En bref
Mise à jour du 30 juillet 2026. Cet article a été publié en avril sur la base de l'inflation 2025 (+0,9 %), celle qui avait servi de référence aux négociations salariales de l'hiver. Les prix sont repartis depuis. La Banque de France projette désormais 2,5 % sur l'ensemble de 2026. Le verdict a changé en conséquence : 2 % ne suffit plus à tenir ton pouvoir d'achat.
Trois mots à poser avant de calculer
L'inflation est la hausse moyenne des prix à la consommation sur un an, mesurée chaque mois par l'INSEE. Ton augmentation nominale, c'est le pourcentage écrit sur ton avenant : ici, 2 %. Ton augmentation réelle, c'est ce qu'il en reste une fois l'inflation déduite, et c'est elle seule qui bouge ton pouvoir d'achat, c'est-à-dire ce que ton salaire te permet réellement d'acheter. Enfin, les NAO, les négociations annuelles obligatoires, sont les discussions salariales que toute entreprise dotée d'un délégué syndical doit ouvrir chaque année : leur résultat moyen sert de référence de marché.
Les repères 2026 que tu dois avoir en tête
Pour juger si 2 % suffit, il faut le comparer à des références mesurées, pas à une impression.
| Référence 2026 | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Inflation projetée sur l'année | +2,5 % | Banque de France, juin 2026 |
| Inflation constatée en juin, sur un an | +1,8 % | INSEE, 30 juin 2026 |
| Inflation 2025, moyenne annuelle | +0,9 % | INSEE, janvier 2026 |
| Accords d'entreprise signés pour 2026 | +1,6 % | Banque de France, avril 2026 |
| Minima de branche 2026 | +1,0 % | Banque de France, avril 2026 |
| SMIC, cumul sur 2026 | +3,6 % | Arrêté du 22 mai 2026 |
Les deux premières lignes ne se contredisent pas. 1,8 % est le relevé d'un seul mois, en net recul après un pic à 2,4 % en mai ; 2,5 % est la moyenne attendue sur les douze mois de l'année. C'est cette moyenne annuelle qui compte pour juger une augmentation annuelle.
Trois lectures en découlent. D'abord, 2 % dépasse ce que la moyenne des salariés a obtenu : les 1 700 premiers accords d'entreprise signés pour 2026 portent une hausse moyenne de 1,6 %, et les minima de branche progressent de 1,0 %. Ensuite, 2 % reste sous l'inflation projetée. Enfin, 2 % est loin derrière la progression du SMIC, qui a gagné 3,6 % en cumulé cette année. Tu fais donc mieux que la moyenne, et tu perds quand même.
Le calcul du gain réel, en euros
La règle tient en une soustraction : gain réel = augmentation - inflation. Avec 2 % d'augmentation et 2,5 % d'inflation, tu es à -0,5 point. Le calcul exact, 1,02 divisé par 1,025, donne -0,49 % : ton salaire achète un demi-pour-cent de moins qu'avant.
En euros, sur une année pleine :
| Brut annuel | +2 % en net/an | Effet réel après inflation |
|---|---|---|
| 25 000 € | +396 € | -99 € |
| 30 000 € | +475 € | -119 € |
| 35 000 € | +554 € | -139 € |
| 45 000 € | +712 € | -178 € |
| 60 000 € | +962 € | -241 € |
| 80 000 € | +1 283 € | -321 € |
Nets calculés avec les taux réels de cotisations salariales : 20,84 % du brut sous le plafond de la Sécurité sociale, cadre ou non. Au-delà de ce plafond - atteint vers 48 000 € de brut annuel - le taux marginal descend à 19,79 %, ce qui explique que le gain net progresse un peu plus vite que le brut sur les deux dernières lignes. Ce n'est pas le statut qui fait varier le taux, c'est le niveau de salaire. La dernière colonne compare ton nouveau net à ce qu'il aurait fallu pour suivre une inflation de 2,5 %.
