En bref
L'augmentation obligatoire au retour : la règle ignorée
Article L1225-26 du Code du travail : à ton retour de congé maternité, ta rémunération doit être majorée des augmentations générales accordées pendant ton absence, plus la moyenne des augmentations individuelles attribuées aux salariés de ta catégorie professionnelle (ou, à défaut, la moyenne des augmentations individuelles attribuées dans l'entreprise).
C'est une obligation légale, pas une faveur. Beaucoup d'employeurs l'oublient ou la passent sous silence en espérant que la salariée ne la connaîtra pas. C'est l'un des droits les plus fréquemment méconnus en matière de salaire.
Concrètement : si pendant ton congé (typiquement 16 semaines pour un premier enfant), les NAO ont accordé +1,6 % aux salariés de ton coefficient et que ton employeur ne te l'applique pas à ton retour, il est en infraction. Tu peux exiger un rattrapage rétroactif à compter du jour de ton retour effectif au poste.
L'absence d'augmentation à ton retour est aussi un indice de discrimination. Si plusieurs salariées ont eu la même expérience dans l'entreprise, le défenseur des droits peut être saisi gratuitement.
Le congé maternité standard : durée et calcul
La durée du congé maternité dépend du nombre d'enfants déjà à charge et du caractère unique ou multiple de la grossesse.
| Situation | Congé prénatal | Congé postnatal | Total |
|---|---|---|---|
| 1er ou 2e enfant | 6 semaines | 10 semaines | 16 semaines |
| 3e enfant ou plus | 8 semaines | 18 semaines | 26 semaines |
| Jumeaux | 12 semaines | 22 semaines | 34 semaines |
| Triplés ou plus | 24 semaines | 22 semaines | 46 semaines |
Tu peux moduler la répartition entre prénatal et postnatal sur prescription médicale, dans la limite de 3 semaines reportables du prénatal vers le postnatal pour une grossesse simple. La durée totale ne change pas.
Les jours de congé sont des jours calendaires (samedis, dimanches et jours fériés inclus). Ton congé débute à la date fixée par ton arrêt et se termine automatiquement à l'issue de la durée légale, sauf prolongation médicale.
Combien tu touches pendant le congé
Pendant le congé maternité, tu reçois une indemnité journalière de la Sécurité sociale (IJSS), souvent complétée par ton employeur selon ta convention collective.
L'IJSS de base est calculée sur la moyenne de tes salaires bruts des 3 derniers mois précédant le congé (12 derniers mois pour activité saisonnière). Le montant correspond à 100 % du salaire journalier de base, dans la limite du plafond de la Sécurité sociale.
En 2026, le plafond mensuel de la Sécurité sociale (PMSS) est de 4 005 €. Le salaire journalier de base maximum servant au calcul de l'IJSS atteint donc 131,67 € brut (3 x 4 005 € / 91,25), et l'IJ maximale s'établit à 104,02 €/jour en 2026 après l'abattement forfaitaire de 21 % (la CSG-CRDS est ensuite retenue au moment du versement).
En pratique, l'IJSS plafonnée représente environ 3 120 €/mois avant CSG-CRDS. Au-delà de ce plafond, ta perte de revenu peut être compensée par ton employeur si ta convention collective le prévoit (cas fréquent dans les grandes entreprises et dans les conventions de cadres).
Le complément employeur : à vérifier dans ta convention
Beaucoup de conventions collectives prévoient un maintien intégral du salaire pendant le congé maternité, l'employeur compensant la différence entre l'IJSS et le salaire normal.
Exemples de conventions avec maintien total :
- Syntec (cadres et ETAM) - maintien intégral selon ancienneté
- Banque AFB - maintien total dès 6 mois d'ancienneté
- Pharmacie d'officine - maintien intégral
- Métallurgie (selon accords de branche)
- Fonction publique - traitement maintenu à 100 %
Pour vérifier, consulte ta convention collective sur Légifrance avec ton numéro IDCC. La rubrique "Maternité" ou "Congés liés à la parentalité" précise les conditions.
Si ton entreprise applique le complément employeur, l'opération s'effectue souvent par subrogation : ton employeur encaisse l'IJSS à ta place et te verse l'intégralité de ton salaire habituel via la fiche de paie. C'est plus simple administrativement, mais vérifie que la subrogation est bien acceptée par ta paie.
La protection contre le licenciement
Tu bénéficies d'une protection renforcée contre le licenciement pendant le congé maternité et au-delà.
Pendant le congé : la protection est absolue. Aucun licenciement ne peut être notifié ni prendre effet pendant le congé maternité, même pour faute grave (article L1225-4 du Code du travail) : une notification pendant cette période est nulle.
10 semaines après le retour : la protection est maintenue mais relativement allégée. Le licenciement reste interdit sauf faute grave ou impossibilité de maintien pour motif étranger à la grossesse, à l'accouchement ou à l'adoption.
Si tu reçois une lettre de licenciement pendant cette période, ne signe rien sans avoir consulté un délégué syndical, un avocat spécialisé en droit du travail, ou l'inspection du travail. La nullité du licenciement permet d'obtenir la réintégration ou des dommages-intérêts substantiels (au minimum 6 mois de salaire en plus de l'indemnité légale).
Le retour au poste : ce que dit la loi
À ton retour, ton employeur a l'obligation de te réintégrer dans ton emploi précédent ou dans un emploi similaire avec rémunération au moins équivalente (article L1225-25).
Concrètement :
- Tu retrouves ton poste exact si l'organisation le permet
- À défaut, un poste équivalent en termes de qualification, responsabilités et rémunération
- Pas de mutation forcée vers un poste moins bien payé ou avec moins de responsabilités
- Tu bénéficies de l'augmentation moyenne attribuée pendant ton absence (vu plus haut)
- Tu conserves tes avantages acquis (intéressement, participation, primes contractuelles)
Si l'employeur tente une rétrogradation déguisée ou une modification substantielle du contrat, tu peux refuser sans risque - le refus de modification du contrat de travail consécutive à un congé maternité ne peut être invoqué comme motif de licenciement.
Tes 5 leviers concrets après le retour
Cinq actions concrètes à mener dans les 3 mois suivant ton retour pour sécuriser ta situation salariale.
1. Demande par écrit à RH la liste des augmentations attribuées pendant ton absence aux salariés de ta catégorie. C'est ton droit. La réponse établit la base du rattrapage à exiger.
2. Compare ton salaire net avec celui d'avant le congé, ajusté de l'augmentation due. Si l'écart est inférieur, demande la régularisation avec rappel rétroactif au jour du retour. Pour calculer précisément, le simulateur brut-net te donne le net 2026 à partir de ton brut.
3. Vérifie tes congés payés acquis pendant le congé maternité. Le congé maternité génère des congés payés à hauteur de 2,5 jours ouvrables par mois (article L3141-5). Ils s'ajoutent à ton compteur normal et doivent être pris dans la période suivante.
4. Demande l'entretien professionnel obligatoire, prévu par l'article L6315-1 et systématiquement proposé au retour d'un congé maternité. Cet entretien doit aborder ta carrière, ta formation, ton évolution salariale - c'est l'occasion formelle de poser tes demandes.
5. Si tu allaites : tu as droit à 1 heure par jour sur ton temps de travail pour allaiter, jusqu'au 1er anniversaire de l'enfant (article L1225-30). Cette heure est non rémunérée par défaut, sauf accord d'entreprise plus favorable. Pour les modalités d'une négociation au retour et la préparation d'arguments chiffrés, le guide de négociation détaille les techniques applicables.
Questions fréquentes
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