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Le Bulletin·24 juin 2026·9 min

NAO 2026 : ton augmentation risque-t-elle un saut de tranche IR 2027 ?

En bref

Une augmentation obtenue en NAO 2026 gonfle tes revenus 2026, déclarés au printemps 2027, et peut te faire franchir un seuil de tranche IR. Le passage à la tranche 41 % se joue à 84 577 € de revenu net imposable par part sur le barème 2026, soit environ 123 500 € de brut annuel pour un cadre célibataire. Et passer de 30 % à 41 % ne taxe que la fraction au-dessus du seuil : l'augmentation reste gagnante, seul son rendement marginal baisse.

Pourquoi une augmentation peut coûter plus cher qu'elle ne rapporte en apparence

Le barème de l'impôt sur le revenu français est progressif par tranches. Chaque tranche s'applique uniquement à la part de revenu qui la dépasse, pas à la totalité. Ta crainte du saut de tranche vient d'une incompréhension répandue : passer de 30 % à 41 % ne signifie pas que tout ton salaire est taxé à 41 %, seulement les euros au-dessus du seuil.

Le vrai risque n'est donc pas fiscal mais psychologique : tu négocies +3 000 € brut annuels, tu franchis le seuil de 84 577 € de revenu net imposable, et tu récupères moins de net que prévu sur la fraction au-delà. L'augmentation reste bénéfique, mais son rendement net chute sur cette fraction supérieure.

Deux notions à ne pas confondre. Le taux marginal frappe ton dernier euro imposable : c'est lui qui passe de 30 % à 41 %. Le taux moyen est ton impôt total divisé par ton revenu imposable, et il reste bien plus bas, parce que tes premiers euros continuent d'être taxés à 0 %, 11 % puis 30 %. Franchir un seuil déplace ton taux marginal de 11 points et ton taux moyen de quelques dixièmes de point.

Le barème IR 2026 appliqué aux revenus 2025 (référence)

Pour situer les seuils, voici le barème en vigueur cette année, voté dans la loi de finances 2026 avec une revalorisation de +0,9 % vs 2025 (source : legifrance.gouv.fr, art. 2 LFI 2026).

TranchePlancher (€)Plafond (€)Taux marginal
1011 6000 %
211 60129 57911 %
329 58084 57730 %
484 578181 91741 %
5181 918-45 %

Ces plafonds s'appliquent par part fiscale. Un couple marié avec 2 enfants dispose de 3 parts : l'entrée dans la tranche 41 % se situe alors autour de 253 731 € de revenu net imposable (84 577 × 3). Ne confonds pas avec le revenu fiscal de référence, qui est une autre notion et sert à d'autres démarches. Attention aussi, l'avantage tiré des demi-parts supplémentaires est lui-même plafonné : au-delà d'un certain revenu, le décalage réel est plus faible que ce simple produit.

Les seuils estimés pour l'IR 2027 (revenus 2026)

Les seuils 2027 seront votés dans la loi de finances pour 2027, à l'automne 2026. Le barème est indexé sur l'évolution annuelle de l'indice des prix à la consommation hors tabac, telle que retenue par la loi de finances (règle d'indexation inscrite à l'art. 197 du Code général des impôts).

Dans ses projections macroéconomiques de juin 2026, la Banque de France attend une inflation totale de 2,5 % en 2026, puis 1,7 % en 2027. Elle raisonne sur l'indice harmonisé, proche mais pas identique à l'indice national hors tabac qui sert à indexer le barème. On retient donc ci-dessous une hypothèse de travail de +2,5 % : un ordre de grandeur, pas un montant acquis. Le gouvernement peut aussi décider un gel, auquel cas les seuils 2027 resteraient exactement ceux de 2026.

Entrée de trancheBarème 2026 (revenus 2025)Estimation 2027 (+2,5 %)Écart
Tranche 11 %11 600 €~11 890 €+290 €
Tranche 30 %29 579 €~30 318 €+739 €
Tranche 41 %84 577 €~86 691 €+2 114 €
Tranche 45 %181 917 €~186 465 €+4 548 €

Ces chiffres restent des estimations. Ils t'offrent une base de raisonnement pour jauger ta NAO, pas une certitude. Le vote définitif interviendra fin 2026.

