Aller au contenu principal
Le Bulletin·5 novembre 2026·6 min

Cumul emploi-retraite 2027 : 7 000 € et ce que ta caisse retiendra

En bref

En règle générale, si ta première pension de base prend effet à compter du 1er janvier 2027, tes revenus professionnels et de remplacement réduisent ta retraite dès le premier euro avant l'âge légal, puis pour moitié au-delà de 7 000 € en 2027, seuil revalorisé chaque année, de l'âge légal à 67 ans ; à partir de 67 ans, tu cumules sans plafond. En principe, la retenue s'étale sur les douze mois qui suivent le calcul, et certains régimes et revenus restent à part.

Deux décrets du 2 novembre 2026, publiés au Journal officiel du 3 novembre, fixent ce que coûtera un emploi repris à la retraite pour qui part à compter du 1er janvier 2027. Le décret n° 2026-1017 arrête le seuil à 7 000 € pour 2027 et dit comment la retenue se calcule, le décret n° 2026-1016 liste les revenus qui n'entrent pas dans ce calcul.

Ils appliquent l'article 102 de la loi du 30 décembre 2025. Le principe, tu le trouveras avec les règles encore en vigueur sur notre page cumul emploi-retraite. Ici, le calcul, la retenue et les revenus qui y échappent.

Es-tu concerné : tout se joue sur ta première pension

Le déclencheur n'est pas la date à laquelle tu reprends un emploi. L'article L. 161-22 du code de la sécurité sociale s'applique dans cette version aux assurés qui entrent en jouissance de leur première pension de vieillesse de base à compter du 1er janvier 2027. Une pension de base déjà perçue avant cette date te laisse hors du nouveau régime, sauf si elle a été liquidée au titre de l'une des exceptions que vise le texte (les 1° à 5° de l'article L. 161-22-1-2).

L'Assurance retraite le dit ainsi à qui part avant : les anciennes conditions restent les tiennes, « même si vous reprenez un emploi dans plusieurs années ». Une première pension de base qui prend effet le 1er janvier 2027 relève en revanche du nouveau régime. Si tu comptes retravailler et que ta date de départ est encore ouverte, c'est l'arbitrage à poser maintenant, à côté de ce que ton âge de départ change sur ta pension.

Trois cas restent à part. L'article L. 161-22 ne s'applique pas à qui demande ou perçoit une retraite progressive (ce que tu touches en retraite progressive). Il laisse cumuler entièrement leur pension les assurés des 1° à 5° de l'article L. 161-22-1-2, pour la pension de ces mêmes régimes : pensions civiles ou militaires d'invalidité, pensions militaires, marins, artistes du ballet de l'Opéra de Paris et certains anciens agents des mines. Et il fait de même pour les fonctionnaires de l'article L. 414-4 du code général de la fonction publique, sur leurs revenus d'une activité de sécurité privée, quand leur pension vient du régime de l'État.

Trois âges, trois résultats

  • Avant l'âge légal : ta pension est réduite à hauteur de tes revenus professionnels et de remplacement, dès le premier euro.
  • De l'âge légal à 67 ans : rien n'est retenu jusqu'à 7 000 € sur l'année civile. Au-delà, ta pension est réduite de la moitié du dépassement.
  • À partir de 67 ans : pension et revenus se cumulent entièrement, sans plafond, et tes cotisations peuvent t'ouvrir de nouveaux droits à retraite.

À partir de l'âge légal, tout cela suppose d'avoir pris toutes tes pensions, de base et complémentaires, françaises et étrangères : sinon, le versement de ta pension de base est suspendu, sauf exceptions du texte. L'année où tu atteins l'âge légal ou 67 ans, la tranche suivante joue à compter du premier jour du mois qui suit celui où tu remplis cette condition.

Deux autres reprises relèvent d'une suspension de la pension de base, pas d'une réduction : celle d'une activité non salariée agricole soumise à l'obligation de cessation (articles L. 732-39 et L. 732-40 du code rural, qui prévoient leurs exceptions), et celle d'un mandat social de salarié assimilé du régime agricole, dans des conditions fixées par décret.

