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Le Bulletin·23 avril 2026·8 min

Point d'indice fonction publique 2026 : 3e année de gel

En bref

Le point d'indice de la fonction publique reste gelé à 4,92278 € brut mensuel en 2026, pour la 3e année consécutive depuis sa dernière revalorisation en juillet 2023 (+1,5 %, décret n° 2023-519). Au rendez-vous salarial du 8 juillet 2026, le gouvernement a acté qu'aucune mesure générale sur le point n'était prévue pour 2027 non plus : 1 % de revalorisation coûterait 2,4 milliards € par an. Les syndicats ont quitté la réunion et appellent à une journée d'action le 29 septembre 2026. Aucune revalorisation générale pour les 5,7 millions d'agents, et la GIPA, principal filet de sécurité, n'est plus versée depuis 2024.

Le point d'indice, pierre angulaire des salaires publics

Dans la fonction publique, le salaire de base (appelé traitement indiciaire) suit une formule unique : indice majoré × valeur du point d'indice.

La valeur du point d'indice est fixée par décret et s'applique aux 5,7 millions d'agents des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière). Elle est de 4,92278 € brut mensuel en 2026, inchangée depuis le 1er juillet 2023, date de la dernière revalorisation (+1,5 %, décret n° 2023-519).

Chaque agent dispose d'un indice majoré lié à son grade et son échelon. Indice majoré × valeur du point = traitement indiciaire brut mensuel. Exemple : un instituteur en milieu de carrière à l'indice majoré 530 touche 530 × 4,92278 = 2 609,07 € brut/mois de traitement indiciaire.

La valeur annuelle d'un point est de 59,07336 € (4,92278 × 12), soit 5 907,34 € de traitement annuel à l'indice majoré 100 - la référence de toutes les grilles.

Trois années de gel : l'addition pour les agents

Depuis juillet 2023, aucune revalorisation générale. Pendant que le privé absorbe l'inflation (culminée à +4,9 % en 2023, puis +2,0 % en 2024 et +0,9 % en 2025) via les NAO, le public subit un blocage mécanique de son traitement de base.

Estimation de la perte de pouvoir d'achat sur le seul point d'indice depuis juillet 2023 (ordre de grandeur) :

PériodeInflation constatéeRevalorisation point indicePerte réelle cumulée
Juillet 2023 - fin 2023+2,5 %+1,5 % (juillet 2023)-1,0 %
2024+2,0 %0 %-3,0 %
2025+0,9 %0 %-3,9 %
2026 (prévision)~+1,6 %0 % (confirmé)~-5,5 %

Entre mi-2023 et fin 2026, un agent au même indice majoré (sans avancement d'échelon ni de grade) aura perdu environ 5,5 % de pouvoir d'achat sur son traitement indiciaire. Pour un traitement de 2 000 € brut/mois, cela représente environ 110 € mensuels d'équivalent pouvoir d'achat.

La GIPA, filet de sécurité lui aussi suspendu

La garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA), créée en 2008, compensait les agents dont le traitement avait progressé moins vite que l'inflation sur quatre ans. Versée une fois par an en fin d'année, elle constituait l'amortisseur direct du gel du point.

Problème : la GIPA n'est plus versée depuis 2024. Le gouvernement l'a suspendue pour réaliser des économies, et elle n'a été reconduite ni en 2025 ni en 2026. Le principal dispositif qui amortissait le gel a donc disparu au moment où il aurait été le plus utile. Le rendez-vous salarial du 8 juillet 2026 n'a annoncé aucune mesure catégorielle nouvelle : la GIPA n'est pas rétablie. Service-public.fr l'écrit noir sur blanc, la Gipa n'est plus versée depuis 2024 (loi n° 2009-972 du 3 août 2009 art. 41, décret n° 2008-539 du 6 juin 2008).

Comment la fonction publique compense (partiellement)

Le gel du point d'indice ne signifie pas absence totale d'augmentation. Trois autres mécanismes existent. Les deux premiers forment ce que le budget de l'État appelle le GVT (glissement vieillesse technicité) : la hausse mécanique de la masse salariale produite par l'ancienneté et les promotions, sans aucune décision de revalorisation.

1. Avancement d'échelon automatique. Chaque corps dispose d'une grille d'échelons progressifs, franchis selon une durée d'ancienneté. L'avancement d'échelon rapporte généralement entre +1 % et +4 % à chaque passage. C'est le principal moteur de progression salariale en l'absence de revalorisation du point.

2. Avancement de grade. Plus rare et sélectif, via concours internes ou tableaux d'avancement. Peut rapporter +5 à +15 % d'un coup selon les corps. Les quotas sont serrés : selon les administrations, entre 5 et 15 % des agents éligibles sont promus chaque année.

3. Mesures catégorielles et primes. Des mesures ciblées (prime Ségur pour le soin, indemnité de résidence, NBI - Nouvelle Bonification Indiciaire pour fonctions particulières) rattrapent ponctuellement les agents les plus exposés. Exemple : la prime de pouvoir d'achat exceptionnelle versée en 2023 (150 à 800 € bruts selon l'indice).

Malgré ces mécanismes, la perte globale de pouvoir d'achat sur la fonction publique reste documentée : selon la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP), le salaire moyen net dans le public a progressé moins vite que dans le privé entre 2021 et 2025.

