En bref
Combien de temps dure ton préavis de démission en 2026 ?
Le préavis est la période pendant laquelle tu continues à travailler, et à être payé normalement, entre le jour où tu annonces ta démission et ton départ effectif. Contrairement au licenciement, aucune durée légale générale ne s'applique à la démission : la loi ne fixe la durée que dans trois cas particuliers (journalistes, VRP, et contrats exécutés en Alsace-Moselle). Partout ailleurs, elle dépend de ta convention collective, de ton contrat de travail ou des usages de ta profession (art. L1237-1 du Code du travail).
Les durées les plus fréquentes en 2026, qui varient toujours selon ton ancienneté :
- Non-cadres (employés, ouvriers) : 1 mois dans la grande majorité des conventions, mais seulement 8 jours à 2 semaines en début de contrat dans certaines branches
- Agents de maîtrise et techniciens (ETAM) : 1 à 2 mois selon la convention et l'ancienneté
- Cadres : 3 mois, voire 6 mois pour certains postes de direction
- Journalistes : 1 mois jusqu'à 3 ans d'ancienneté, 2 mois au-delà (art. L7112-2 du Code du travail)
- VRP : 1 mois la première année de présence, 2 mois la deuxième, 3 mois ensuite (art. L7313-9)
- Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin : la loi impose ici un délai minimum, 6 semaines pour les cadres, techniciens et agents de maîtrise, 15 jours si ta rémunération est fixée par mois, 1 semaine si elle est fixée par semaine (art. L1234-15 et suivants)
Pour identifier ta durée exacte, vérifie le numéro IDCC indiqué sur ta fiche de paie puis cherche le texte officiel sur Légifrance. Quelques repères vérifiés sur le Code du travail numérique : Syntec (IDCC 1486, art. 4.2) prévoit 3 mois pour les ingénieurs et cadres, 1 à 2 mois pour les ETAM selon l'ancienneté ; métallurgie (IDCC 3248, art. 74.2.1) va de 2 semaines pour les groupes d'emploi A et B à 3 mois pour les cadres des groupes F à I ; hôtellerie-restauration (IDCC 1979, art. 30.1) échelonne les employés de 8 jours en dessous de 6 mois d'ancienneté jusqu'à 1 mois à partir de 2 ans.
Un accord d'entreprise peut prévoir une durée différente de celle de ta branche, et c'est alors lui qui s'applique. Pense à vérifier les accords internes affichés par ton employeur, pas seulement la convention de branche.
Attention : si ton contrat impose un préavis plus long que ta convention collective, c'est la clause la plus favorable au salarié qui s'applique. En cas de démission, la durée la plus courte est la plus favorable, donc c'est celle de la convention qui l'emporte. Allonger le préavis n'est possible que d'un commun accord entre toi et ton employeur.
Quel salaire tu touches pendant le préavis ?
Pendant ton préavis de démission, tu continues à exécuter ton contrat normalement. En conséquence, tu perçois ton salaire intégral habituel, exactement comme avant la notification de ta démission. Cela inclut :
- Le salaire de base (fixe contractuel)
- Les primes variables si elles étaient versées régulièrement (prime d'objectifs, commissions, primes de performance au prorata)
- Les primes fixes conventionnelles : prime d'ancienneté, 13e mois au prorata, prime de vacances
- Les avantages en nature : véhicule de fonction, téléphone, tickets restaurant, mutuelle
- Les heures supplémentaires réalisées pendant le préavis, payées au taux habituel
Autrement dit : ton employeur ne peut pas réduire ta rémunération ni supprimer tes avantages sous prétexte que tu quittes l'entreprise. Si cela arrive, c'est une modification unilatérale du contrat, illégale. L'inspection du travail peut être saisie gratuitement.
Pour estimer précisément combien tu vas toucher sur ta période de préavis, reporte ton brut mensuel habituel dans le simulateur brut-net : tu obtiens le net réel à virer, avant et après impôt sur le revenu.
4 cas chiffrés 2026 : ce que tu touches vraiment
Le tableau ci-dessous illustre le montant total perçu pendant la durée de préavis, avec l'indemnité de congés payés non pris ajoutée au solde de tout compte. Calculs basés sur le SMIC à 1 867,02 € brut/mois (en vigueur depuis le 1er juin 2026) et les taux réels de cotisations salariales : 20,84 % sous le plafond de la Sécurité sociale, cadre ou non.
| Profil | Préavis | Salaire brut du préavis | Total brut versé |
|---|---|---|---|
| Vendeur au SMIC 1 867,02 € brut/mois | 1 mois | 1 867,02 € | 2 728,72 € dont 861,70 € de congés payés |
| Comptable non-cadre 2 500,00 € brut/mois | 2 mois | 5 000,00 € | 6 153,85 € dont 1 153,85 € de congés payés |
| Ingénieur cadre junior 3 750,00 € brut/mois | 3 mois | 11 250,00 € | 12 980,77 € dont 1 730,77 € de congés payés |
| Cadre senior (Syntec) 5 833,33 € brut/mois | 3 mois | 17 500,00 € | 20 192,31 € dont 2 692,31 € de congés payés |
L'indemnité compensatrice de congés payés correspond ici à 10 jours ouvrés non pris à la sortie (hypothèse moyenne). Elle se calcule selon deux méthodes, le 1/10e (10 % du brut total de la période de référence) et le maintien de salaire, et c'est automatiquement la plus favorable au salarié des deux qui s'applique (art. L3141-24 du Code du travail). Les montants ci-dessus retiennent le maintien de salaire.
