Droit de retrait pour forte chaleur : à partir de quelle température peux-tu quitter ton poste ?
Aucune. Le Code du travail ne fixe aucune température à partir de laquelle tu peux arrêter de travailler, au bureau comme sur un chantier, ce que rappelle le Code du travail numérique. Tu peux te retirer quand tu as un motif raisonnable de penser que la chaleur met ta vie ou ta santé en danger grave et imminent. Ce qui a changé le 1er juillet 2025, c'est ce que ton employeur doit faire : dès que Météo-France place ton département en vigilance jaune, des obligations de prévention s'appliquent, et ce qu'il n'a pas fait pèse en ta faveur.
Ce que la loi fixe, et ce qu'elle ne fixe pas
Trois repères avant de quitter ton poste, à 2 000 € brut par mois pour le troisième.
Aucune
température légale qui t'autorise à partir : c'est le danger pour ta santé qui compte
Jaune
la vigilance canicule à partir de laquelle ton employeur doit appliquer ses mesures contre la chaleur
73 €
de moins sur ton virement par journée, si ton retrait est jugé sans motif raisonnable
Ce que ton employeur doit faire, couleur par couleur
Depuis le 1er juillet 2025, le Code du travail définit l'épisode de chaleur intense par la vigilance canicule de Météo-France. Regarde la couleur de ton département ce jour-là.
Verte : pas de vigilance particulière
- Ce que ton employeur doit faire
- Pas d'épisode de chaleur intense au sens du Code du travail. Les règles de toute l'année s'appliquent : un local fermé maintenu à une température adaptée à ton activité, de l'eau potable et fraîche, le risque chaleur évalué.
- Ce que ça change pour ton retrait
- Rien ne t'empêche de te retirer : un local surchauffé ou un effort intense peuvent suffire, la couleur ne décide pas.
Jaune : pic de chaleur d'un ou deux jours, ou chaleur persistante
- Ce que ton employeur doit faire
- Épisode de chaleur intense : il applique ses mesures de prévention (horaires, pauses, postes aménagés, protections) et fournit une quantité suffisante d'eau potable fraîche, gardée au frais près des postes.
- Ce que ça change pour ton retrait
- Si ta journée n'a pas bougé et que l'eau manque, ton motif est plus solide.
Orange : canicule
- Ce que ton employeur doit faire
- Les mêmes mesures, adaptées parce que la chaleur s'intensifie. Le ministère de l'Économie y ajoute une réévaluation chaque jour, selon la température, la nature des travaux, l'âge et la santé de chacun.
- Ce que ça change pour ton retrait
- Un travail physique maintenu en plein air aux heures chaudes, sans rien d'adapté, pèse en ta faveur. Sur un chantier, l'arrêt pour canicule peut être indemnisé au titre des intempéries.
Rouge : canicule extrême
- Ce que ton employeur doit faire
- Les mêmes obligations qu'en orange. Si les mesures ne suffisent plus à garantir ta sécurité, certaines activités peuvent être suspendues.
- Ce que ça change pour ton retrait
- Un poste resté tel quel en plein air pèse en ta faveur ; ton retrait se juge quand même sur ta situation.
Niveaux définis par l'arrêté du 27 mai 2025 et mesures fixées par le décret du même jour, applicables depuis le 1er juillet 2025. Réévaluation quotidienne : ministère de l'Économie, fiche du 24 juin 2026.
Ce que dit le texte, et ce que tu peux exiger
Le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 a créé dans le Code du travail un chapitre entier sur la chaleur. L'article R4463-1 renvoie la définition de l'épisode de chaleur intense à l'arrêté du même jour, qui la fixe ainsi : vigilance jaune, orange ou rouge de Météo-France. Le décret a été publié le 1er juin 2025, et ses nouvelles obligations s'appliquent depuis le 1er juillet 2025, comme le précise le ministère du Travail.
Ton employeur doit évaluer le risque lié à ces épisodes, dehors comme à l'intérieur, et l'inscrire dans son document unique d'évaluation des risques. Quand l'évaluation montre un risque, il définit des mesures : changer les procédés de travail, réaménager les postes, adapter les horaires et prévoir des périodes de repos, limiter le rayonnement solaire, augmenter l'eau mise à disposition, fournir des équipements et des protections adaptés, informer et former. Pendant l'épisode, il les applique et les adapte quand la chaleur s'intensifie. Il doit aussi organiser l'alerte et les secours en cas de malaise, surtout pour qui travaille seul ou loin, et adapter les mesures avec la médecine du travail pour un salarié vulnérable par son âge ou sa santé. Un jeune de moins de 18 ans ne peut pas être affecté à un travail l'exposant à une température extrême.
L'eau : ce que ton employeur doit fournir, selon ton lieu de travail
Le minimum de 3 litres existe, mais pas partout : le texte le réserve aux chantiers et aux travaux agricoles quand il n'y a pas d'eau courante.
| Où tu travailles | Ce qui est dû | Quand |
|---|---|---|
| Tout poste de travail | De l'eau potable et fraîche pour te désaltérer et te rafraîchir | Toute l'année |
| Tout poste, en épisode de chaleur intense | Une quantité suffisante d'eau potable fraîche, et un moyen de la garder au frais toute la journée près des postes | Dès la vigilance jaune |
| Chantier du bâtiment ou des travaux publics, sans eau courante | Au moins 3 litres par jour et par travailleur | Toute l'année |
| Travaux agricoles, sans eau courante | Au moins 3 litres par jour et par intervenant | Toute l'année |
Articles R4225-2, R4463-4 et R4534-143 du Code du travail et R717-84-2 du code rural, dans leur rédaction issue du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025.