Les bas salaires publics : rattrapés par le SMIC

Autre phénomène documenté : les bas de grille de la fonction publique sont régulièrement rattrapés par le SMIC. Quand le SMIC dépasse le traitement indiciaire d'un échelon, l'État verse une indemnité différentielle (décret n° 91-769) pour respecter le SMIC légal.

Le SMIC a été revalorisé deux fois en 2026 : au 1er janvier (1 823,03 € brut/mois) puis au 1er juin à 1 867,02 € brut/mois (+2,41 %, soit 12,31 € de l'heure). Conséquence directe de cette seconde hausse : 862 000 agents publics passent sous le seuil indiciaire et perçoivent l'indemnité différentielle, d'un montant compris entre 11,10 € et 65,28 € brut/mois selon l'échelon (source presse.economie.gouv.fr, juin 2026). Sont concernés une large part des premiers échelons de catégorie C, et désormais plusieurs échelons de catégorie B.

Cette mécanique crée une compression des grilles : plusieurs échelons aboutissent au même traitement (celui du SMIC), ce qui efface la progression de début de carrière et démotive les agents. Les syndicats (CGT, FSU, UNSA) demandent une restructuration complète des grilles de catégorie C. Le 8 juillet 2026, le gouvernement a ouvert pour la première fois un chantier pluriannuel sur ce tassement, assorti d'un groupe de travail dédié à l'indemnité différentielle à partir de septembre 2026. Aucune injection de points n'est à ce stade ni chiffrée ni datée.

Comparaison public-privé en 2026

Les chiffres de la DGAFP (fonction publique) et de l'INSEE (privé) permettent une comparaison directe.

IndicateurPublic (ensemble)Privé (secteur marchand)
Salaire net moyen mensuel~2 460 €2 735 € (INSEE 2023)
Salaire net médian~2 260 €2 183 € (INSEE 2023)
Évolution 2024 (euros courants)+1,3 %+2,8 % (NAO moyennes)
Évolution réelle vs inflation 2024-0,7 %+0,8 %

Lecture : le public a un salaire moyen inférieur au privé mais un salaire médian légèrement supérieur - traduction statistique d'une distribution moins dispersée (moins de bas salaires extrêmes, moins de très hauts salaires). Sur l'évolution, le privé a progressé plus vite en euros courants et en pouvoir d'achat.

Rendez-vous salarial du 8 juillet 2026 : le gel prolongé en 2027

Après deux années consécutives sans rendez-vous salarial, le ministre chargé de l'action et des comptes publics David Amiel a réuni employeurs publics et organisations syndicales le 8 juillet 2026. Le compte rendu officiel ne laisse aucune place au doute : il n'est pas prévu de mesure générale sur le point d'indice, ni de nouvelle mesure catégorielle (portail de la fonction publique, 8 juillet 2026). Le gel court donc au moins jusqu'à la fin 2027.

L'argument est budgétaire, et il est chiffré : selon le cabinet du ministre, 1 % de revalorisation du point coûte 2,4 milliards € par an. Le gouvernement assume de concentrer ses marges sur les parcours de carrière plutôt que sur le traitement de base. Trois mesures et un chantier ont été annoncés, tous conditionnés à l'adoption du PLF 2027.

1. Mieux compter l'expérience professionnelle lors de l'accès à un nouveau corps ou cadre d'emplois, acquise dans le public comme dans le privé. Plus de 30 000 agents de la fonction publique d'État pourraient en bénéficier chaque année. L'extension aux versants territorial et hospitalier reste à négocier.

2. Élargir la hausse des taux d'avancement. Le relèvement déjà acté début 2026 pour les corps types de catégories B et C et pour les attachés d'administration serait étendu aux autres corps de catégorie A, les ingénieurs en tête.

3. Débloquer les quotas de promotion interne. Un chantier s'ouvre à l'automne 2026 sur les passages de C en B et de B en A dans la fonction publique d'État, sur le modèle de ce qui se pratique déjà dans la territoriale.

S'y ajoute un chantier pluriannuel sur le tassement des grilles de début de carrière, avec une concertation technique sur d'éventuelles injections de points et sur leur articulation avec l'indemnité différentielle. Ni montant ni calendrier ne sont arrêtés.

Les organisations syndicales ont quitté la réunion avant son terme, jugeant ces annonces insuffisantes en l'absence de toute mesure salariale. Elles maintiennent une journée d'action le 29 septembre 2026, avec la perspective d'une grève d'ampleur faute de réponse.

Pour les candidats au concours : ce que ça change

Si tu envisages un concours de la fonction publique en 2026, intègre deux éléments dans ta décision.

1. Le salaire d'entrée est inférieur d'environ 10 à 20 % à celui d'un poste équivalent dans le privé pour les corps de catégorie A (ingénieurs, cadres). L'écart se resserre sur toute la carrière grâce aux avancements et à la sécurité de l'emploi.

2. Les avantages non-salariaux compensent partiellement : régime de retraite plus favorable (calcul sur les 6 derniers mois vs 25 meilleures années dans le privé), jours de RTT ou ARTT, stabilité de l'emploi, accès au logement de fonction dans certains corps.

Pour comparer précisément ton salaire net privé et un traitement indiciaire public, le guide des grilles de la fonction publique détaille les indices par corps. Le simulateur brut-net permet ensuite la comparaison précise avec tes revenus privés actuels.

Questions fréquentes

Passe à l'action

Compare le traitement indiciaire public et le salaire net privé équivalent.