En bref
Chaque point d'indexation que ta pension ne reçoit pas coûte 1 % de son montant, tous les mois. Sur une pension nette de 1 500 € par mois, c'est 15 € de moins chaque mois et 180 € sur l'année. Et ce n'est pas une perte d'une seule année : la pension reste plus basse pour toutes les suivantes, soit au moins 900 € sur cinq ans.
Ce qu'un point d'indexation en moins te retire
Un point d'indexation que ta pension ne reçoit pas, c'est 1 % de son montant qui manque, tous les mois. Ce calcul ne dépend ni du scénario qui sera retenu ni de l'inflation qui sera constatée : il suffit de lire la ligne qui correspond à ta pension.
| Ta pension nette par mois | Un point en moins, par mois | Sur un an | Sur cinq ans, au minimum |
|---|---|---|---|
| 1 000 € | 10 € | 120 € | 600 € |
| 1 200 € | 12 € | 144 € | 720 € |
| 1 500 € | 15 € | 180 € | 900 € |
| 1 800 € | 18 € | 216 € | 1 080 € |
| 2 000 € | 20 € | 240 € | 1 200 € |
| 2 500 € | 25 € | 300 € | 1 500 € |
| 3 000 € | 30 € | 360 € | 1 800 € |
| 4 000 € | 40 € | 480 € | 2 400 € |
Lecture de la première ligne : avec une pension de 1 000 € par mois, un point d'indexation non versé coûte 10 € par mois, 120 € sur l'année et au moins 600 € sur cinq ans. Si l'écart porte deux points au lieu d'un, tu doubles chaque colonne. Trois points, tu triples.
La dernière colonne est un plancher, pas une estimation : elle suppose zéro inflation pour les années suivantes, ce qui n'arrivera pas. Le montant réel est supérieur, et la section suivante explique pourquoi.
« Geler les retraites » ne gèle pas toute ta pension
Le titre que tu as lu parle des retraites au pluriel et laisse entendre qu'une pension entière serait bloquée. Ce n'est pas ce que fait une mesure budgétaire, et l'écart change ton calcul : un salarié du privé ne perçoit pas une pension, il en perçoit deux, et elles ne sont pas revalorisées au même moment.
- la retraite de base est revalorisée au 1 er janvier, selon la règle légale d'indexation ;
- la retraite complémentaire du privé est revalorisée au 1 er novembre, sur la valeur du point Agirc-Arrco.
Une désindexation inscrite dans un budget porte sur l'étage de base. Elle ne touche donc pas l'autre ligne de ton relevé au même moment ni par le même mécanisme, et la perte réelle est plus faible que ce que le mot « retraites » laisse croire. De combien ? Cela dépend entièrement de ta carrière, et c'est pour ça qu'aucune moyenne ne t'aidera : la réponse est sur ton relevé de pension, ligne par ligne.
Un cas inverse ce raisonnement, et il concerne beaucoup de monde : pour un contractuel de la fonction publique, la complémentaire Ircantec est revalorisée au 1 er janvier « dans les mêmes conditions que les retraites du régime général ». Là, les deux étages bougent ensemble, et la perte porte bien sur la pension entière. Les deux calendriers sont publiés par le portail Info Retraite, service inter-régimes.
La perte ne se rattrape jamais
Une désindexation n'est pas un manque d'une seule année. Elle déplace le point de départ de toutes les revalorisations suivantes. Même si l'indexation reprend en plein l'année d'après, elle s'applique à une pension déjà plus basse : l'écart est conservé, il n'est jamais rattrapé.
C'est ce qui sépare une désindexation d'un prélèvement ponctuel. Une année sans revalorisation ne coûte pas une année de revalorisation, elle coûte un point de pension pour le reste de ta retraite. Et en euros cet écart grossit, parce que chaque hausse ultérieure s'applique aussi à la part que tu n'as pas eue.
Sur une pension de 2 000 € par mois, un seul point non versé représente 240 € la première année et au moins 1 200 € au bout de cinq ans, sans qu'aucune autre mesure ne soit prise entre-temps.
Une désindexation ciblée a déjà eu lieu, et l'écart était de 0,7 %
Le seuil, les taux multiples, la zone de lissage : ce que le débat présente comme une hypothèse inédite a déjà été appliqué. Au 1 er janvier 2020, les pensions du régime général ont été revalorisées selon cinq coefficients différents, en fonction du total base plus complémentaire :
- jusqu'à 2 000 € brut par mois : +1,0 %, l'inflation pleine
- entre 2 001 € et 2 014 € brut : trois taux intermédiaires, +0,4 %, +0,6 % et +0,8 %
- au-delà de 2 014 € brut : +0,3 %
Soit 0,7 % d'écart entre le haut et le bas du barème. Sur une pension de 2 500 € par mois, cela représentait 17 € par mois. L'année précédente, au 1 er janvier 2019, les pensions avaient déjà été revalorisées de +0,3 % par l'article 68 de la loi de financement de la Sécurité sociale, avec une mention explicite : coefficient non indexé sur l'inflation.
