Pension alimentaire et impôts : qui déduit, qui déclare, et combien ?
Celui qui verse déduit la pension de son revenu, celui qui la reçoit la déclare. Mais jamais pour le même montant : sur une pension de 181,98 € par mois, elle en coûte réellement 127,39 € au premier s'il est à 30 %, et il en reste 138,74 € au second à la même tranche.
L'écart tient à un abattement de 10 % que presque personne ne mentionne, et surtout à son plancher.
Régime et plafonds vérifiés le , applicables à la déclaration des revenus de 2025. Les plafonds de déduction sont fixés par la loi de finances pour 2026 ; l'abattement sur les pensions perçues, son plancher et son plafond relèvent du code général des impôts. Les fiches exactes sont en fin de page.
Le même euro, compté deux fois et jamais au même montant
100 %
de la pension se déduit du revenu de celui qui la verse, quand elle est fixée par un juge pour un enfant mineur
79 %
seulement de cette même pension entre dans le revenu imposable de celui qui la reçoit, une fois l'abattement passé
465 €
gagnés par an par les deux foyers réunis, pour une pension d'un enfant, quand celui qui verse est à 30 % et celui qui reçoit à 11 %
Ce qu'une pension d'un enfant coûte, et ce qu'elle laisse
Pour la pension d'un enfant en garde classique à 2 000 € net par mois, soit 181,98 € par mois au barème. Lis la ligne de TA tranche marginale.
| Ta tranche marginale | Tu verses : coût réel par mois | Tu reçois : reste par mois |
|---|---|---|
| Non imposable | 181,98 € | 181,98 € |
| 11 % | 161,96 € | 166,12 € |
| 30 % | 127,39 € | 138,74 € |
| 41 % | 107,37 € | 122,88 € |
| 45 % | 100,09 € | 117,11 € |
Le montant affiché est le même dans les deux cas : 181,98 € sortent d'un compte et entrent sur l'autre. Ce qui diffère, c'est que la déduction porte sur la totalité quand l'imposition ne porte que sur 79 %. La déduction ne rend rien à qui ne paie pas d'impôt : c'est le cas le plus souvent passé sous silence.
Combien tu peux déduire, selon à qui tu verses
Plafonds applicables à la déclaration des revenus de 2025, modifiés par la loi de finances pour 2026.
| À qui tu verses | Plafond déductible | À quelle condition |
|---|---|---|
| Enfant mineur, garde classique | Aucun plafond | Pension fixée par le juge, tu es imposé séparément et l'enfant n'est pas à ta charge |
| Enfant mineur, résidence alternée | Rien du tout | Aucune déduction possible : l'enfant est à charge des deux parents, qui ont chacun une majoration de parts |
| Enfant majeur qui vit chez toi | 4 075 € par enfant | Forfait logement et nourriture, sans justificatif, enfant détaché de ton foyer fiscal |
| Enfant majeur chez toi, dépenses en plus | 6 855 € par enfant | Le forfait plus les dépenses réelles justifiées, frais de scolarité compris, dans cette limite totale |
| Enfant majeur ailleurs, célibataire | 6 855 € par enfant | Sur justificatifs, et à condition que ses ressources soient insuffisantes |
| Enfant majeur ailleurs, chargé de famille | 13 710 € | Sur justificatifs. Même plafond si l'enfant est marié et que les beaux-parents ne participent pas |
| Ascendant que tu n'héberges pas | Aucun plafond | Il doit être dans le besoin, et tu dois justifier versements et dépenses |
| Ascendant hébergé chez toi | 4 075 € par ascendant | Forfait logement et nourriture, sans justificatif de ces deux postes |
Dans tous les cas, la personne qui reçoit déclare ce que tu déduis. Un enfant majeur qui vit chez toi et qui est marié ou pacsé ouvre un forfait de 8 151 €. Pour un ascendant de plus de 75 ans hébergé, l'état de besoin est réputé rempli si ses ressources ne dépassent pas 12 411,44 € pour une personne seule ou 19 268,80 € pour un couple.