Concrètement, sur un brut de 35 000 € par an, tes 2 % valent +554 € nets sur l'année, soit environ 46 € de plus chaque mois sur ta paie. Mais il aurait fallu 2,5 % pour rester à l'équilibre : tu perds donc environ 139 € de pouvoir d'achat sur l'année, une douzaine d'euros par mois. Ton salaire monte, ce qu'il achète descend.
Cinq ans à courir après les prix
2026 n'est pas un accident isolé. Voici l'inflation annuelle constatée par l'INSEE depuis 2022, c'est-à-dire ce qu'il fallait obtenir chaque année pour ne rien perdre :
- 2022 : +5,2 %
- 2023 : +4,9 %
- 2024 : +2,0 %
- 2025 : +0,9 %
- 2026 : +2,5 % projetés
Mises bout à bout, ces cinq années représentent +16,4 % de hausse des prix cumulée. C'est le vrai seuil : sans 16,4 % d'augmentation cumulée depuis fin 2021, ton pouvoir d'achat a reculé.
Si tu as obtenu 2 % chaque année sur la période, tu es à +10,4 % cumulés. L'écart est net : environ 5 % de pouvoir d'achat en moins qu'en 2021. Sur un net de 27 300 €, cela fait près de 1 400 € qui manquent chaque année. Et c'est le scénario d'un salarié augmenté tous les ans, ce qui n'est déjà pas le cas de tout le monde.
Comment 2 % se situe selon ton secteur
La moyenne cache des écarts réels. Deux repères sont mesurés et publics. Les minima de branche progressent de 1,0 % en 2026, et le point d'indice de la fonction publique reste gelé à 4,92278 € depuis juillet 2023, soit une troisième année sans revalorisation générale. Dans ces deux univers, 2 % est nettement au-dessus de la norme, sans pour autant couvrir l'inflation.
Ailleurs, la règle utile n'est pas un pourcentage sectoriel moyen mais la tension sur ton métier. Là où les employeurs peinent à recruter et à retenir, les hausses individuelles dépassent largement les NAO collectives et 2 % est en dessous du marché. Là où le marché est détendu et les marges sous pression, 2 % est déjà une bonne performance de négociation. La question n'est donc pas « 2 %, c'est bien ou pas », mais « 2 % par rapport à quoi ».
La vraie question : ton salaire suit-il le marché ?
La comparaison avec l'inflation ne dit qu'une moitié de l'histoire. L'autre moitié : ton salaire est-il au niveau du marché sur ton métier et ta région ?
Si tu gagnes 32 000 € alors que la médiane de ton métier, à expérience et région comparables, est à 38 000 €, une augmentation de 2 % te rapproche à peine : il te faudrait près de 19 % pour être au niveau. Dans ce cas, l'inflation n'est plus le sujet. Le rattrapage l'est.
Pour connaître la médiane de ton métier et de ta région, consulte le classement des salaires par région ou les fiches métier dédiées. Le guide de négociation détaille les arguments à opposer à ton employeur si tu es sous le marché.
Que demander, concrètement, pour la suite
Trois scénarios selon ta position actuelle sur le marché.
Scénario A - Tu es au niveau du marché. Ton plancher n'est plus 2 % mais 2,5 %, le seuil qui te maintient simplement à l'équilibre. Demande 3 à 3,5 % et argumente avec l'inflation projetée, la progression du SMIC et tes résultats individuels. Obtenir 2,5 % reste un accord correct dans le contexte 2026.
Scénario B - Tu es sous le marché de 5 à 15 %. Demande un rattrapage explicite, distinct des NAO. Présente une grille chiffrée comparative. Objectif : +5 à +10 % en une négociation, ou étalé sur 18 mois.
Scénario C - Tu as enchaîné plusieurs années sans augmentation. Présente le cumul chiffré. Quatre années d'inflation encaissées sans augmentation, de 2023 à 2026, c'est près de 10 % de pouvoir d'achat parti. Cinq années, de 2022 à 2026, c'est 14 %. Ces chiffres sont vérifiables à la source, ce qui rend la demande difficile à balayer.
Dans tous les cas, chiffre ta demande avant de la formuler : le simulateur brut-net te donne l'impact exact sur ton net, avant et après augmentation. Un argument chiffré se discute, une impression se balaye.
Questions fréquentes
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