En bref
Le rôle et son cadre statutaire
Une aide-soignante de nuit à l'hôpital public relève de la fonction publique hospitalière (FPH), corps des aides-soignantes, catégorie C, grade « aide-soignante de classe normale» (AS CN) ou « aide-soignante de classe supérieure» (AS CS) selon l'ancienneté. Le cadre légal fixe la rémunération sur la base de la grille indiciaire de la FPH, complétée par des primes statutaires obligatoires et par la prime Ségur depuis 2020.
La titulaire travaille en général en équipe 10h ou 12h, avec un cycle majoritairement nuit (21h-7h ou équivalent). Le « travail de nuit» au sens de la FPH commence à 21h et se termine à 6h - toute heure effectuée dans cet intervalle ouvre droit à une indemnité horaire de nuit qui s'ajoute au traitement de base.
Le reclassement indiciaire Ségur de 2021-2022 (protocole du 13 juillet 2020) a déjà augmenté le traitement de base. S'y ajoute en 2026 la poursuite de la revalorisation du point d'indice de la fonction publique, encore partiellement gelée jusqu'en 2024, et dégelée de manière progressive. La valeur du point d'indice brut majoré au 1er juillet 2026 est fixée à 4,92278 EUR annuel brut.
Décomposition ligne par ligne d'un bulletin type
Voici la reconstitution d'une fiche de paie mensuelle pour une aide-soignante en AS CN échelon 7 (5 ans d'ancienneté effective), affectée en service hospitalier gériatrie de nuit, avec un cycle de 12 nuits travaillées sur le mois (soit 144 heures de nuit majorables) et 2 dimanches de garde.
| Poste | Base / Taux | Montant mensuel |
|---|---|---|
| Traitement indiciaire brut (IM 389, échelon 7) | 389 x 4,92278 / 12 | 1 596,14 EUR |
| Nouvelle bonification indiciaire (NBI agents en service technique de soin) | 13 points IM | 53,33 EUR |
| Indemnité Ségur (complément de traitement indiciaire 49 points) | 49 points IM | 201,08 EUR brut (~183 EUR net) |
| Indemnité horaire de nuit (1,07 EUR/h x 144 h) | 1,07 EUR/h | 154,08 EUR |
| Majoration spéciale nuit (taux horaire majoré pour heures entre 21h-7h) | taux variable | ~50 EUR |
| Indemnité dimanches et jours fériés (2 dimanches travaillés) | ~50 EUR / dimanche | 100 EUR |
| Prime de service (versée deux fois par an, lissée) | jusqu'à 7,5 % annuel du traitement | ~25 EUR (lissé mensuel) |
| Total brut mensuel | - | ~2 180 EUR |
La colonne des cotisations salariales sur ce brut se décompose ainsi : retraite de base CNRACL (10,9 %), retraite additionnelle RAFP (5 % sur la part primes limitée à 20 % du traitement), CSG-CRDS (9,2 % + 0,5 % sur 98,25 % du brut), contribution exceptionnelle de solidarité (1 %). Total approximatif : 21 à 22 % du brut, soit 455 à 480 EUR retenus sur le brut.
Net avant impôt : autour de 1 850 à 1 920 EUR. Net après prélèvement à la source (taux moyen autour de 3 à 5 % pour ce niveau de revenu célibataire sans enfant) : 1 780 à 1 850 EUR. Pour affiner le calcul selon ton taux personnalisé, tu peux utiliser le simulateur brut-net salerya.
Zoom sur la prime Ségur : ce que la ligne CTI apporte vraiment
Le « complément de traitement indiciaire» (CTI), plus connu sous le nom de prime Ségur, représente 49 points d'indice majoré ajoutés au traitement. Chaque point vaut environ 4,10 EUR brut/mois (valeur 2026 incluant revalorisation), ce qui donne 49 x 4,10 = 201 EUR brut. Après cotisations FPH, le net perçu tourne autour de 183 EUR/mois, montant cible affiché à l'époque du protocole Ségur et stabilisé depuis.
Le CTI est intégré au traitement indiciaire, donc cotisable pour la retraite CNRACL - contrairement à une simple prime indemnitaire. Sur 25 ans de carrière, cela représente plus de 4 500 EUR de droits à retraite supplémentaires par rapport à une configuration sans CTI. C'est un point souvent oublié dans les comparaisons public vs privé.
Le CTI est cumulable avec toutes les autres primes : indemnité de nuit, dimanches, jours fériés, NBI. Il ne subit aucune proratisation sur la part variable. Depuis octobre 2021, il s'applique à toutes les aides-soignantes titulaires et contractuelles de la FPH, sans condition d'ancienneté ou de service.
Zoom sur l'indemnité de nuit : la vraie valeur ajoutée
L'indemnité horaire pour travail normal de nuit dans la FPH est fixée à 1,07 EUR par heure effectuée entre 21h et 7h (décret n° 88-1084 revalorisé par arrêtés successifs). Sur 144 heures de nuit par mois (soit environ 12 nuits de 12h), l'indemnité horaire de base rapporte 154 EUR. S'y ajoute une majoration spéciale pour les heures effectuées dans l'intervalle 21h-6h, qui relève d'un taux horaire spécifique applicable à partir d'un seuil d'heures de nuit travaillées sur l'année.
Cette majoration a été revalorisée en 2022 dans le cadre des accords Ségur complémentaires. En pratique, l'écart de rémunération entre une aide-soignante de jour et une aide-soignante de nuit à échelon équivalent tourne autour de 200 à 250 EUR brut/mois, soit environ 160-200 EUR net. Ce différentiel explique pourquoi beaucoup d'aides-soignantes choisissent un cycle nuit malgré la pénibilité physique avérée.
