Entretien professionnel : tous les combien ton employeur te le doit ?
Tous les 4 ans, et une première fois dans l'année qui suit ton embauche. Tous les 8 ans, il doit en plus faire un état des lieux écrit de ton parcours. S'il ne l'a pas fait et que tu n'as suivi aucune formation pendant ces 8 ans, ton compte personnel de formation est crédité de 3 000 €.
Le rythme était de 2 ans jusqu'à la loi du 24 octobre 2025, qui a aussi rebaptisé ce rendez-vous entretien de parcours professionnel. Selon que ton entreprise a ou non un accord collectif sur le sujet, tu n'es pas forcément déjà passé au nouveau rythme : c'est la première chose à vérifier.
Vérifié le
Les trois nombres qui décident
4 ans
entre deux entretiens, depuis la loi du 24 octobre 2025
8 ans
entre deux états des lieux écrits de ton parcours
3 000 €
sur ton CPF si l'état des lieux constate qu'il n'a rien fait
Ton rythme dépend d'une seule chose
Ton entreprise ou ta branche a-t-elle un accord collectif qui fixe la périodicité des entretiens ?
| Ta situation | Tous les combien | Ce que ça change |
|---|---|---|
| Aucun accord sur la périodicité | Tous les 4 ans | C'est déjà le rythme qui s'applique chez toi |
| Un accord prévoit 4 ans ou moins | Ce que dit l'accord | Il tient. Un accord ne peut être que plus favorable que la loi |
| Un accord prévoit plus de 4 ans | Tous les 4 ans au 1er octobre 2026 | L'accord cesse de s'appliquer à cette date |
Source : fiche service-public F32040, vérifiée le 20 février 2026.
Tous les rendez-vous qu'il te doit
Cinq occasions, plus l'état des lieux. Chacune s'ajoute aux autres, aucune ne les remplace.
| Le rendez-vous | Quand | Ce qu'il traite en plus du socle |
|---|---|---|
| Le premier | Dans l'année qui suit ton embauche | Rien. Tu es informé de son existence dès l'embauche |
| L'entretien régulier | Tous les 4 ans | Rien : c'est le socle |
| Au retour de certains congés | À ta reprise, si tu n'en as eu aucun depuis 12 mois | Tu peux le demander AVANT ta reprise de poste |
| Après la visite médicale de mi-carrière | Dans les 2 mois qui suivent | Aménagement du poste, usure professionnelle, reconversion |
| Avant tes 60 ans | Le premier des 2 dernières années | Maintien dans l'emploi, temps partiel, retraite progressive |
| L'état des lieux | Tous les 8 ans | Bilan écrit : entretiens tenus, formation, certification, progression |
Le premier état des lieux après l'embauche peut être fait 7 ans après le premier entretien. La durée s'apprécie sur ton ancienneté réelle dans l'entreprise.
Les congés qui déclenchent un entretien
Ton employeur doit te proposer un entretien à ta reprise si tu reviens d'un congé de maternité, d'adoption, parental d'éducation, de proche aidant, sabbatique, d'une période de mobilité volontaire sécurisée, d'un temps partiel pris après une maternité ou une adoption, d'un arrêt maladie de plus de 6 mois, ou d'un mandat syndical.
La condition tient en une ligne : il faut que tu n'aies bénéficié d'aucun entretien dans les 12 mois qui précèdent ta reprise. Si tu en as eu un trois mois avant ton arrêt, il n'y en a pas de nouveau. Et rien ne t'oblige à attendre ton retour : tu peux demander à le tenir avant de reprendre ton poste, ce que peu de gens savent.
Ce que l'entretien doit traiter
Le contenu n'est pas laissé à l'appréciation de ton employeur. L'article L6315-1 du Code du travail en fixe cinq points, et ils sont tous tournés vers la suite de ton parcours :
- tes compétences et qualifications dans ton emploi actuel, et comment elles peuvent évoluer ;
- ta situation et ton parcours, au regard des perspectives d'emploi dans l'entreprise ;
- tes besoins de formation, y compris ceux liés à un projet personnel ;
- tes souhaits d'évolution : reconversion interne ou externe, projet de transition, bilan de compétences, validation des acquis de l'expérience ;
- l'activation de ton compte personnel de formation, les abondements que ton employeur peut financer, et le conseil en évolution professionnelle.
