Retraite progressive : combien touches-tu en tout ?
Ton revenu devient un salaire à temps partiel plus une fraction de pension, et cette fraction comble une bonne partie de ce que le salaire perd. Cesser 60 % de ton temps de travail ne coûte donc pas 60 % de ton revenu. Sur 2 800 € brut par mois avec une retraite provisoire de 1 600 € brut, passer à 40 % d'un temps plein fait perdre 457 € par mois, soit 20,6 % du revenu.
Page publiée le . Conditions, règle de calcul de la fraction et date de révision relevées à la source le 19 août 2026 : service-public.gouv.fr, « Retraite progressive du salarié », fiche F12842 et L'Assurance retraite, « Retraite progressive ». Montants nets dérivés des taux de cotisation et de prélèvement du site, tranche par tranche.
9,1 %
ce que les prélèvements sociaux retirent de ta fraction de pension avant qu'elle arrive, au taux normal. Le pourcentage annoncé par ta caisse porte sur un brut
66 %
ce que la pension te rend pour chaque euro de salaire abandonné, dans cet exemple. C'est ce taux, et lui seul, qui décide si l'arbitrage te convient
150
le nombre de trimestres à réunir pour entrer, tous régimes de base confondus. C'est moins que ce qu'exige une carrière complète
Ce que tu touches en tout, selon le temps que tu gardes
Exemple travaillé : 2 800 € brut par mois à temps plein, et une retraite provisoire entière de 1 600 € brut. Remplace par tes deux montants, la règle ne change pas. Montants nets de cotisations et de prélèvements sociaux, avant impôt sur le revenu.
| Le temps que tu gardes | Ton revenu total, par mois | Ce que tu perds |
|---|---|---|
| 40 % | 1 759 € | 457 € (20,6 %) |
| 50 % | 1 835 € | 381 € (17,2 %) |
| 60 % | 1 912 € | 304 € (13,7 %) |
| 70 % | 1 988 € | 228 € (10,3 %) |
| 80 % | 2 064 € | 152 € (6,9 %) |
À temps plein, ce même salaire donne 2 216 € net par mois. La perte suit une règle simple : elle vaut la part de temps que tu CESSES de travailler, multipliée par l'écart entre ton salaire net et ta pension nette. Cet écart vaut ici 762 €, ce qui explique que cesser 60 % de son temps ne coûte que 20,6 % de son revenu.
Ce qui change selon ton régime
La fraction de pension ne se calcule pas de la même façon pour un salarié et pour un indépendant. Le salarié raisonne en temps de travail, l'indépendant en baisse de revenus, et cette différence a des conséquences pratiques opposées.
| Ton régime | Ce qui détermine ta fraction | Le piège propre à ce régime |
|---|---|---|
| Salarié du régime général | ton temps NON travaillé | un revenu d'activité qui repasse au niveau d'avant supprime le dispositif, définitivement |
| Travailleur indépendant | la baisse de tes revenus professionnels | sous 20 % de baisse, rien n'est versé ; la première année est provisionnelle et se régularise |
| Salarié agricole et non salarié agricole | identique au régime général | aucune règle propre à connaître sur ce point |
| Profession libérale | identique au régime général | aucune règle propre à connaître sur ce point |
Un indépendant perçoit la moitié de sa retraite à titre provisionnel la première année, et un bilan est fait chaque 1er juillet : un supplément lui est accordé, ou le trop-versé est déduit des échéances suivantes. Si la baisse de revenus se révèle comprise entre 20 % et 50 %, il rembourse la différence. Source : Carsat Hauts-de-France, page liée en tête et en bas, relevée le 19 août 2026.
Comment on passe de ton salaire à ton revenu total
Le calcul, ligne par ligne
deux revenus, deux régimes de prélèvement différents
Ton revenu se compose de deux morceaux qui ne subissent pas les mêmes prélèvements. C'est la raison pour laquelle on ne peut pas raisonner en pourcentages sur le brut.
- Le salaire partiel. Ton brut à temps plein est réduit à la proportion travaillée, puis les cotisations salariales s'appliquent tranche par tranche. À 40 % d'un temps plein, 2 800 € brut deviennent 1 120 € brut, soit 886,59 € net.
- La fraction de pension. Elle vaut ton temps non travaillé appliqué à ta retraite provisoire : 60 % de 1 600 €, soit 960 € brut. Les prélèvements sociaux d'une pension en retirent ensuite 9,1 %, ce qui laisse 872,64 € net.
- Le total : 886,59 € plus 872,64 €, soit 1 759,23 € par mois, contre 2 216 € à temps plein.
Le taux de prélèvement retenu ici est le taux normal, parce que c'est le cas courant quand on perçoit encore un salaire : le revenu fiscal de référence dépasse alors presque toujours le seuil. Les quatre taux possibles et leurs seuils vivent sur la page consacrée à l'imposition d'une retraite.