À noter : les heures effectuées un dimanche ou un jour férié ouvrent en plus droit à une indemnité spécifique (environ 50 EUR par dimanche travaillé). Sur un mois avec 2 dimanches de garde, cela ajoute 100 EUR au brut. Les heures supplémentaires éventuelles au-delà du cycle prévu sont majorées selon le régime général FPH (25 % pour les premières heures, 27 % au-delà).
Comparaison avec la moyenne secteur santé
À profil équivalent (AS CN, échelon 7, 5 ans d'ancienneté, cycle nuit), voici le différentiel entre hôpital public et autres employeurs du même métier.
| Employeur | Brut mensuel estimé | Net avant impôt | Écart vs public |
|---|---|---|---|
| Hôpital public (FPH) | ~2 180 EUR | ~1 880 EUR | référence |
| Clinique privée (CCN hospitalisation privée) | ~2 100 EUR | ~1 650 EUR | -230 EUR net |
| EHPAD privé associatif (CCN 51) | ~2 050 EUR | ~1 600 EUR | -280 EUR net |
| Aide à domicile (CCN BAD) | ~1 900 EUR | ~1 480 EUR | -400 EUR net |
Le public reste en tête sur le net perçu, principalement grâce à deux facteurs : cotisations salariales plus basses en FPH qu'en régime général (21-22 % contre 22-23 % dans le privé pour un non-cadre) et cumul Ségur + NBI + indemnités nuit plus généreux. Le privé compense en partie par des primes d'intéressement dans les grands groupes (Ramsay, Elsan), mais ces primes restent aléatoires et conditionnées aux résultats de l'établissement.
Le différentiel se creuse encore si on intègre la retraite : les 49 points CTI sont cotisables, donc capitalisés pour la CNRACL. Dans le privé, la prime Ségur équivalente est soumise aux mêmes cotisations AGIRC-ARRCO mais le taux de remplacement à la retraite est structurellement plus bas en régime général qu'en FPH.
Évolution sur 5 ans : ce que le Ségur et le dégel du point ont changé
Entre 2021 et 2026, la rémunération d'une aide-soignante de nuit à l'hôpital public a progressé plus vite que l'inflation, essentiellement grâce à trois leviers cumulés.
- Reclassement indiciaire Ségur (2021-2022) : gain de 49 points d'indice permanent, soit environ 200 EUR brut/mois, intégré au traitement indiciaire.
- Refonte grille AS (2021) : reclassement en catégorie B pour certains emplois passerelles, avec relèvement des bornes indiciaires des échelons hauts.
- Dégel progressif du point d'indice (2022-2026) : cumul de revalorisations de +3,5 % (juillet 2022), +1,5 % (juillet 2023), +5 points IM (janvier 2024) et des ajustements 2025-2026, soit environ +5 à +7 % cumulés sur le traitement.
Sur cinq ans, le net mensuel a progressé d'environ 320 à 380 EUR/mois pour une AS CN échelon 7 de nuit - soit +20 % de rémunération nominale. Après inflation cumulée d'environ +14 %, le gain réel de pouvoir d'achat est d'environ +5 à +6 points, l'un des meilleurs bilans de la fonction publique sur la période.
Ce rattrapage ne suffit pas à combler la décennie précédente de gel (2010-2020), pendant laquelle le point d'indice n'avait été revalorisé que deux fois, pour un cumul largement sous l'inflation. Mais la trajectoire 2021-2026 a inversé la tendance, ce qu'attestent les revalorisations observées dans les conventions collectives santé qui ont dû s'aligner pour rester attractives.
Perspectives carrière : les leviers d'évolution disponibles
Pour une aide-soignante titulaire FPH, plusieurs trajectoires permettent d'augmenter significativement la rémunération au-delà de l'avancement d'échelon automatique.
Promotion interne vers infirmière via validation des acquis
Trois années de service comme aide-soignante ouvrent droit à une inscription à la formation infirmière en cursus partiel (promotion professionnelle). Le passage du grade AS au grade IDE FPH représente un gain de 250 à 350 EUR net/mois en début de carrière et dépasse +500 EUR net en milieu de carrière. La formation est rémunérée à hauteur du traitement actuel pendant les 3 ans d'école.
Mobilité vers AS de classe supérieure
L'accès au grade AS CS se fait par tableau d'avancement après 10 ans d'ancienneté au grade AS CN. Le gain indiciaire brut est d'environ 50 à 80 EUR brut/mois au changement de grade, avec une grille allant jusqu'à l'indice majoré 475 au dernier échelon.
Spécialisations valorisées
Le diplôme d'aide-soignant référent en gériatrie, en soins palliatifs ou en pédiatrie ouvre droit à l'attribution de NBI supplémentaire (10 à 20 points IM selon le service), soit 40 à 80 EUR brut/mois en complément.
Astreintes et remplacements
Les astreintes à domicile sont rémunérées à 1,58 EUR/h et chaque intervention déclenche une prime forfaitaire. Sur une astreinte de 12h avec 2 interventions, le gain additionnel tourne autour de 70 à 100 EUR. Ce levier reste toutefois variable selon les services.
Changement d'employeur stratégique
Le passage vers un CHU ou un grand établissement APHP peut ouvrir droit à des primes complémentaires (prime d'installation, indemnité spéciale Île-de-France de ~70 EUR/mois). Le passage vers le privé à but non lucratif (Croix-Rouge, CCN 51) n'est pas financièrement avantageux à échelon équivalent, malgré des horaires parfois plus souples. Pour comparer précisément les options disponibles, consulte notre vue d'ensemble des métiers de la santé et leurs grilles.