Il se déroule pendant ton temps de travail, il est mené par un supérieur hiérarchique ou un représentant de la direction, et il donne lieu à un document écrit dont une copie t'est remise. Ce document est ta preuve que l'entretien a eu lieu : garde-le.
Ce n'est pas ton entretien annuel, et la nuance a des conséquences
L'entretien de parcours professionnel ne porte pas sur l'évaluation de ton travail : le Code du travail l'écrit noir sur blanc. L'évaluation, les objectifs et la négociation salariale relèvent de l'entretien annuel, qui n'est lui obligatoire que si un accord ou ton contrat le prévoit.
Les deux peuvent être tenus le même jour, la Cour de cassation l'a admis en 2023, à condition que le contenu des deux échanges soit clairement identifié. Si ton employeur enchaîne les deux sans le dire, tu n'as eu qu'un entretien annuel : c'est le document écrit remis à la fin qui fait la différence.
Ce que tu récupères s'il ne l'a jamais fait
La sanction ne dépend pas de ta situation mais de la taille de ton entreprise, et l'écart entre les deux cas est important.
À partir de 50 salariés
Si l'état des lieux des 8 ans constate que tu n'as bénéficié ni des entretiens prévus ni d'au moins une formation autre qu'une formation obligatoire, ton employeur doit créditer ton compte personnel de formation de 3 000 €. Les deux manquements doivent être réunis : une seule formation suivie pendant ces huit années suffit à l'en dispenser (article L6323-13).
Ce versement est spontané : tu n'as pas à le réclamer, et il n'y a pas de procès à faire. Il doit être effectué au plus tard le dernier jour du trimestre civil qui suit ton état des lieux. Si ton entretien a eu lieu le 10 février, l'argent doit être sur ton compte au 30 juin au plus tard. Passe cette date, regarde ton solde.
Si l'entreprise ne verse rien, l'inspection du travail peut la mettre en demeure, et à défaut elle verse au Trésor public la somme manquante majorée de 100 %. Cette majoration ne va pas sur ton compte : elle punit l'entreprise, elle ne t'indemnise pas.
Sous 50 salariés
Il n'y a aucun abondement automatique. Ton employeur reste tenu de son obligation générale d'adaptation à ton poste et de maintien de ton employabilité, et c'est sur ce terrain que ça se joue : devant le conseil de prud'hommes, sous forme de dommages et intérêts, et à condition que tu justifies d'un préjudice. Aucun barème ne fixe le montant.
L'effectif s'apprécie selon les règles du code de la sécurité sociale, pas sur le nombre de personnes que tu croises le matin : les apprentis et une partie des contrats aidés en sont exclus. Une entreprise que tu penses à cinquante peut être en dessous du seuil.
Qui n'y a pas droit
L'entretien est dû dans toutes les entreprises et tous les secteurs, quel que soit ton contrat : durée déterminée ou indéterminée, apprentissage, professionnalisation, temps plein ou temps partiel.
Trois situations en sont exclues, et c'est la réserve que la plupart des pages sur le sujet oublient de servir : les intérimaires, les salariés mis à disposition d'une entreprise d'accueil, et ceux qui interviennent dans le cadre d'une sous-traitance. La fiche officielle F32040 le pose en tête de sa liste.
Préparer l'entretien sans rien payer
Dans une entreprise de moins de 300 salariés, tu peux faire appel gratuitement à un conseiller en évolution professionnelle pour préparer ce rendez-vous. C'est un service public, indépendant de ton employeur, et il n'a pas à être informé que tu y as recours.
C'est le moment où les dispositifs que tu financerais autrement seuls se négocient : un abondement de ton compte de formation par ton employeur, un bilan de compétences, une validation des acquis, un projet de transition. L'entretien est le seul rendez-vous où ces sujets sont à l'ordre du jour par obligation légale.
Ce que l'entretien peut déclencher
Les dispositifs que ce rendez-vous met sur la table, et ce qu'ils rapportent ou coûtent réellement.