire mensuel en taux horaire, pour 35, 39, 40 ou 42 heures par semaine, et applique-lui le cran de ta convention.