La règle simple, et le seul cas où elle se trompe
exacte au centime sous le plafond, fausse au-dessus
Une règle de tête permet de se situer sans rien calculer :
Ce que tu perds = la part de temps que tu cesses de travailler, multipliée par l'écart entre ton salaire net et ta pension nette.
Dans cet exemple, l'écart vaut 762 € par mois. Cesser 60 % de son temps coûte donc 60 % de 762 €, soit 457 € - exactement ce que rend le tableau.
Elle cesse d'être exacte au-dessus du plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 € par mois. Au-delà, les cotisations ne sont plus proportionnelles au salaire : passer à temps partiel fait repasser sous le plafond et change le taux appliqué. La règle simple se met alors à surestimer ou sous-estimer la perte de quelques euros à quelques dizaines d'euros par mois, et il faut refaire le calcul complet.
C'est pour cette raison que le tableau ci-dessus n'applique pas la règle simple : il calcule le net du salaire partiel tranche par tranche, ce qui reste juste des deux côtés du plafond.
Les trois conditions, et le piège de l'âge
Trois conditions, et elles se cumulent :
- Avoir au moins 60 ans.
- Justifier de 150 trimestres d'assurance et de périodes reconnues équivalentes, auprès d'une ou plusieurs caisses de retraite de base. C'est moins qu'une carrière complète.
- Travailler entre 40 % et 80 % d'un temps complet, par rapport à la durée légale ou conventionnelle. Au forfait jours, cela correspond à 87 à 174 jours sur une durée maximale de 218.
Un salarié ne doit pas exercer d'activité indépendante en parallèle, et la somme de ses temps partiels doit tenir dans cette fourchette.
Refais le calcul avec ton salaire
Le tableau ci-dessus part d'un exemple. La première moitié de ton revenu, c'est le net de ton brut à la quotité que tu vises, et il ne se déduit pas d'une règle de trois : les cotisations changent de taux au passage du plafond. Le simulateur le calcule tranche par tranche.
Ce que la période fait à ta retraite définitive
C'est la crainte qui fait renoncer, et elle est infondée. Quand tu cesses ton activité pour prendre ta retraite définitive, ton montant est recalculé : il intègre les trimestres et les points que tu as continué d'acquérir pendant la période. Ta caisse compare alors l'ancien montant et le nouveau, et retient le plus élevé des deux.
Autrement dit, la retraite progressive ne peut pas te faire descendre sous ce à quoi tu avais déjà droit au moment d'entrer dans le dispositif. Le temps partiel réduit tes revenus pendant la période ; il ne rogne pas le droit acquis avant elle.
Deux conséquences pratiques que personne n'écrit :
- Tu dois faire une seconde demande. La retraite progressive ne bascule pas toute seule en retraite définitive. Ce sont deux demandes distinctes, et laisser courir la première ne déclenche jamais la seconde.
- Surcotiser efface la baisse de revenus du calcul. Ton employeur peut t'autoriser à cotiser sur la base d'un temps plein, ce qui te fait acquérir des droits comme si tu n'avais jamais réduit ton temps. Cela suppose son accord écrit, et c'est toi qui en supportes le surcoût.
Aller plus loin
Retraite progressive ou cumul emploi-retraite : ne pas se tromper de dispositif
l'ordre par rapport à la liquidation est le seul discriminant
Les deux permettent de toucher une retraite en travaillant, et c'est là que s'arrête la ressemblance. Ce qui les sépare est l'ordre des opérations.
- La retraite progressive vient AVANT la liquidation. Tu n'as pas pris ta retraite. Tu réduis ton temps, tu touches une fraction de pension, et tu continues d'acquérir des droits qui amélioreront ta pension définitive.
- Le cumul emploi-retraite vient APRÈS. Ta retraite est liquidée, tu la touches en entier, et tu reprends une activité par-dessus. Les droits que tu acquiers alors n'améliorent pas la pension déjà liquidée : ils ouvrent une seconde pension, distincte et plafonnée.
La conséquence est financière et elle va dans un sens qui surprend : le cumul emploi-retraite rapporte davantage tout de suite, puisque la pension est versée en entier, mais il ferme la porte à l'amélioration de cette pension. La retraite progressive rapporte moins pendant la période et laisse la pension définitive continuer de monter.
Le cumul emploi-retraite a ses propres conditions et ses propres plafonds, qui ne sont pas traités ici.
La demande, les délais, et le refus de l'employeur
deux mois de silence valent acceptation
L'ordre compte, et il se prend à l'envers de l'intuition : l'accord de temps partiel se règle AVANT la demande de retraite progressive, pas l'inverse.
- Demander le temps partiel à ton employeur. Son silence pendant deux mois vaut acceptation. Ce n'est donc pas un accord qu'il faut obtenir, c'est un refus qu'il doit formuler dans ce délai.