Comment ces montants sont calculés
Côté celui qui verse. La pension se retire du revenu global avant application du barème. L'économie vaut donc le montant déduit multiplié par la tranche marginale, et rien d'autre. Sur 2 183,76 € versés dans l'année, une tranche à 30 % économise 655,13 € d'impôt : la pension coûte 1 528,63 € sur l'année au lieu de son montant plein.
Côté celui qui reçoit, il y a une étape de plus, et c'est elle qui change tout. La pension entre dans la catégorie des pensions, sur laquelle l'administration applique automatiquement un abattement de 10 %. Cet abattement ne peut pas descendre sous 454 € par pensionné ni dépasser 4 439 € par foyer fiscal.
Le plancher est la raison pour laquelle l'écart est aussi net sur une pension ordinaire. Sur 2 183,76 € reçus, 10 % ne valent que 218,38 €. L'abattement retenu est donc de 454 €, c'est-à-dire le plancher, parce qu'il est plus favorable que le taux. La base imposable tombe à 1 729,76 €, soit 79 % de ce qui a été touché. À 30 %, l'impôt correspondant est de 518,93 € sur l'année.
Le plancher cesse de jouer au-dessus de 4 540 € de pension annuelle, c'est-à-dire environ 378 € par mois : au-delà, les 10 % l'emportent et l'abattement grandit avec la pension, jusqu'à se figer à 4 439 €. Une pension modeste est donc proportionnellement moins imposée qu'une pension élevée.
Ce que ça donne pour les deux foyers réunis. Le verseur déduit 100 % quand le bénéficiaire n'est imposé que sur 79 % : le même euro pèse plus en moins d'un côté qu'en plus de l'autre. À 30 % d'un côté et 11 % de l'autre, l'écart vaut 465 € sur l'année. Même à tranche identique, il reste positif : 49,94 € à 11 % des deux côtés, par le seul effet de l'abattement.
Les montants de cette page se recalculent à partir du barème et des plafonds publiés ; aucun n'est recopié d'un tableau.
Ta tranche marginale, tu la connais vraiment ?
Tout ce tableau dépend d'un seul chiffre, et c'est celui que personne n'a en tête. Le calculateur applique le barème à ton revenu et à ton nombre de parts, plafonnement du quotient familial compris, et te dit dans quelle tranche tombe le dernier euro.
Non, la pension alimentaire n'est pas défiscalisée
C'est la question la plus posée sur ce sujet, et la réponse tient en une ligne : le régime en vigueur est celui décrit plus haut, déductible pour celui qui verse, imposable pour celui qui reçoit. Ce que la loi de finances pour 2026 a modifié, ce sont les plafonds de déduction pour un enfant majeur et pour un ascendant, pas le principe.
D'où vient alors la question. Une défiscalisation des pensions perçues a bien été demandée, et à plusieurs reprises. Un amendement au projet de loi de finances proposait de défiscaliser la contribution à l'entretien et à l'éducation versée après une séparation, en faisant valoir que le mécanisme actuel est l'inverse de ce qui se pratique ailleurs. Une pétition citoyenne déposée devant l'Assemblée nationale demande, elle, exactement le contraire : retirer cette défiscalisation au motif qu'elle romprait l'égalité devant l'impôt entre parents isolés qui perçoivent une pension et parents isolés qui n'en perçoivent aucune.
Ces textes existent, ils sont publics, et aucun n'est le droit applicable. Un amendement déposé n'est pas un amendement adopté, et une pétition n'est pas une loi. Tant que le régime n'a pas changé, une déclaration remplie sur l'idée que la pension est défiscalisée est une déclaration fausse.
Ce qu'une défiscalisation changerait, en euros. Sur la pension d'un enfant au barème, celui qui reçoit est aujourd'hui imposé sur 1 729,76 € par an. À une tranche de 11 %, l'exonérer lui rendrait 190,27 € par an ; à 30 %, 518,93 €. Un parent isolé non imposable, lui, ne gagnerait rien : il ne paie déjà aucun impôt sur cette pension. C'est précisément l'argument de la pétition.
Aller plus loin
Le calendrier, et la mauvaise surprise de la première année
Pourquoi l'impôt sur une pension reçue arrive avec un an de retard, et comment l'éviter.
