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Le Bulletin·4 juillet 2026·9 min

Fiche de paie d'une aide-soignante de nuit à l'hôpital public en 2026

En bref

Une aide-soignante de nuit à l'hôpital public (catégorie B depuis 2021, grade de classe normale, échelon 4) perçoit en 2026 2 611,29 € brut par mois en cumulant traitement indiciaire (indice majoré 388 x 4,92278 €), complément de traitement indiciaire Ségur (241,22 € brut), indemnité horaire de nuit et indemnité forfaitaire des dimanches. Après cotisations salariales FPH (19,4 %, soit 506,75 €), le net avant impôt s'établit à 2 104,54 € pour un cycle de 12 nuits et 2 dimanches travaillés.

Le rôle et son cadre statutaire

Une aide-soignante de nuit à l'hôpital public relève de la fonction publique hospitalière (FPH), corps des aides-soignantes, passé en catégorie B lors du reclassement Ségur de 2021. Le corps compte deux grades, la classe normale puis la classe supérieure, auxquels on accède à l'ancienneté. Le cadre légal fixe la rémunération sur la base de la grille indiciaire de la FPH, complétée par des primes statutaires obligatoires et par la prime Ségur depuis 2020.

La titulaire travaille en général en poste de 10h ou 12h, sur un cycle majoritairement de nuit. Dans la fonction publique hospitalière, ce sont les heures effectuées entre 21h et 6h qui ouvrent droit à l'indemnité horaire de travail de nuit. Une garde de 12 heures ne compte donc pas 12 heures indemnisées : seules les 9 heures situées dans cette plage le sont. Et depuis le 1er janvier 2024, cette indemnité n'est plus un forfait identique pour tous : elle est proportionnelle au traitement de l'agent.

Le reclassement indiciaire Ségur de 2021-2022 (protocole du 13 juillet 2020) a déjà augmenté le traitement de base. En 2026, le point d'indice reste gelé (aucune revalorisation depuis juillet 2023) : il vaut 4,92278 € par mois. Deux termes reviennent en permanence sur un bulletin public. L'indice majoré est le rang qu'occupe l'agent dans sa grille, et il monte à chaque échelon. La valeur du point convertit ce rang en euros : traitement brut mensuel = indice majoré x valeur du point. Le point n'est donc pas un salaire, c'est un multiplicateur (fiche service-public sur le traitement indiciaire). La mesure de l'année ne porte donc pas sur le point, dont c'est la troisième année consécutive de gel, mais sur le minimum de traitement, relevé à l'indice majoré 366 au 1er juin 2026, avec une indemnité différentielle (jusqu'à 65,28 € brut/mois) pour les agents dont le traitement reste sous le SMIC.

Décomposition ligne par ligne d'un bulletin type

Voici la reconstitution d'une fiche de paie mensuelle pour une aide-soignante de classe normale à l'échelon 4, ce qui correspond à environ 5 ans d'ancienneté dans le corps : la grille demande 1 an et 6 mois pour chacun des deux premiers échelons, puis 2 ans par échelon. Elle est affectée en service hospitalier de gériatrie de nuit, avec 12 nuits de 12 heures sur le mois, soit 108 heures indemnisées dans la plage 21h-6h, et 2 dimanches travaillés.

PosteBase de calculMontant mensuel
Traitement indiciaire brut (indice majoré 388)388 x 4,92278 €1 910,04 €
Complément de traitement indiciaire (Ségur)49 x 4,92278 €241,22 €
Indemnité horaire pour travail de nuit3,1484 €/h x 108 h340,03 €
Indemnité forfaitaire dimanches et jours fériés60 € x 2 dimanches120,00 €
Total brut mensuelsomme des quatre lignes2 611,29 €

Trois prélèvements composent la colonne des cotisations salariales, et chacun a sa propre assiette. La CNRACL, caisse de retraite de base des fonctionnaires hospitaliers et territoriaux, prélève 11,10 % mais uniquement sur le traitement indiciaire et le CTI : 2 151,26 € x 11,10 % = 238,79 €. La RAFP, la retraite additionnelle, prélève 5 % sur les primes, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire : le plafond est ici de 382,01 €, donc 19,10 €. La CSG-CRDS (9,20 % + 0,50 %) porte, elle, sur 98,25 % de la totalité du brut : 248,86 €.

Total des retenues : 506,75 €, soit 19,4 % du brut. Le taux reste inférieur à celui du privé parce que la retraite de base ne frappe pas les primes, mais il dépasse nettement les 17 % souvent avancés, car la CSG, elle, s'applique à tout.

Net avant impôt : 2 611,29 moins 506,75, soit 2 104,54 €. Le net imposable est un peu plus élevé (2 178,94 €) parce que la CSG non déductible et la CRDS y sont réintégrées. Après prélèvement à la source, pour une célibataire sans enfant dont le taux se situe entre 3 % et 6 %, il reste 1 975 à 2 040 € sur le compte. Pour appliquer ton taux réel, utilise le simulateur brut-net salerya.