Les 7 000 € valent pour 2027, soit environ 583 € par mois, et le décret les revalorise chaque 1er janvier selon l'évolution du plafond de la Sécurité sociale. Avant 67 ans, l'Assurance retraite précise que ces périodes travaillées n'ouvrent pas de seconde retraite.

Le mot « revenus » est plus large que ton salaire. Pour un salarié, le décret retient les revenus d'activité soumis à la CSG, et Service Public parle de 7 000 € brut. Il faut y ajouter les revenus de remplacement que l'article L. 161-22 énumère : les indemnités journalières de maladie, l'indemnité complémentaire de ton employeur et les indemnités du titre du code du travail consacré à l'indemnisation du chômage. Le décret y ajoute les prestations maladie des indépendants et des professions libérales, les indemnités journalières agricoles et celles des régimes spéciaux. Un arrêt maladie ou une période de chômage après ta reprise compte donc dans le total.

Le calcul, sur une pension de 1 500 € par mois

Les exemples ci-dessous prennent une personne entre l'âge légal et 67 ans, qui travaille de janvier à décembre 2027 et touche 1 500 € de pensions par mois, base et complémentaire comprises. Ils raisonnent en brut : le décret ne précise pas cette assiette pour la limite d'un tiers décrite plus bas.

Revenus sur l'annéeDépassement du seuilRéduction annuelleRetenue par mois
6 000 €0 €0 €0 €
10 000 €3 000 €1 500 €125 €
18 000 €11 000 €5 500 €458,33 €
30 000 €23 000 €11 500 €500 €, le maximum hors anticipation

La ligne à 10 000 € reproduit l'exemple de l'Assurance retraite. Une fois le seuil franchi, chaque euro gagné en plus coûte 50 centimes de pension, avant impôt. Le seuil n'est donc pas un mur : à 18 000 €, tu gardes au total 12 500 € de plus que sans activité, en brut.

Comment la caisse reprend l'argent

En principe, la retenue n'arrive pas au fil de la paie. L'article D. 161-2-10, dans sa rédaction issue du décret n° 2026-1017, calcule la réduction sur l'année civile, puis la déduit par fractions égales sur les douze mois civils qui suivent le calcul. Le service des Retraites de l'État annonce pour ses pensionnés une réduction « opérée l'année suivant la perception des revenus ». Tes revenus de 2027 peuvent donc peser sur ta pension de 2028, à un moment où tu n'auras peut-être plus d'activité : mets de côté ce que tu sais devoir.

Quatre garde-fous encadrent cette retenue :

  • Un tiers au plus : la déduction ne peut pas réduire le total de tes pensions de plus d'un tiers. Avec 1 500 € par mois, elle s'arrête à 500 €, hors application anticipée décrite plus bas. Dans la dernière ligne du tableau, 6 000 € sont repris en douze mois et les 5 500 € restants continuent les mois suivants, dans la même limite.
  • Jamais plus que tes pensions : la réduction totale ne peut pas dépasser ce que tes pensions de droit propre représentent sur la période où tu as perçu ces revenus.
  • La base d'abord : la réduction s'impute sur tes retraites de base, de la plus élevée à la plus faible. Seul le reliquat touche tes complémentaires, dans le même ordre.
  • Pas la réversion : le décret vise les pensions de droit direct et leurs avantages accessoires, à l'exception de la majoration pour tierce personne.

Une exception joue contre le salarié, jusqu'à 67 ans. Si ton revenu d'un mois dépasse le total mensuel de tes pensions, la réduction de ce mois peut être appliquée en totalité et par anticipation, pendant que tu travailles, sauf si tu la contestes dans le mois qui suit ton information. L'étalement et la limite d'un tiers ne jouent alors pas pour ce mois. Tu es dans cette situation sur la dernière ligne du tableau si tes 30 000 € arrivent régulièrement : 2 500 € par mois contre 1 500 € de pensions. Le décret nomme aussi le micro-entrepreneur à cet endroit, alors que son article D. 161-2-20 écarte ces alinéas pour les indépendants : demande à ta caisse ce qu'elle retient.

