Salaire minimum en Europe : le comparatif 2026
Au second semestre 2026, le salaire minimum légal va de 620 € brut par mois en Bulgarie à 2 771 € au Luxembourg. La France est 6e des 22 pays de l’Union qui en ont un. Les 5 autres n’en ont aucun, et c’est un choix, pas un oubli.
22 / 27
pays de l’UE avec un salaire minimum légal
x 4,5
entre Bulgarie et Luxembourg
6e
rang de la France sur 22
Salaire minimum brut mensuel dans l’UE, second semestre 2026
Du plus élevé au plus bas, ramené à douze mensualités
| Pays | Brut mensuel |
|---|---|
| Luxembourg | 2 771 € |
| Irlande | 2 391 € |
| Allemagne | 2 343 € |
| Pays-Bas | 2 338 € |
| Belgique | 2 234 € |
| France | 1 867 € |
| Slovénie | 1 482 € |
| Espagne | 1 425 € |
| Lituanie | 1 153 € |
| Pologne | 1 119 € |
| Chypre | 1 088 € |
| Grèce | 1 073 € |
| Portugal | 1 073 € |
| Croatie | 1 050 € |
| Malte | 994 € |
| Estonie | 946 € |
| Tchéquie | 923 € |
| Slovaquie | 915 € |
| Hongrie | 906 € |
| Roumanie | 825 € |
| Lettonie | 780 € |
| Bulgarie | 620 € |
Source : Eurostat, « Salaires minima mensuels, données semestrielles », jeu de données earn_mw_cur. Montants en euros bruts mensuels pour un temps plein, ramenés à douze mensualités, convertis au taux de change pour les pays hors zone euro. Les cinq États membres absents du tableau n’ont pas de salaire minimum légal : Eurostat y porte une valeur manquante explicite, « les données ne peuvent pas exister ».
Cinq pays de l’UE n’ont pas de salaire minimum légal
C’est la réponse à une question que beaucoup de monde pose sans le savoir : chercher « le SMIC italien » revient à chercher quelque chose qui n’existe pas. l’Autriche, le Danemark, la Finlande, l’Italie et la Suède n’ont aucun salaire minimum fixé par la loi. Ils sont cinq sur vingt-sept, et ce ne sont pas les moins payés.
Dans ces pays, le plancher ne vient pas de l’État mais des conventions collectives : les syndicats et les organisations d’employeurs négocient les minima branche par branche. EURES le formule ainsi : ces cinq États « laissent les syndicats et les employeurs s’entendre sur les salaires ».
Ça change deux choses pour toi. D’abord, il n’y a pas un montant à connaître, mais autant que de branches : un plancher dans la métallurgie, un autre dans la restauration, un autre dans le commerce. Ensuite, la couverture n’est jamais totale : les salariés dont la branche n’a pas de convention active, ou dont l’employeur n’en applique aucune, n’ont pas de plancher du tout.
La directive européenne de 2022 n’oblige pas ces pays à créer un salaire minimum légal. Elle leur demande de renforcer la négociation collective quand elle couvre moins de 80 % des salariés, ce qui n’est le cas d’aucun des cinq.
Ce que cette page ne te donne pas, et pourquoi. Les minima de branche de ces cinq pays circulent beaucoup, avec des écarts importants d’une publication à l’autre. Aucune source publique ouverte ne les consolide, et nous ne reprenons pas des montants que nous ne pouvons pas rattacher à un texte. Pour l’Italie, la référence est le CCNL de ta branche ; pour le Danemark, la Suède et la Finlande, l’accord de ton secteur.
Pourquoi deux sites ne donnent pas le même chiffre pour un même pays
Cherche « salaire minimum Espagne » et tu trouveras 1 221 €, 1 381 € et 1 425 €, sur trois sites qui ont tous raison. Ce n’est pas une erreur de l’un d’eux : ils ne mesurent pas la même chose. Trois conventions se superposent, et presque personne ne dit laquelle il applique.
Le nombre de versements dans l’année
L’Espagne verse son salaire minimum en quatorze fois, pas en douze. Le montant légal espagnol est donc un montant sur quatorze mois, et le ramener à l’échelle mensuelle européenne demande une multiplication :
1 184 × 14 ÷ 12 = 1 381
Les deux nombres décrivent le même salaire. Le premier est ce qui tombe sur le compte chaque mois, le second est ce qu’il faut utiliser pour comparer avec un pays qui paie en douze fois. Plusieurs pays du sud de l’Europe sont dans ce cas. Le détail espagnol vaut le détour : c’est le pays où l’écart entre les deux lectures est le plus visible.
La durée hebdomadaire retenue
L’Allemagne ne fixe aucun montant mensuel : sa loi fixe un taux horaire, et le mensuel dépend du contrat. Convertir 13,90 € de l’heure donne 2 409 € sur une base de 40 heures, 2 343 € sur la durée conventionnelle moyenne retenue par Eurostat. Deux chiffres pour un seul taux horaire, et l’écart dépasse 60 €. Le Mindestlohn se lit à l’heure, jamais au mois.
La date du relevé
La troisième cause est la plus banale et la plus fréquente : un tableau publié en janvier reste en ligne en septembre. Entre le premier et le second semestre 2026, le montant de 10 des 22 pays a changé, dont la France, passée de 1 823 € à 1 867 € le 1er juin. Un comparatif qui ne donne pas la date de ses chiffres ne se vérifie pas.
