Handicap ou RQTH : à quel âge tu peux partir à la retraite ?
Dès 55 ans, si tu as cotisé 112 trimestres en étant atteint d'une incapacité d'au moins 50 % (né en 1973 ou après), et 72 pour partir à 59 ans. Une reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) suffit pour les années antérieures à 2016. Ta pension est au taux plein, et majorée jusqu'à 33 % si tes trimestres ne font pas une carrière complète.
55 ans
l'âge le plus bas pour partir, sans aucune décote sur ta pension de base
31 décembre 2015
la dernière date à laquelle une RQTH, seule, prouve ton handicap pour la retraite
+33 %
le plus que la majoration ajoute à ta pension de base, sans dépasser celle d'une carrière complète
Combien de trimestres cotisés il te faut, selon ton âge de départ
Des trimestres cotisés alors que tu étais en situation de handicap, tous régimes de base confondus. Plus tu pars tard, moins il en faut : dix de moins par année.
| Tu pars à | Né de 1967 à 1969 | Né de 1970 à 1972 | Né en 1973 ou après |
|---|---|---|---|
| 55 ans | 110 | 111 | 112 |
| 56 ans | 100 | 101 | 102 |
| 57 ans | 90 | 91 | 92 |
| 58 ans | 80 | 81 | 82 |
| 59 ans ou plus, avant l'âge légal | 70 | 71 | 72 |
Durées fixées par l'article D. 351-1-5 du code de la sécurité sociale, publiées par la circulaire Cnav n° 2025-22 du 1er août 2025 (annexe 2) et par L'Assurance retraite.
Né en 1966 ou avant : où tu en es
Né en 1966, tu as déjà 59 ou 60 ans : c'est la ligne des 59 ans qui te concerne, soit 69 trimestres cotisés, et elle vaut jusqu'à ton âge légal. La circulaire le montre sur les générations plus anciennes : un assuré né en 1962 qui partait à 60 ans devait réunir exactement ce qu'un assuré né en 1963 réunissait à 59 ans.
Né en 1963 ou avant, ton âge légal tombe en 2026 au plus tard : la retraite anticipée pour handicap ne te concerne plus, et c'est le départ de droit commun, ou la retraite pour inaptitude si tu touches l'AAH, qui s'applique.
Né en 1964 ou 1965, ta durée exigée se déduit de ta durée du taux plein, que la suspension de la réforme des retraites a raccourcie pour ces deux générations : l'attestation de départ anticipé que délivre ta Carsat la calcule sur ta carrière.
Ta RQTH suffit-elle ? Oui, pour tes années d'avant 2016
Deux fiches officielles semblent se contredire, et elles ne parlent pas des mêmes années. La fiche service-public sur la RQTH répond « Non, la RQTH, à elle seule, n'ouvre pas de droit à la retraite anticipée ». Celle sur la retraite du salarié handicapé retient au contraire la RQTH pour les périodes antérieures au 1er janvier 2016.
Les deux ont raison. La loi du 20 janvier 2014 a supprimé la RQTH comme preuve du handicap, mais en gardant les années déjà passées : une reconnaissance compte pour toute période jusqu'au 31 décembre 2015, et plus après. La première fiche répond pour une RQTH obtenue aujourd'hui, la seconde pour une carrière. Si ta RQTH couvre, avant 2016, les trimestres cotisés que la table te demande, elle suffit ; pour les années suivantes, il te faut un taux d'incapacité d'au moins 50 %.
La circulaire de la Cnav du 1er août 2025 donne l'exemple : une RQTH accordée du 1er janvier 1995 au 31 décembre 2018 est retenue jusqu'au 31 décembre 2015 seulement. Les anciennes catégories A, B et C comptent toutes, de même qu'une orientation en Ésat ou en centre de rééducation professionnelle.
Ce qui prouve ton handicap, et pour quelles années
Chaque trimestre cotisé exigé doit tomber dans une année où l'une de ces situations est prouvée. Tu peux les enchaîner : une RQTH jusqu'en 2015, puis une pension d'invalidité.
| Ta situation | Compte pour | Ce que tu fournis |
|---|---|---|
| Incapacité permanente d'au moins 50 % | Toutes les années | La décision de la CDAPH (via la MDPH) ou de l'ancienne Cotorep, ou celle qui t'attribue l'AAH |
| Carte d'invalidité ou carte mobilité inclusion mention invalidité | Toutes les années ; une carte à deux dates ne couvre que sa période de validité | La carte, ou la décision qui te l'attribue |
| Pension d'invalidité de 2e ou 3e catégorie | Toutes les années | La décision de ta caisse d'assurance maladie ou de la MSA |
| Rente d'accident du travail ou de maladie professionnelle à 50 % ou plus | Toutes les années ; plusieurs taux inférieurs à 50 % s'additionnent | La notification qui fixe ton taux d'incapacité |
| Travail en Ésat | Toutes les années | Tes bulletins de salaire mentionnant l'aide au poste |
| Reconnaissance de travailleur handicapé (RQTH) | Jusqu'au 31 décembre 2015 seulement | La décision de la CDAPH ou de la Cotorep |
Situations et pièces : arrêté du 24 juillet 2015 complété le 28 avril 2025, repris par la circulaire Cnav n° 2025-22 (annexes 3 et 4).