Les revenus que le calcul ne compte pas

L'article R. 161-19, réécrit par le décret n° 2026-1016, retire du calcul une liste de 19 activités. Parmi elles :

  • assistant maternel, assistant familial et garde d'enfants ;
  • activités juridictionnelles ou assimilées, consultations occasionnelles, jurys de concours publics, instances consultatives ou délibératives réunies en vertu d'un texte ;
  • transports scolaires, réserve militaire opérationnelle, réserve de la police nationale, réserve sanitaire ;
  • professionnels de santé exerçant dans les zones visées au 1° de l'article L. 1434-4 du code de la santé publique, et permanence des soins en libéral ;
  • vacations de médecins ou d'infirmiers retraités dans un établissement de santé, ou un établissement ou service social ou médico-social, à sa demande, entre l'âge légal et 67 ans, dans la limite de 910 heures ou 260 demi-journées par an. Au-delà d'un revenu égal au plafond annuel de la Sécurité sociale, la pension est réduite de la moitié du dépassement.

S'y ajoutent les revenus d'activités de transmission d'entreprise, et les revenus d'artiste-auteur déjà perçus avant ta retraite ou tirés d'une oeuvre créée avant la date d'effet de ta pension.

Attention à une confusion que le texte rend facile : l'article R. 161-18 dresse une autre liste, celle des activités pour lesquelles tu n'as pas à rompre avec ton employeur pour toucher ta pension. Être sur cette liste ne retire pas tes revenus du calcul. L'aide à domicile aux personnes âgées, le gardien d'immeuble logé par son employeur et l'hébergement en milieu rural y figurent, et l'article R. 161-19 ne les reprend pas.

Indépendant ou micro-entrepreneur : le piège du chiffre d'affaires

Pour un micro-entrepreneur, le décret retient le chiffre d'affaires ou les recettes, pas le bénéfice. Le seuil de 7 000 € se compare donc à ce que tu encaisses, avant tes frais. Pour les autres indépendants, les revenus retenus sont ceux de l'assiette sociale.

Avant 67 ans, si tu reprends ou poursuis une activité indépendante ou agricole non salariée, tu la déclares à la caisse nationale dans le mois qui suit, puis son arrêt dans le mois qui suit celui-ci. Sans cette déclaration, tes pensions de base et complémentaires sont suspendues à titre conservatoire à partir du mois suivant le contrôle de ton régime. Le versement reprend le premier jour du mois qui suit la réception de la déclaration et comprend les sommes suspendues ; le décret y rattache les réductions dues.

Ce qui reste ouvert

Lu à la lettre, l'article D. 161-2-19 multiplie les revenus par le rapport entre tes mois d'affiliation et douze quand tu travailles moins d'une année civile : 12 000 € gagnés sur six mois compteraient pour 6 000 €, sous le seuil. Le I du même article porte sur l'activité non salariée, et le II ne précise pas s'il vise aussi les salariés. Le résultat est très favorable et le décret n'en donne aucun exemple : fais-le confirmer par ta caisse avant de calibrer un contrat court.

L'Assurance retraite annonce un simulateur de la réduction pour le premier trimestre 2027, et le service des Retraites de l'État une plateforme pour les justificatifs dans le courant de 2027. Le 4 novembre, le président du groupe RDPI au Sénat a demandé au gouvernement de retirer son décret sur ce cumul. Une demande ne change pas le droit : le 5 novembre 2026, les deux décrets figurent toujours au Journal officiel, et leur régime vise les pensions prenant effet à compter du 1er janvier 2027.

Pour refaire le calcul avec ton montant, estime d'abord ta pension, puis passe ton futur salaire en net : c'est ce qui dira si le travail repris vaut encore la retenue.

Passe à l'action

Estime ta pension pour refaire le calcul avec ton montant.