Comment calculer si ton augmentation te fait franchir un seuil

Tu pars de ton revenu net imposable 2025, qui figure ligne 1AJ de ta déclaration déposée en mai 2026. Attention, ce n'est pas ton net perçu : le net imposable est environ 3 % plus élevé que le net perçu sur ta fiche de paie, à cause de la CSG non déductible et de la mutuelle employeur réintégrée.

Une fois ce chiffre en main, applique l'abattement de 10 % pour frais professionnels, ou tes frais réels si tu les déclares. Cet abattement est encadré : au minimum 509 €, au maximum 14 555 € par salarié sur les revenus 2025 (source impots.gouv.fr). Le résultat est ton revenu net imposable.

Si tu raisonnes en brut annuel, ce que tu fais forcément en NAO, passe d'abord par cette conversion. Pour un cadre, les cotisations salariales retirent environ 25 % du brut, et le net imposable ressort autour de 78 % du brut une fois la CSG non déductible réintégrée. L'abattement de 10 % s'applique ensuite. En pratique, 100 € de brut donnent à peu près 70 € de revenu net imposable. C'est le rapport qui explique pourquoi le seuil des 41 % est bien plus loin qu'il n'y paraît.

Exemple concret. Tu es cadre célibataire, 1 part fiscale, brut annuel 2025 : 100 000 €. Ton net imposable tourne autour de 78 000 €, et l'abattement de 10 % le ramène à 70 200 € de revenu net imposable. Tu es dans la tranche 30 %, qui court jusqu'à 84 577 €. Ton employeur te propose +5 % en NAO 2026, soit +5 000 € brut : ton revenu net imposable 2026 passe à environ 73 710 €, toujours largement sous le seuil. Pas de saut.

Autre cas, même profil, mais brut annuel 2025 à 118 000 €. Net imposable autour de 92 040 €, soit 82 840 € après abattement : tu es encore sous le seuil 2026 de 84 577 €. NAO +5 %, soit +5 900 € brut, et ton brut 2026 atteint 123 900 €. Ton revenu net imposable monte à environ 86 980 €, contre un seuil 2027 estimé à 86 691 €. Seuls les 290 € qui dépassent sont taxés à 41 % au lieu de 30 %, soit 32 € d'impôt supplémentaire sur l'année entière.

Le vrai calcul du coût du saut de tranche

Le coût marginal d'un passage de la tranche 30 % à la tranche 41 % est de 11 points, et il ne porte que sur la fraction qui dépasse le seuil, jamais sur l'intégralité du revenu. Pour 1 000 € de revenu net imposable franchissant la barre, cela fait 110 € d'impôt de plus sur l'année.

Prends le raisonnement dans l'autre sens. Sur +1 000 € de brut, il te reste environ 750 € après cotisations, et cette hausse ajoute à peu près 700 € à ton revenu net imposable. Si toute cette fraction tombe dans la tranche 41 %, l'impôt dessus atteint environ 287 €, contre 210 € si elle était restée à 30 % : le franchissement du seuil te coûte donc à peu près 77 €. Il te reste plus de 460 € dans la poche. Aucune augmentation ne devient perdante en franchissant un seuil.

L'erreur serait de refuser une négociation par peur du saut. La bonne question n'est pas "est-ce que je saute ?" mais "comment je structure pour maximiser le net final ?".

Les stratégies de timing pour adoucir le choc

Plusieurs leviers existent, tous parfaitement légaux, pour lisser l'impact d'une augmentation qui frôle un seuil de tranche.

Reporter la prise d'effet au 1er janvier 2027. Si ton employeur accepte, l'augmentation ne gonfle que les revenus 2027 déclarés en 2028. Tu gagnes 12 mois de décalage sur le saut, utile si tu sais que ta situation familiale va changer (mariage, naissance, rachat de trimestres).

Placer ton intéressement et ta participation sur le PEE au lieu de les percevoir. Les sommes versées sur un PEE et bloquées 5 ans échappent à l'impôt sur le revenu, alors qu'elles y sont soumises si tu demandes leur versement immédiat. Une limite à connaître avant de la proposer en réunion : l'intéressement et la participation ne peuvent pas se substituer à un élément de salaire, le code du travail l'interdit. Tu ne peux donc pas convertir une augmentation en épargne salariale. Le levier porte sur ce que tu fais des primes déjà prévues par ton accord, pas sur ta NAO.