S'il te manque des justificatifs : jusqu'à 30 % de la durée
Un document perdu ne ferme pas la porte. La MDPH peut te délivrer des duplicatas ou une attestation des périodes reconnues ; si ton dossier y est perdu alors que tu avais bien fait la demande à l'époque, une déclaration sur l'honneur suffit pour ces périodes (service-public.gouv.fr, « Retraite du salarié handicapé »).
Si aucune demande n'avait jamais été faite pour une période, une commission nationale placée auprès de la Cnav peut la valider sur dossier médical, dans la limite de 30 % de la durée cotisée exigée, arrondi au trimestre inférieur. Sur les 91 trimestres exigés à 57 ans pour la génération 1970, c'est 27 trimestres au plus. Il faut alors, à la date de ta demande, une incapacité d'au moins 50 %.
Combien tu touches : le taux plein, puis jusqu'à 33 % de plus
Ta pension de base est calculée au taux plein de 50 %, même s'il te manque des trimestres : pas de décote. Elle reste en revanche proportionnelle à ta durée d'assurance, comme toute retraite. C'est ce que corrige la majoration, propre à ce dispositif (circulaire Cnav n° 2025-22, point 3) :
majoration = pension calculée × 1/3 × (trimestres cotisés en situation de handicap ÷ ta durée d'assurance)
Le coefficient est arrondi au centième, et il plafonne à 0,33 quand toute ta durée a été cotisée en situation de handicap. La pension majorée ne peut pas dépasser celle que tu aurais touchée avec une carrière complète : au-delà, la majoration est coupée.
Né en 1970, départ à 57 ans
Prends une hypothèse ronde : 22 000 € de salaire annuel moyen, 108 trimestres d'assurance dont 96 cotisés en situation de handicap. C'est plus que les 91 que la table exige à cet âge, donc tu peux partir.
- Pension calculée : 22 000 € × 50 % × 108/172 = 6 906,97 € par an.
- Coefficient : 96/108 × 1/3, arrondi à 0,30.
- Majoration : 2 072,09 € par an. La pension d'une carrière complète vaudrait 11 000,00 €, donc rien n'est coupé.
- Pension de base majorée : 8 979,06 € par an, soit 748,26 € par mois.
Plus ta carrière est longue, moins la majoration pèse. La même personne avec 160 trimestres dont 150 en situation de handicap aurait une majoration calculée de 3 172,09 €, coupée à 767,45 € pour que sa pension s'arrête à 11 000,00 €, celle d'une carrière complète.
Deux planchers jouent ensuite. Si ta pension reste sous le montant minimum de retraite, c'est ce minimum contributif qui est versé, et la majoration s'y ajoute ; il est lui-même relevé si tu as cotisé au moins 120 trimestres. Ta retraite complémentaire Agirc-Arrco est versée sans minoration, la retraite anticipée pour handicap figurant parmi les départs au taux plein qu'elle reconnaît (service-public.gouv.fr, « Retraite complémentaire dans le privé : Agirc-Arrco »).
Ce que ton départ anticipé arrête
La retraite anticipée remplace plusieurs revenus au lieu de s'y ajouter, et c'est à chiffrer avant de choisir ta date (circulaire Cnav n° 2025-22, point 2.4.9) :
- ta pension d'invalidité est suspendue, ses accessoires comme la majoration pour tierce personne restant versés ;
- l'allocation aux adultes handicapés ne se cumule pas avec une retraite ;
- tes allocations chômage cessent ;
- à partir de 62 ans, tu peux demander l'allocation de solidarité aux personnes âgées si ta pension reste faible.
S'il te manque la durée, d'autres voies restent ouvertes
Sans la durée cotisée de la table, ton handicap ouvre encore d'autres départs, plus tardifs. Avec une incapacité d'au moins 50 %, tu pars à 62 ans au taux plein quel que soit ton nombre de trimestres, au titre de l'inaptitude ; une incapacité d'origine professionnelle d'au moins 20 % ouvre un départ à 60 ans. Ces voies sont comparées sur la page des départs avant l'âge légal.
Fonctionnaire, tu relèves d'une autre grille : le Service des retraites de l'État exige 92 trimestres cotisés à un agent né en 1968 qui part à 57 ans, là où la table de cette page en demande 90 pour un salarié (retraitesdeletat.gouv.fr, « La retraite anticipée »). Les âges et les chiffres de cette page valent pour les salariés du privé et les indépendants, tels que les publie L'Assurance retraite.
Données indicatives : ta durée cotisée et tes périodes de handicap se vérifient sur ton relevé de carrière et auprès de ta caisse de retraite.