Pourquoi tu liras « 3 litres pour tous » ailleurs
Deux pages officielles, celle du ministère de l'Économie et celle de la fonction publique, présentent le minimum de 3 litres par jour comme valant pour tout poste sans eau courante. Le décret, lui, ne chiffre ce minimum qu'aux articles des chantiers et des travaux agricoles ; pour les autres postes, l'article R4463-4 dit seulement « une quantité d'eau potable fraîche suffisante ». C'est le texte qui fait foi. En pratique, 3 litres reste un repère utile pour juger ce que ton employeur met à ta disposition : si tu n'as pas d'eau du tout un jour de vigilance, le manquement ne fait aucun doute, quel que soit ton poste.
Ce qui rend ton retrait raisonnable quand il fait chaud
Le texte est l'article L4131-1 du Code du travail, le même que pour tout autre danger : tu alertes immédiatement ton employeur d'une situation dont tu as un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour ta vie ou ta santé, et tu peux t'en retirer. Il ne peut pas te demander de reprendre tant que le danger persiste. Le mot qui compte est raisonnable : tu n'as pas à prouver que le coup de chaleur allait arriver, seulement que tu avais de bonnes raisons de le craindre au moment où tu es parti.
Pour la chaleur, ces raisons s'apprécient au cas par cas sur cinq points que le Code du travail numérique énumère : l'intensité de la chaleur, la nature de ton travail, ton état de santé, la durée d'exposition et les mesures de prévention que ton employeur a prises. Un couvreur sur un toit en plein soleil à 15 h, sans pause supplémentaire ni eau fraîche, au troisième jour de vigilance orange, coche presque tout. Un salarié de bureau ventilé, avec de l'eau et des horaires avancés, en coche peu, même un jour de forte chaleur.
Le cinquième point est celui qui change le plus souvent l'issue. Les mesures de la table plus haut sont des obligations : quand la vigilance est orange et que rien n'a été adapté, ou que l'eau fraîche manque, ce manquement est un fait vérifiable qui soutient ton motif. Il ne le rend pas automatiquement valable, et l'inverse est vrai aussi : un employeur qui a tout mis en place ne t'interdit pas de te retirer si ta situation reste dangereuse.
Avant de partir : ce qu'il faut faire, et garder
L'alerte vient avant le retrait, et elle est obligatoire. Préviens ton employeur ou ton responsable tout de suite, par un moyen qui laisse une trace datée : un message, un courriel, une inscription au registre. Décris ce que tu constates plutôt que ce que tu ressens : la température relevée à ton poste et l'heure, l'absence d'eau ou de ventilation, l'effort demandé, la couleur de vigilance du jour, un malaise chez toi ou un collègue. Préviens aussi un élu du comité social et économique.
Si ton employeur ne réagit pas, deux recours existent en plus du retrait : signaler la situation à l'inspection du travail, qui peut le mettre en demeure de définir ses mesures contre la chaleur, et passer par les élus du personnel pour une demande collective. Ce qui se passe une fois que tu t'es retiré, ton poste, ta disponibilité et la reprise, est détaillé dans la page sur le droit de retrait et ton salaire.
Ce que tu gardes sur ta paie
Si ton motif était raisonnable, tu ne perds rien : l'article L4131-3 du Code du travail interdit toute sanction et toute retenue de salaire contre le salarié, ou le groupe de salariés, qui s'est retiré dans ces conditions. Le retrait se juge un par un, même quand toute une équipe part ensemble sous la même chaleur.
Si ton motif est écarté, les heures non travaillées peuvent être retenues sur ton salaire. À 2 000 € brut par mois, une journée de 7 heures retenue enlève 73,07 € à ton virement. Ce que coûte une journée à ton salaire, et comment récupérer la somme si tu avais raison, se lit dans la table de la retenue, salaire par salaire.
Quand c'est ton employeur qui suspend l'activité parce que les mesures ne suffisent plus, tu n'es plus dans un droit de retrait, et ce que tu touches dépend de la façon dont il organise l'arrêt. Sur un chantier du bâtiment ou des travaux publics, l'arrêté du 27 mai 2025 range les périodes de vigilance orange ou rouge parmi les conditions atmosphériques qui ouvrent droit à l'indemnisation des arrêts pour intempéries(articles L5424-8 et D5424-7-1 du Code du travail). Ailleurs, le chômage partiel est l'une des voies possibles.
Si tu es agent public
Le décret de 2025 s'applique aussi aux administrations et aux agents publics, depuis la même date, comme l'indique le portail de la fonction publique. Les couleurs de vigilance déclenchent donc les mêmes obligations pour ton administration ; ce qui change pour ton droit de retrait est décrit dans la partie agents publics du droit de retrait.