Le taux de change, pour les pays hors zone euro
Quatre pays du tableau ne paient pas en euros : la Pologne, la Tchéquie, la Hongrie et la Roumanie. Leur montant publié en euros bouge donc pour deux raisons qui se superposent, la décision nationale et le cours de leur monnaie. Le résultat surprend : entre les deux semestres 2026, la Pologne recule de 1 139 € à 1 119 € et la Tchéquie de 924 € à 923 €, alors qu’aucun des deux n’a baissé son salaire minimum. C’est le change qui a joué, et c’est la raison pour laquelle 8 des 10 mouvements du tableau sont des hausses et les autres non.
Ce que ça implique pour lire le tableau ci-dessus. Il porte les montants du second semestre 2026, ramenés à douze mensualités pour tous les pays, y compris ceux qui paient en quatorze fois. C’est la seule façon de mettre vingt-deux pays sur la même échelle. Le montant que touche réellement un salarié espagnol chaque mois est plus bas ; son salaire annuel, lui, est bien celui qu’indique le tableau multiplié par douze.
Le montant brut ne dit pas le pouvoir d’achat
Comparer des montants bruts entre pays est trompeur, parce que les mêmes euros n’achètent pas la même chose. Un salaire de 1 139 € en Pologne permet à peu près le même panier qu’un salaire de 1 500 € en Allemagne ou en France : c’est l’exemple que donne EURES, et il suffit à renverser l’intuition du classement.
La mesure qui corrige cet effet s’appelle le standard de pouvoir d’achat. Elle exprime tous les salaires dans une unité commune, calculée sur le niveau moyen des prix de l’ensemble de l’Union et non sur un pays de référence. Deux conséquences constantes :
- les pays d’Europe centrale et orientale remontent, parfois de plusieurs rangs ;
- les pays où le logement et les services sont les plus chers reculent, le Luxembourg et l’Irlande en tête.
Ces classements en pouvoir d’achat circulent sous plusieurs formes, et les valeurs publiées divergent fortement d’un éditeur à l’autre parce qu’ils ne s’appuient pas tous sur le même indicateur : certains comparent le salaire minimum lui-même, d’autres le revenu disponible ajusté par habitant, qui inclut les impôts et les prestations. Nous ne reproduisons pas de tableau chiffré tant que nous ne pouvons pas le rattacher à un jeu de données précis.
Le brut ne dit pas non plus le net : chaque pays a son propre régime de cotisations, et deux salaires bruts identiques ne laissent pas la même somme sur le compte. En France, le SMIC à 1 867,02 € brut donne environ 1 478 € net avant impôt (voir le détail brut/net).
La directive européenne n’harmonise aucun montant
En octobre 2022, l’Union a adopté la directive 2022/2041 sur des salaires minimaux adéquats. Elle revient souvent dans le débat sous l’étiquette de « SMIC européen », et c’est un contresens : elle ne fixe aucun montant commun et n’en fixera pas.
Ce qu’elle demande réellement
- Aucune harmonisation. Chaque pays garde son système, y compris les cinq qui n’ont pas de salaire minimum légal.
- Deux repères d’adéquation. Les États qui ont un salaire minimum doivent évaluer s’il est « adéquat », en le comparant au salaire médian ou au salaire moyen national. Les valeurs indicatives citées sont 60 % du médian et 50 % du moyen.
- Un seuil de couverture conventionnelle. Un pays dont moins de 80 % des salariés sont couverts par une convention collective doit établir un plan d’action pour renforcer la négociation.
- Une réévaluation régulière, pour que le montant ne se dévalue pas en silence entre deux décisions.
Où se situe la France
Le SMIC est revalorisé automatiquement au moins une fois par an, et en cours d’année dès que l’inflation franchit un seuil : c’est ce qui l’a porté de 1 867 € à 1 867,02 € au 1er juin 2026. La France est par ailleurs l’un des pays où la couverture conventionnelle est la plus large, très au-dessus du seuil de 80 %. Sur ces deux points, elle n’a pas de plan d’action à produire.
France et Allemagne : l’écart s’est inversé en dix ans
L’Allemagne n’a instauré son salaire minimum, le Mindestlohn, qu’en janvier 2015, à 8,50 € de l’heure. La France avait le SMIC depuis 1970. Dix ans plus tard, le rapport s’est inversé.
| Année | SMIC France (brut/mois) | Mindestlohn Allemagne |
|---|---|---|
| 2015 | 1 458 € | 1 473 € |
| 2018 | 1 498 € | 1 498 € |
| 2020 | 1 540 € | 1 584 € |
| 2022 | 1 603 € | 1 621 € |
| 2023 | 1 709 € | 2 028 € |
| 2024 | 1 767 € | 2 054 € |
| 2026 | 1 867,02 € | 2 343 € |
La bascule date d’octobre 2022 : le Mindestlohn passe alors de 10,45 € à 12 € de l’heure d’un coup, sur décision politique, soit près de 15 % en une fois. Depuis, il progresse par paliers annoncés à l’avance et atteint 13,90 € de l’heure en 2026.
La comparaison de la dernière ligne demande une précaution, et c’est celle de la deuxième section : le montant allemand dépend de la durée du contrat, parce que la loi allemande ne fixe qu’un taux horaire. La ligne 2026 retient la conversion d’Eurostat, la même que le tableau de référence. À 40 heures par semaine, le même taux donnerait 2 409 €.
Les salaires minimums pays par pays
Le détail national, quand le comparatif ne suffit plus