Ce que l'indexation a réellement donné depuis 2019
Les coefficients appliqués au régime général, chacun porté par une instruction ou une loi :
| Date d'effet | Revalorisation appliquée |
|---|---|
| 1er janvier 2026 | +0,9 % |
| 1er janvier 2025 | +2,2 % |
| 1er janvier 2024 | +5,3 % |
| 1er janvier 2023 | +0,8 % |
| 1er juillet 2022 | +4,0 % |
| 1er janvier 2022 | +1,1 % |
| 1er janvier 2021 | +0,4 % |
| 1er janvier 2020 | +0,3 % |
| 1er janvier 2019 | +0,3 % |
Source : barème des coefficients de revalorisation des pensions de l'Institut des politiques publiques, qui cite le texte de chaque ligne. La hausse de 2024 est la contrepartie de l'inflation de 2023, et celle de juillet 2022 vient d'une loi d'urgence sur le pouvoir d'achat, hors calendrier ordinaire.
L'an dernier, le gel était écrit dans le budget. Les députés l'ont supprimé.
Ce n'est pas la première fois que la mesure est proposée. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait un gel de toutes les pensions de retraite de base, maintenues au niveau de 2025. Lors de l'examen du texte à l'Assemblée nationale, cette disposition a été supprimée. La loi a été adoptée le 16 décembre 2025 sans le gel, et les pensions ont été revalorisées de 0,9 % au 1 er janvier 2026 selon la règle légale.
C'est la fiche de service-public.gouv.fr sur la revalorisation au 1er janvier 2026 qui le retrace, et l'acte qui a fixé le taux est l'instruction interministérielle n ° DSS/3A/DB/6BRS/2025/174 du 15 décembre 2025, publiée au bulletin officiel.
La règle qui s'applique aujourd'hui, mot pour mot
Le code de la Sécurité sociale indexe les pensions de base sur l'inflation constatée par l'INSEE, et la définition est précise : « la moyenne annuelle des prix à la consommation, hors tabac, calculée sur les douze derniers indices mensuels de ces prix publiés par l'Insee l'avant-dernier mois qui précède la date de revalorisation ».
Deux conséquences que cette phrase suffit à expliquer. La revalorisation de janvier reflète l'inflation de l'année précédente, pas celle du mois où elle est versée : c'est pour cela qu'une hausse peut paraître décalée par rapport aux prix du moment. Et l'indice retenu est celui hors tabac, qui n'est pas le chiffre d'inflation le plus souvent cité dans les médias.
Pour situer l'ordre de grandeur, l'indice des prix à la consommation publié par l'INSEE, y compris tabac cette fois, a progressé de 0,88 % sur un an au quatrième trimestre 2025, après 1,02 % au troisième et 0,82 % au deuxième : série trimestrielle de l'INSEE. À ce niveau d'inflation, un gel complet sur une année coûte environ un point, c'est-à-dire exactement la première colonne de la table du haut.
Les 6 milliards ne sont pas ta perte
Le chiffre qui circule depuis le 16 août 2026 est une économie pour les finances publiques, pas ce que la mesure te retire. Il correspond au coût de l'indexation complète en 2027, donc à ce qu'un gel total permettrait d'économiser.
D'où une confusion à éviter, parce que les deux chiffres circulent ensemble alors qu'ils décrivent des scénarios différents : les 6 milliards valent pour une désindexation générale, tandis que le seuil de 3 000 € par mois qui a été cité décrit une variante ciblée, qui rapporterait nécessairement moins. Aucun des deux n'est un texte : rien n'est voté, rien n'est publié, aucun taux n'est fixé.
C'est aussi pourquoi la table du haut raisonne en points plutôt qu'en scénarios : elle reste juste quel que soit celui qui sera retenu, et elle se lit dès aujourd'hui.
Comment lire ton propre cas en deux minutes
Prends le montant net mensuel que tu perçois réellement, celui qui arrive sur ton compte, et non le brut inscrit sur ton titre de pension : c'est le net qui mesure ton pouvoir d'achat. Multiplie-le par 1 % pour un point, par 2 % pour deux points. Le résultat est ta perte mensuelle, et elle est définitive.
Deuxième réflexe : applique ce calcul à la bonne ligne. Si tu relèves de la retraite complémentaire du privé, seule la part de base est concernée par une mesure budgétaire, comme expliqué plus haut. C'est cette part-là qu'il faut multiplier, pas le total.
Enfin, une pension n'est pas nette de tout : elle supporte des prélèvements sociaux et elle entre dans le revenu imposable. Une baisse de pension change donc aussi ce que tu paies, et pour mesurer l'effet complet sur ton revenu disponible c'est le calcul de l'impôt qu'il faut refaire, pas seulement celui de la pension.