En bref
Le point d'indice, pierre angulaire des salaires publics
Dans la fonction publique, le salaire de base (appelé traitement indiciaire) suit une formule unique : indice majoré × valeur du point d'indice.
La valeur du point d'indice est fixée par décret et s'applique aux 5,7 millions d'agents des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière). Elle est de 4,92278 € brut mensuel en 2026, inchangée depuis le 1er juillet 2023, date de la dernière revalorisation (+1,5 %, décret n° 2023-519).
Chaque agent dispose d'un indice majoré lié à son grade et son échelon. Indice majoré × valeur du point = traitement indiciaire brut mensuel. Exemple : un instituteur en milieu de carrière à l'indice majoré 530 touche 530 × 4,92278 = 2 609,07 € brut/mois de traitement indiciaire.
La valeur annuelle d'un point est de 59,07336 € (4,92278 × 12), soit 5 907,34 € de traitement annuel à l'indice majoré 100 - la référence de toutes les grilles.
Trois années de gel : l'addition pour les agents
Depuis juillet 2023, aucune revalorisation générale. Pendant que le privé absorbe l'inflation (culminée à +4,9 % en 2023, puis +2,0 % en 2024 et +0,9 % en 2025) via les NAO, le public subit un blocage mécanique de son traitement de base.
Estimation de la perte de pouvoir d'achat sur le seul point d'indice depuis juillet 2023 (ordre de grandeur) :
| Période | Inflation constatée | Revalorisation point indice | Perte réelle cumulée |
|---|---|---|---|
| Juillet 2023 - fin 2023 | +2,5 % | +1,5 % (juillet 2023) | -1,0 % |
| 2024 | +2,0 % | 0 % | -3,0 % |
| 2025 | +0,9 % | 0 % | -3,9 % |
| 2026 (prévision) | ~+1,0 % | 0 % (confirmé) | ~-4,9 % |
Entre mi-2023 et fin 2026, un agent au même indice majoré (sans avancement d'échelon ni de grade) aura perdu environ 5 % de pouvoir d'achat sur son traitement indiciaire. Pour un traitement de 2 000 € brut/mois, cela représente près de 100 € mensuels d'équivalent pouvoir d'achat.
La GIPA, filet de sécurité lui aussi suspendu
La garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA), créée en 2008, compensait les agents dont le traitement avait progressé moins vite que l'inflation sur quatre ans. Versée une fois par an en fin d'année, elle constituait l'amortisseur direct du gel du point.
Problème : la GIPA n'est plus versée depuis 2024. Le gouvernement l'a suspendue pour réaliser des économies, et elle n'a été reconduite ni en 2025 ni en 2026. Le principal dispositif qui amortissait le gel a donc disparu au moment où il aurait été le plus utile. Une éventuelle reconduction pour 2026 ne sera tranchée qu'au second semestre, sans engagement à ce jour.
Comment la fonction publique compense (partiellement)
Le gel du point d'indice ne signifie pas absence totale d'augmentation. Trois autres mécanismes existent.
1. Avancement d'échelon automatique. Chaque corps dispose d'une grille d'échelons progressifs, franchis selon une durée d'ancienneté. L'avancement d'échelon rapporte généralement entre +1 % et +4 % à chaque passage. C'est le principal moteur de progression salariale en l'absence de revalorisation du point.
2. Avancement de grade. Plus rare et sélectif, via concours internes ou tableaux d'avancement. Peut rapporter +5 à +15 % d'un coup selon les corps. Les quotas sont serrés : selon les administrations, entre 5 et 15 % des agents éligibles sont promus chaque année.
3. Mesures catégorielles et primes. Des mesures ciblées (prime Ségur pour le soin, indemnité de résidence, NBI - Nouvelle Bonification Indiciaire pour fonctions particulières) rattrapent ponctuellement les agents les plus exposés. Exemple : la prime de pouvoir d'achat exceptionnelle versée en 2023 (150 à 800 € bruts selon l'indice).
Malgré ces mécanismes, la perte globale de pouvoir d'achat sur la fonction publique reste documentée : selon la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP), le salaire moyen net dans le public a progressé moins vite que dans le privé entre 2021 et 2025.