Celui qui reçoit une pension n'a pas d'employeur pour prélever l'impôt correspondant. L'administration le récupère par un acompte prélevé directement sur le compte bancaire, chaque mois ou chaque trimestre selon l'option retenue. L'acompte se calcule sur la pension diminuée de l'abattement de 10 %, auquel le taux de prélèvement à la source est appliqué.
La première année, cet acompte n'existe pas encore. La pension arrive nette de tout, et l'impôt correspondant se présente plus tard, quand la déclaration l'a fait connaître. C'est la surprise classique de la première année de séparation, et elle s'évite : un changement de situation signalé à l'administration ajuste le taux et les acomptes des deux côtés sans attendre la déclaration suivante.
Dans l'autre sens, un acompte se modifie ou s'arrête quand la pension baisse ou cesse. Le laisser courir sur une pension qui n'est plus versée revient à avancer un impôt qui sera restitué un an plus tard.
Dans quelle case déclarer ce que tu verses
Six cases selon à qui tu verses et selon la date de la décision de justice, et deux d'entre elles majorent le montant toutes seules.
Les pensions déductibles se déclarent dans la rubrique des charges déductibles, et la case dépend de deux choses : à qui tu verses, et si la décision de justice est devenue définitive avant ou après le 1er janvier 2006.
- Enfant mineur dont tu n'as pas la garde : case 6GU pour une pension fixée par une décision de justice, une convention de divorce par consentement mutuel, une pension non fixée ou un versement spontané. Case 6GP si la décision est devenue définitive avant le 1er janvier 2006.
- Enfant majeur : cases 6EL et 6EM pour les versements spontanés et pour les décisions prononcées à compter du 1er janvier 2006. Si l'enfant est marié ou chargé de famille et que tu subviens seul à l'entretien de son foyer, la case 6EL porte ce que tu verses à ton enfant et la case 6EM ce que tu verses pour son conjoint ou pour ses enfants. Cases 6GI et 6GJ pour une décision définitive avant le 1er janvier 2006.
- Ascendant dans le besoin : même rubrique, et il faut indiquer le nom et l'adresse du bénéficiaire.
Les cases d'avant 2006 majorent toutes seules. Sur 6GI, 6GJ et 6GP, la majoration de 25 % est appliquée automatiquement par l'administration, sans intervention de ta part : tu déclares le montant réellement versé, pas le montant majoré. Le majorer toi-même le compterait deux fois.
Côté celui qui reçoit, il n'y a pas de case dédiée à chercher : la pension s'ajoute aux pensions perçues, et c'est là que l'abattement s'applique. Ce qu'il faut retenir est qu'aucune des deux lignes n'est pré-remplie.
La majoration de 25 % des pensions fixées avant 2006
Une exception ancienne, presque inconnue, qui ne joue que d'un seul côté.
Une pension fixée par une décision de justice devenue définitive avant le 1er janvier 2006 se déduit majorée de 25 %. Celui qui verse 200 € en déduit 250 € de son revenu global.
Et la majoration ne joue que d'un côté. Celui qui reçoit déclare 200 €, sans aucune majoration : pour la détermination de son revenu imposable, le montant perçu ne fait l'objet d'aucun relèvement. Le même euro est donc compté davantage en moins d'un côté qu'en plus de l'autre, et l'écart s'ajoute à celui que produit déjà l'abattement.
Cette majoration est l'héritage de la suppression, en 2006, de l'abattement de 20 % qui portait alors sur les salaires et les pensions. Elle ne s'applique qu'aux décisions antérieures : une pension fixée ou révisée depuis se déduit pour son montant exact.
Le cas de l'enfant majeur, en détail
Rattachement ou pension déductible : les deux ne se cumulent jamais, et l'un est souvent plus avantageux.
À la majorité, le régime bascule. Tant que l'enfant est mineur et que la pension a été fixée par un juge, la déduction est intégrale. À partir de sa majorité, elle n'est possible que dans une limite, et à deux conditions : l'enfant n'est pas rattaché à ton foyer fiscal et ses ressources sont insuffisantes.