Compte environ 20,84 % de cotisations salariales en moins pour passer de ces montants bruts au net, puis le prélèvement à la source qui s'applique ensuite sur ce net. Ton statut n'y change presque rien : un cadre paie 20,86 %, et ces 0,024 % d'écart sont la cotisation APEC. Le simulateur brut-net donne le chiffre exact pour ton propre brut.
Dispense de préavis : payé ou pas ?
Deux cas radicalement différents existent, et la distinction est cruciale pour ton portefeuille.
Dispense à l'initiative de l'employeur
Si ton employeur décide unilatéralement que tu n'as plus besoin de venir travailler pendant le préavis, il doit te verser une indemnité compensatrice de préavis égale au salaire que tu aurais perçu si tu avais travaillé (fiche officielle sur la démission, service-public.fr). Montant, charges sociales et imposition : identiques à un salaire normal. Tu gardes aussi tous les avantages liés à ta présence : mutuelle, prévoyance, accumulation de congés payés.
Dans le tableau ci-dessus, le cadre senior Syntec dispensé de ses 3 mois de préavis touche donc 17 500 € brut d'indemnité compensatrice en plus du solde de tout compte, sans avoir à venir travailler.
Dispense à ta demande
Si c'est toi qui demandes à partir plus tôt et que ton employeur accepte, il n'est pas tenu de te verser l'indemnité de préavis pour la période non effectuée. Concrètement, si tu as 3 mois de préavis mais que tu négocies de partir au bout d'1 mois, tu perds 2 mois de salaire brut.
C'est la raison pour laquelle il est impératif de formaliser l'accord par écrit : un email échangé avec les RH ou un avenant signé suffit. L'accord doit mentionner si la dispense est à l'initiative de l'employeur (salaire maintenu) ou du salarié (salaire non dû). Sans trace écrite, tu perds tes droits en cas de litige.
Les cas où la loi te dispense de préavis
Trois situations seulement te permettent de partir sans préavis et sans rien devoir à ton employeur :
- État de grossesse médicalement constaté : la salariée rompt son contrat sans préavis ni indemnité de rupture.
- Départ pour élever ton enfant à la fin du congé de maternité ou d'adoption, à condition d'informer ton employeur au moins 15 jours avant la fin du congé, ou dans les 2 mois qui suivent la naissance ou l'arrivée de l'enfant au foyer.
- Clause de conscience du journaliste, quand un changement notable d'orientation du journal porte atteinte à son honneur, à sa réputation ou à ses intérêts moraux.
En dehors de ces trois cas, aucune dispense n'est automatique. La création d'entreprise n'en fait pas partie, contrairement à une idée répandue : elle ouvre droit à un congé ou à un passage à temps partiel spécifiques, pas à une démission sans préavis. Certaines conventions collectives ajoutent en revanche leurs propres dispenses, la plus courante étant la libération du préavis dès que tu as retrouvé un emploi.
Pendant la période d'essai, enfin, il n'y a pas de préavis du tout. Tu dois seulement respecter un délai de prévenance, bien plus court : 48 heures, ramenées à 24 heures si tu es présent dans l'entreprise depuis moins de 8 jours.
Congés payés, RTT, primes : tes droits à la sortie
Au-delà du salaire du préavis, ton solde de tout compte inclut plusieurs éléments dus automatiquement :
- Indemnité compensatrice de congés payés non pris à la date de départ effectif, préavis inclus. Tu continues à accumuler 2,5 jours de congés par mois travaillé pendant le préavis.
- Indemnité de RTT non prises, calculée au taux horaire habituel. Certaines conventions prévoient des modalités spécifiques.
- Prorata de 13e mois ou de prime de fin d'année si ta convention le prévoit (c'est le cas pour la plupart des grandes branches).
- Prime d'ancienneté au prorata pour le mois de départ.
- Épargne salariale : la rupture du contrat de travail fait partie des cas de déblocage anticipé de la participation et du plan d'épargne entreprise. Ce n'est pas automatique, tu dois en faire la demande et fournir un justificatif (certificat de travail ou attestation de l'employeur). Tu peux aussi choisir de laisser les sommes placées (liste officielle des cas de déblocage).
En revanche, tu n'as droit ni à l'indemnité de licenciement, ni à l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, ni à l'allocation chômage (sauf démission légitime reconnue par France Travail : projet de reconversion validé, suivi du conjoint, etc.). Les détails sur la question chômage sont dans l'article dédié démission et allocation chômage.
Que faire si ton employeur ne respecte pas ses obligations ?
Certains employeurs tentent de réduire les coûts en supprimant des primes, en refusant l'indemnité de préavis en cas de dispense, ou en traînant le versement du solde de tout compte. Tes recours gratuits et rapides :
- Mise en demeure écrite par lettre recommandée avec accusé de réception. Indique le montant réclamé, la référence légale ou conventionnelle, et un délai de réponse de 15 jours.
- Saisine de l'inspection du travail si la mise en demeure reste sans effet. Totalement gratuite, l'inspection peut rappeler l'employeur à la loi et dresser un procès-verbal.
- Conseil de prud'hommes en dernier recours, sans obligation d'avocat (tu peux te défendre seul ou être assisté par un défenseur syndical). Le délai de prescription est de 3 ans pour les salaires et indemnités liées à l'exécution du contrat.
Avant toute action, rassemble les preuves : fiches de paie des 12 derniers mois (pour attester des primes habituelles), contrat de travail, convention collective applicable, échanges écrits avec l'employeur, attestation employeur France Travail. Le solde de tout compte que tu signes n'est libératoire que 6 mois après sa signature : tu peux le contester pendant cette période même après l'avoir signé (art. L1234-20).
Pour négocier ton salaire avant de démissionner - la négociation reste le meilleur levier pour éviter le départ - consulte le guide de la négociation salariale.