Ce total ne comprend que ce qui découle du seul fait d'être titulaire à cet échelon et de travailler ce planning. Trois compléments peuvent s'y ajouter, aucun n'est automatique : la prime Grand Âge (118 € brut par mois) pour les agents affectés en gériatrie ou en unité de soins de longue durée, la prime de service, versée en deux fois, modulée par l'assiduité et plafonnée à 17 % du traitement indiciaire brut annuel, et la nouvelle bonification indiciaire, réservée aux emplois listés par arrêté (fiche service-public sur la NBI). Regarde lesquels figurent sur ton propre bulletin avant de le comparer à cet exemple.

Zoom sur la prime Ségur : ce que la ligne CTI apporte vraiment

Le « complément de traitement indiciaire » (CTI), plus connu sous le nom de prime Ségur, représente 49 points d'indice majoré ajoutés au traitement. Chaque point vaut 4,92278 € brut par mois (valeur gelée depuis juillet 2023), ce qui donne 49 x 4,92278 = 241,22 € brut. Comme il est traité comme du traitement et non comme une prime, il supporte la cotisation CNRACL en plus de la CSG-CRDS : il en reste 191,46 € net. L'engagement de 183 € net annoncé en juillet 2020 correspondait, lui, à la valeur du point de l'époque.

C'est précisément ce prélèvement qui fait sa valeur. Le CTI étant intégré au traitement indiciaire, il entre dans le calcul de la pension CNRACL, contrairement à une prime indemnitaire classique qui ne compte que pour la retraite additionnelle. À montant brut égal, 241 € de CTI valent donc davantage, à terme, que 241 € de prime. C'est le point le plus souvent oublié dans les comparaisons entre public et privé.

Le CTI est cumulable avec toutes les autres primes : indemnité de nuit, dimanches, jours fériés, NBI. Il ne subit aucune proratisation sur la part variable. Depuis le protocole Ségur (2020), il s'applique à toutes les aides-soignantes titulaires et contractuelles de la FPH, sans condition d'ancienneté ou de service.

Zoom sur l'indemnité de nuit : la vraie valeur ajoutée

C'est la ligne qui a le plus changé, et c'est aussi celle que la plupart des simulateurs en ligne calculent encore faux. Jusqu'en 2023, la FPH versait un forfait horaire de quelques dizaines de centimes, identique à tous les échelons. Le décret n° 2023-1238 du 22 décembre 2023 l'a supprimé : depuis le 1er janvier 2024, l'indemnité horaire vaut 25 % du traitement indiciaire brut annuel divisé par 1 820. Elle est donc proportionnelle à l'échelon, et elle progresse avec la carrière au lieu de rester figée.

Pour notre aide-soignante à l'indice majoré 388, le calcul donne 22 920,48 € de traitement annuel, divisés par 1 820, soit 12,59 € de l'heure, dont 25 % font 3,1484 € par heure de nuit. Sur 108 heures indemnisées, cela fait 340,03 € brut, dont il reste environ 295 € net une fois la CSG-CRDS et la RAFP retirées. C'est tout l'écart avec un cycle de jour au même échelon, et c'est ce qui explique que beaucoup d'aides-soignantes tiennent la nuit malgré une pénibilité physique reconnue.

Les dimanches et jours fériés se cumulent avec la nuit. L'arrêté du 22 décembre 2023 a porté l'indemnité forfaitaire de 50,26 € à 60 € brut par journée travaillée, soit 7,50 € de l'heure : deux dimanches ajoutent donc 120 € au brut. Les heures supplémentaires au-delà du cycle prévu suivent, elles, le régime général de la FPH : 25 % de majoration pour les quatorze premières heures du mois, 27 % au-delà.

Comparaison avec la moyenne secteur santé

À profil équivalent (classe normale, échelon 4, 5 ans d'ancienneté, cycle de nuit), voici le différentiel entre l'hôpital public et les autres employeurs du même métier. Les montants du privé sont des ordres de grandeur : les grilles conventionnelles laissent bien plus de marge que la grille indiciaire.

EmployeurBrut mensuel estiméNet avant impôtÉcart vs public
Hôpital public (FPH)2 611 €2 105 €référence
Clinique privée (CCN hospitalisation privée)~2 100 €~1 640 €-465 € net
EHPAD privé associatif (CCN 51)~2 050 €~1 600 €-505 € net
Aide à domicile (CCN BAD)~1 900 €~1 480 €-625 € net

Le public reste en tête sur le net perçu, pour deux raisons de nature différente. D'abord, les cotisations salariales y sont plus basses (19,4 % ici contre environ 22 % dans le privé pour un non-cadre), parce que la retraite de base ne frappe pas les primes. Ensuite, le cumul du Ségur et de l'indemnité de nuit y est plus favorable depuis la réforme de 2024. Les grands groupes de cliniques privées compensent en partie par de l'intéressement, mais celui-ci dépend des résultats de l'établissement et n'est garanti d'aucune année sur l'autre.