- Demander la retraite progressive à ta caisse, environ cinq mois avant la date visée. Une seule demande couvre tous tes régimes, de base et complémentaires. Elle n'est jamais automatique.
- Demander la retraite définitive, plus tard, par une seconde demande distincte.
Un employeur qui refuse le temps partiel bloque de fait le dispositif, puisque la quotité réduite en est la condition. C'est la raison pour laquelle la question de l'employeur se traite en premier : obtenir un accord de caisse sur un temps partiel qu'on n'a pas ne sert à rien.
Ce qui suspend ta retraite progressive, et ce qui la supprime pour de bon
la suppression est définitive et ne se redemande jamais
C'est le vrai piège du dispositif, et il ne figure sur aucune des pages qui occupent la première page de résultats. Il faut distinguer deux régimes très différents.
La SUSPENSION arrête le paiement, et elle se rattrape. Ta caisse t'envoie régulièrement un questionnaire pour vérifier ton activité à temps partiel : ne pas le renvoyer dans les délais suspend le versement. Sortir de la fourchette de 40 % à 80 % le suspend aussi, de même que cesser toute activité à temps partiel.
La SUPPRESSION est définitive, et elle ne se rattrape pas. Elle intervient si tu cesses toute activité et demandes ta retraite définitive, si tu repasses à temps complet, ou si ton revenu d'activité atteint ou dépasse celui que tu percevais avant. Elle prend effet au premier jour du mois qui suit le changement, et tu ne pourras plus jamais demander de retraite progressive.
Le troisième cas est celui qui surprend, parce qu'il n'exige aucune décision de ta part : une augmentation, une prime récurrente ou des heures complémentaires régulières peuvent suffire à porter ton revenu au niveau d'avant. Le dispositif s'éteint alors sans que tu aies rien demandé, et sans retour possible.
Tes trimestres pendant la période : ce qui les valide vraiment
le revenu cotisé, jamais les heures travaillées
C'est le point le plus mal compris du sujet. Un trimestre ne se valide pas avec du temps de travail : il se valide avec un montant de revenu soumis à cotisations. Travailler à mi-temps ne divise donc pas par deux le nombre de trimestres validés.
La conséquence est rassurante pour la plupart et sévère pour quelques-uns. Un salaire correct à temps partiel dépasse largement le seuil des quatre trimestres annuels. Un salaire déjà modeste, réduit à 40 % d'un temps plein, peut en revanche passer sous le seuil et faire perdre des trimestres au moment précis où l'on cherche à en gagner.
C'est le cas où la surcotisation cesse d'être une option de confort : cotiser sur la base d'un temps plein maintient à la fois le montant des droits et la validation des trimestres. Elle exige l'accord écrit de l'employeur.
Questions fréquentes sur la retraite progressive
Le montant exact de ta fraction dépend de tes droits acquis
Cette page te donne la règle et l'ordre de grandeur. Le montant de ta retraite provisoire, lui, dépend de ton relevé de carrière : le nombre de trimestres enregistrés, ta retraite de base estimée et tes points de retraite complémentaire. Ta caisse le calcule depuis ton espace personnel.
Sources
- Service-public.gouv.fr, « Retraite progressive du salarié », fiche F12842 : les trois conditions, la fourchette de 40 % à 80 % d'un temps complet, la fraction égale au temps non travaillé et son exemple chiffré, la révision au premier jour du mois civil suivant le changement (relevée le 19 août 2026).
- L'Assurance retraite, « Retraite progressive » : la date d'effet du 1er septembre 2025 qui sépare les deux règles d'âge, le silence de deux mois de l'employeur valant acceptation, la surcotisation sur la base d'un temps plein, les 87 à 174 jours au forfait jours, les cas de suspension et de suppression définitive (relevée le 19 août 2026).
- Carsat Hauts-de-France, « Retraite progressive : diminuer mon activité en fin de carrière » : la retraite provisoire, la comparaison des montants à la retraite définitive et la règle du plus élevé, le délai de cinq mois, la validation des trimestres par le revenu cotisé, les règles propres aux indépendants (relevée le 19 août 2026).
Sur la date de révision, cette dernière page indique la date anniversaire du point de départ, là où les deux sources nationales indiquent le premier jour du mois civil suivant le changement. C'est cette seconde règle qui est servie ici : elle est publiée par les deux autorités nationales, concordantes, et la fiche F12842 va jusqu'à préciser « à la différence d'une durée d'un mois de date à date ».
Les montants nets de cette page sont DÉRIVÉS des taux de cotisation salariale et des taux de prélèvement sur pension du site, appliqués tranche par tranche. Ce sont des ordres de grandeur calculés sur un exemple : le montant de ta retraite provisoire dépend de ton relevé de carrière, et seule la caisse qui te verse ta pension peut l'établir.