Augmenter tes versements sur un PER individuel. Ils se déduisent de ton revenu imposable, dans la limite de 10 % de tes revenus d'activité de l'année précédente, avec un maximum de 37 680 € et un plancher de 4 710 € pour les versements de 2026. Un versement de 3 000 € retire 3 000 € de ton revenu imposable, ce qui suffit souvent à repasser sous le seuil.

Regarder ce que prévoit ton accord sur la monétisation des jours de repos. Le rachat de jours de RTT bénéficie d'un régime d'exonération d'impôt sur le revenu plafonné, partagé avec les heures supplémentaires. Vérifie sa reconduction pour l'année en cours et ce qu'autorise ta convention collective : l'option reste marginale et n'est pas ouverte partout.

Négocier des avantages en nature exonérés. Chèques-vacances (ANCV), tickets restaurant (7,32 € d'exonération par titre en 2026), forfait mobilités durables, participation employeur à la complémentaire santé : ces éléments ne pèsent pas sur le revenu imposable ou partiellement seulement.

Le cas particulier du prélèvement à la source

Ton taux de prélèvement à la source ne bouge pas tout de suite. Le taux issu de ta déclaration de printemps 2027 ne s'applique qu'à partir du 1er septembre 2027 : de janvier à août, tu continues d'être prélevé sur un taux calculé sur des revenus plus anciens, donc plus faibles. Tu peux court-circuiter ce décalage en demandant une mise à jour de ton taux depuis ton espace impots.gouv.fr, dès la prise d'effet de l'augmentation.

Cette démarche ne change pas le montant dû, elle en étale le paiement. Sinon l'écart se solde à l'automne, et pas là où on l'imagine : le solde est prélevé sur ton compte bancaire, jamais sur ton bulletin de paie. En une seule fois fin septembre s'il ne dépasse pas 300 €, et étalé en quatre prélèvements de septembre à décembre au-delà.

À partir de quel brut le seuil des 41 % se pose vraiment

Profil de référence : cadre célibataire, 1 part fiscale, convention Syntec IDCC 1486, avec la chaîne de calcul décrite plus haut (net imposable à environ 78 % du brut, puis abattement de 10 %). Le tableau situe chaque niveau de brut face au seuil d'entrée dans la tranche 41 %, estimé à 86 691 € pour 2027.

Brut annuel 2026Revenu net imposableFraction taxée à 41 %Surcoût IR
82 000 €57 560 €0 €0 €
100 000 €70 200 €0 €0 €
118 000 €82 840 €0 €0 €
123 900 €86 980 €290 €~32 €
135 000 €94 770 €8 080 €~889 €

Conclusion opérationnelle : à 82 000 € de brut annuel, un salaire de cadre confirmé, la question du saut de tranche ne se pose pas. Il faut approcher 123 500 € de brut avec une seule part fiscale pour effleurer la tranche 41 %, et le premier euro qui la franchit coûte 11 centimes d'impôt de plus. Le sujet ne devient sensible qu'en cas de promotion à saut salarial marqué, de bonus exceptionnel non lissé, ou de changement d'échelon dans une grille conventionnelle type métallurgie ou Syntec.

Ce qu'il faut retenir avant ta prochaine négociation

Ton augmentation 2026 se déclarera au printemps 2027 et pèsera sur l'IR que tu paieras en 2027. Le passage de la tranche 30 % à la tranche 41 % ne se joue qu'au-delà de 86 691 € de revenu net imposable par part, estimation qui sera figée par la loi de finances fin 2026. Sous ce seuil, toute augmentation est intégralement gagnante. Au-dessus, seul l'excédent est taxé à 41 %, et le gain reste positif, simplement moins rentable à la marge.

La vraie optimisation ne consiste pas à refuser une négociation par peur, mais à structurer le package : arbitrage PEE/PER, timing de prise d'effet, avantages en nature exonérés. Un simple décalage de 6 mois ou un versement PER de 2 000 € peut ramener ton imposable sous le seuil sans perdre un centime de pouvoir d'achat réel.

Questions fréquentes

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