Les bas salaires publics : rattrapés par le SMIC
Autre phénomène documenté : les bas de grille de la fonction publique sont régulièrement rattrapés par le SMIC. Quand le SMIC dépasse le traitement indiciaire d'un échelon, l'État verse une indemnité différentielle (décret n° 91-769) pour respecter le SMIC légal.
Le SMIC a été revalorisé deux fois en 2026 : au 1er janvier (1 823,03 € brut/mois) puis au 1er juin à 1 867,02 € brut/mois (+2,41 %, soit 12,31 € de l'heure). Conséquence directe de cette seconde hausse : 862 000 agents publics passent sous le seuil indiciaire et perçoivent l'indemnité différentielle, d'un montant compris entre 11,10 € et 65,28 € brut/mois selon l'échelon (source presse.economie.gouv.fr, juin 2026). Sont concernés une large part des premiers échelons de catégorie C, et désormais plusieurs échelons de catégorie B.
Cette mécanique crée une compression des grilles : plusieurs échelons aboutissent au même traitement (celui du SMIC), ce qui efface la progression de début de carrière et démotive les agents. Les syndicats (CGT, FSU, UNSA) demandent une restructuration complète des grilles de catégorie C, sans réponse politique à ce jour.
Comparaison public-privé en 2026
Les chiffres de la DGAFP (fonction publique) et de l'INSEE (privé) permettent une comparaison directe.
| Indicateur 2024-2025 | Public (ensemble) | Privé (secteur marchand) |
|---|---|---|
| Salaire net moyen mensuel | ~2 460 € | 2 733 € (INSEE 2024) |
| Salaire net médian | ~2 260 € | 2 190 € (INSEE 2024) |
| Évolution 2024 (euros courants) | +1,3 % | +2,8 % (NAO moyennes) |
| Évolution réelle vs inflation 2024 | -0,7 % | +0,8 % |
Lecture : le public a un salaire moyen inférieur au privé mais un salaire médian légèrement supérieur - traduction statistique d'une distribution moins dispersée (moins de bas salaires extrêmes, moins de très hauts salaires). Sur l'évolution, le privé a progressé plus vite en euros courants et en pouvoir d'achat.
Ce qui pourrait débloquer la situation
Trois scénarios possibles pour la suite. Aucun calendrier officiel de dégel n'a été annoncé à ce jour.
Scénario 1 - Revalorisation en 2027. Le gouvernement pourrait accorder une revalorisation modeste (+1 à +2 %) en 2027 pour éviter un conflit social. Les syndicats mobilisent depuis plusieurs mois.
Scénario 2 - Mesures catégorielles renforcées. En lieu et place d'une revalorisation générale, le gouvernement pourrait multiplier les primes Ségur sectorielles (éducation nationale, police, collectivités). Coût politique plus faible mais iniquité croissante entre corps.
Scénario 3 - Poursuite du gel jusqu'en 2027. Si l'objectif de ramener le déficit public à 4,7 % du PIB reste prioritaire, le point d'indice peut rester gelé encore deux ans. Scénario défendu par Bercy en septembre 2025.
Pour les candidats au concours : ce que ça change
Si tu envisages un concours de la fonction publique en 2026, intègre deux éléments dans ta décision.
1. Le salaire d'entrée est inférieur d'environ 10 à 20 % à celui d'un poste équivalent dans le privé pour les corps de catégorie A (ingénieurs, cadres). L'écart se resserre sur toute la carrière grâce aux avancements et à la sécurité de l'emploi.
2. Les avantages non-salariaux compensent partiellement : régime de retraite plus favorable (calcul sur les 6 derniers mois vs 25 meilleures années dans le privé), jours de RTT ou ARTT, stabilité de l'emploi, accès au logement de fonction dans certains corps.
Pour comparer précisément ton salaire net privé et un traitement indiciaire public, le guide des grilles de la fonction publique détaille les indices par corps. Le simulateur brut-net permet ensuite la comparaison précise avec tes revenus privés actuels.
Questions fréquentes
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Compare le traitement indiciaire public et le salaire net privé équivalent.