Le différentiel se creuse encore si on intègre la retraite. Les 49 points de CTI étant intégrés au traitement, ils comptent dans la pension CNRACL, qui se calcule sur les six derniers mois de traitement. Dans le privé, la pension de base se calcule sur les vingt-cinq meilleures années de salaire plafonné : un mode de calcul qui ne réagit pas du tout de la même façon à une revalorisation de fin de carrière.

Évolution sur 5 ans : ce que le Ségur a changé, malgré le gel du point

Entre 2021 et 2026, la rémunération d'une aide-soignante de nuit à l'hôpital public a progressé plus vite que l'inflation, essentiellement grâce à trois leviers cumulés.

  • Complément de traitement indiciaire Ségur (2020-2021) : 49 points d'indice permanents, soit 241,22 € brut par mois, intégrés au traitement indiciaire.
  • Refonte grille AS (2021) : reclassement du corps des aides-soignants en catégorie B, avec relèvement des bornes indiciaires des échelons.
  • Revalorisations du point et des indices (2022-2024) : +3,5 % (juillet 2022), +1,5 % (juillet 2023), +5 points d'indice majoré pour tous (janvier 2024), soit environ +5 à +7 % cumulés sur le traitement. Le point est gelé depuis juillet 2023 ; les mesures 2025-2026 portent sur le minimum de traitement (IM 366 au 1er juin 2026), pas sur la valeur du point.

Ces leviers s'additionnent en points, ce qui permet de les chiffrer sans approximation : 49 points de CTI plus les 5 points attribués à tous en janvier 2024 font 54 points d'indice majoré, soit 265,83 € brut par mois qui n'existaient pas en 2020. S'y ajoutent les deux revalorisations du point et, pour les agents de nuit, la réforme de l'indemnité de nuit de 2024, qui a plus que doublé cette ligne à la plupart des échelons.

Ce rattrapage ne suffit pas à combler la décennie précédente de gel (2010-2020), pendant laquelle le point d'indice n'avait été revalorisé que deux fois, pour un cumul largement sous l'inflation. Mais la trajectoire 2021-2026 a inversé la tendance, ce qu'attestent les revalorisations observées dans les conventions collectives santé qui ont dû s'aligner pour rester attractives.

Perspectives carrière : les leviers d'évolution disponibles

Pour une aide-soignante titulaire FPH, plusieurs trajectoires permettent d'augmenter significativement la rémunération au-delà de l'avancement d'échelon automatique.

Promotion professionnelle vers le diplôme d'infirmière
Trois années de service comme aide-soignante ouvrent l'accès à la formation en soins infirmiers par la promotion professionnelle, avec maintien du traitement pendant la scolarité. Le passage du corps des aides-soignantes, en catégorie B, à celui des infirmières en soins généraux, en catégorie A, fait changer de grille : l'écart se compte en centaines d'euros brut par mois à ancienneté comparable, et il se creuse au fil des échelons. C'est le seul levier qui change de corps plutôt que d'échelon, et c'est ce qui en fait le plus rentable de la filière.

Avancement vers la classe supérieure
L'accès au grade d'aide-soignante de classe supérieure se fait par tableau d'avancement, sous condition d'ancienneté dans la classe normale. Le reclassement fait gagner de l'ordre de 10 à 16 points d'indice majoré selon l'échelon d'arrivée, soit environ 50 à 80 € brut par mois. Surtout, la grille est plus longue par le haut : elle culmine à l'indice majoré 560, contre 517 en classe normale.

Fonctions ouvrant droit à la NBI
Certaines fonctions et certains services ouvrent droit à la nouvelle bonification indiciaire, un nombre de points ajouté au traitement tant que l'agent occupe le poste, et perdu s'il en change. La liste des emplois concernés est fixée par arrêté : elle se vérifie auprès de la direction des ressources humaines, pas au jugé. Chaque point vaut 4,92278 € brut par mois.

Astreintes et remplacements
Les périodes d'astreinte à domicile sont indemnisées par des forfaits fixés réglementairement selon leur durée (une nuit, un samedi, un dimanche, une semaine complète), et toute intervention effective est en plus rémunérée ou récupérée. Le levier existe, mais il dépend entièrement de l'organisation du service : certains pôles n'en proposent aucune.

Changement d'établissement
Le traitement indiciaire ne bouge pas d'un hôpital à l'autre, puisqu'il dépend d'une grille nationale. Ce qui change, ce sont les primes locales et l'organisation des cycles, donc le volume de nuits et de dimanches réellement travaillés. C'est sur cette partie variable que se joue l'écart, jamais sur le socle. Pour situer ce métier dans son secteur, pars de la fiche salaire aide-soignant et de notre vue d'ensemble des métiers de la santé.

Questions fréquentes

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