Le choix est exclusif. Soit tu rattaches l'enfant majeur à ton foyer et tu gardes la majoration de parts correspondante, sans déduire aucune pension ; soit tu le détaches et tu déduis la pension dans la limite du plafond. Les deux ne se cumulent pas, et lequel est le plus favorable dépend de ta tranche et du nombre de parts en jeu.
Ce que tu peux déduire, précisément. S'il vit chez toi, le forfait de 4 075 € couvre le logement et la nourriture sans justificatif ; les autres dépenses réelles et justifiées, frais de scolarité compris, s'y ajoutent dans une limite totale de 6 855 €. S'il vit chez toi et qu'il est marié ou pacsé, le forfait passe à 8 151 €. S'il ne vit pas chez toi, la limite est de 6 855 € s'il est célibataire, et de 13 710 € s'il est chargé de famille ou marié sans que les beaux-parents participent à l'entretien du couple.
Et l'enfant déclare ce que tu déduis. Il fait sa propre déclaration et y porte la pension comme un revenu. Déduire une somme que personne ne déclare de l'autre côté est exactement ce que l'administration vérifie.
Une déduction plafonnée ne rend pas la pension moins chère à verser : elle limite ce qui allège l'impôt. Sur 8 000 € versés à un enfant majeur, seuls 6 855 € sont déductibles, et à 30 % l'économie plafonne donc à 2 056,50 €.
Et ton revenu net, il vaut combien exactement ?
La tranche marginale se calcule sur le revenu imposable, qui n'est ni ton brut ni ce qui tombe sur ton compte. Le simulateur part de ton brut et rend les trois : net à payer, net imposable, et ce qui reste après prélèvement à la source.
Questions fréquentes
Sources
- service-public.gouv.fr, « Impôt sur le revenu - Pension alimentaire perçue par un conjoint ou un ex-conjoint », fiche F3170, vérifiée par son éditeur le 15 avril 2026 : la pension perçue est imposable mais pas en totalité, l'abattement automatique de 10 % sur les pensions et rentes déclarées, son plancher de 454 € par pensionné et son plafond de 4 439 € par foyer fiscal, et le fait que ces montants ne sont jamais pré-remplis.
- service-public.gouv.fr, « Impôt sur le revenu - Pensions alimentaires versées aux enfants (déduction) », fiche F2 : la déduction pour un enfant mineur, la non-déduction en résidence alternée, et le régime de l'enfant majeur selon qu'il vit chez toi ou non.
- service-public.gouv.fr, « Impôts 2026 : les nouveaux plafonds de déduction des pensions alimentaires », A15453, publié le 11 mars 2026 : tous les plafonds de la grille ci-dessus, applicables à la déclaration des revenus de 2025.
- service-public.gouv.fr, « Impôt sur le revenu - Pension alimentaire versée à un parent ou un grand-parent (déduction) », fiche F444, vérifiée le 15 avril 2026 : l'obligation alimentaire envers un ascendant, le montant non limité hors hébergement, le forfait en cas d'hébergement, et les plafonds de ressources au-delà de 75 ans.
- impots.gouv.fr, aide du simulateur officiel, « Charge à déduire du revenu », campagne 2026 : les cases exactes de la déclaration (6GU, 6GP, 6EL, 6EM, 6GI, 6GJ), le fait que la majoration de 25 % est appliquée automatiquement, et le forfait de 4 075 € pour un enfant ou un ascendant sans ressources vivant sous ton toit.
- impots.gouv.fr, « Pension alimentaire » : qui déclare quoi, l'obligation d'indiquer le nom et l'adresse du bénéficiaire, et la majoration de 25 % des pensions fixées par une décision devenue définitive avant le 1er janvier 2006.
- Assemblée nationale, pétition n° 5017 « Pour une fiscalité juste sur les pensions alimentaires », déposée le 15 janvier 2026 : la demande de retrait d'une défiscalisation des pensions perçues, et l'argument de l'inégalité entre parents isolés.
Le texte qui fixe les plafonds cités est la loi de finances pour 2026, nommée par la fiche A15453. Elle est citée ici en clair et sans lien : le site qui publie les textes de loi refuse toute consultation automatisée, et un identifiant composé de mémoire répond normalement en désignant un autre texte.