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Le Bulletin·6 juillet 2026·8 min

Carence maladie 2026 : 3 jours prive, 1 jour public, la regle

En bref

En 2026, la Sécurité sociale ne verse aucune indemnité journalière pendant les 3 premiers jours d'un arrêt maladie dans le privé (article L323-1 du Code de la Sécurité sociale). Dans la fonction publique, le délai de carence est de 1 jour depuis 2018 (article 115 de la loi de finances 2018). Certaines conventions collectives du privé couvrent totalement ou partiellement ces 3 jours via une subrogation employeur, mais rien n'est automatique.

La carence maladie désigne le nombre de jours pendant lesquels ni la Sécurité sociale ni l'employeur ne sont obligés de te verser quelque chose en cas d'arrêt maladie. Cette période de zéro euro pèse directement sur ton salaire du mois. Et la règle n'est pas la même selon que tu travailles dans le privé ou dans la fonction publique.

Dans le privé, 3 jours sans indemnité

Quand un médecin te prescrit un arrêt maladie, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) verse des indemnités journalières (IJSS) à partir du 4e jour. Les 3 premiers jours ne sont pas indemnisés par la Sécurité sociale : c'est le délai de carence prévu à l'article L323-1 du Code de la Sécurité sociale. Cette règle est la même pour tous les salariés du régime général, quelle que soit l'ancienneté ou la convention collective.

Le montant de l'IJSS à partir du 4e jour correspond à 50 % du salaire journalier de base, dans la limite de 1,8 SMIC. En 2026, avec un SMIC brut à 1 823,03 EUR par mois, le plafond du salaire journalier retenu est d'environ 108 EUR brut, soit une IJSS maximale de 54 EUR brut par jour. Tu peux vérifier le montant exact avec ton simulateur de salaire brut-net en ajustant la durée travaillée du mois.

Dans la fonction publique, 1 seul jour

Le jour de carence dans la fonction publique a une histoire politique mouvementée. Instauré en 2012, supprimé en 2014, réintroduit au 1er janvier 2018 par la loi de finances (article 115 de la loi n°2017-1837), il concerne les trois versants : fonction publique d'État, territoriale et hospitalière. Depuis cette date, aucun agent public ne perçoit son traitement pendant le premier jour d'un arrêt maladie ordinaire.

À partir du 2e jour, l'agent perçoit l'intégralité de son traitement indiciaire pendant 3 mois si son ancienneté atteint au moins 1 an, puis un demi-traitement pendant 9 mois supplémentaires (congé de maladie ordinaire classique). Ce régime est beaucoup plus protecteur que le privé standard, même avec le jour de carence.

Le trou de revenu que tu dois anticiper

Dans le privé, sans couverture complémentaire, les 3 jours de carence représentent une perte directe. Pour un salarié au SMIC (1 823,03 EUR brut mensuel, environ 1 443 EUR net), 3 jours de carence coûtent environ 140 EUR net sur la paie du mois. Pour un cadre à 4 000 EUR net mensuel, le même arrêt de 3 jours coûte environ 380 EUR net.

Salaire net mensuelPerte 3 jours de carence (brut)Perte 3 jours (net estimé)
1 443 EUR (SMIC)~ 180 EUR~ 140 EUR
2 200 EUR~ 275 EUR~ 210 EUR
3 000 EUR~ 375 EUR~ 290 EUR
4 000 EUR~ 500 EUR~ 380 EUR

Ce calcul suppose qu'aucune convention collective ne compense les jours de carence. La réalité est souvent plus nuancée : de nombreuses branches prévoient un maintien de salaire partiel ou total dès le 1er jour.

Les conventions collectives qui effacent la carence

Une quinzaine de grandes conventions collectives couvrent tout ou partie des jours de carence, à condition d'ancienneté variable (souvent 1 an, parfois 3 mois). Le mécanisme utilisé est la subrogation : l'employeur verse le salaire complet et se fait rembourser par la Sécurité sociale pour la partie IJSS. Le salarié ne voit rien sur sa paie, sauf parfois une ligne dédiée.

Conventions collectives qui suppriment totalement ou quasi totalement les 3 jours de carence dès 1 an d'ancienneté (liste non exhaustive à vérifier auprès de ton service RH) :

  • Syntec (IDCC 1486) : maintien du salaire à 100 % dès le 1er jour après 1 an d'ancienneté, pendant 30 jours
  • Métallurgie (IDCC 3248, nouvelle convention unique depuis 2024) : maintien à 100 % dès le 1er jour pour les cadres, conditions plus graduelles pour les non-cadres
  • Banque (IDCC 2120) : maintien intégral dès le 1er jour sans carence
  • Assurance (IDCC 1672) : maintien total dès le 1er jour
  • Chimie (IDCC 44) : carence supprimée dès 6 mois d'ancienneté
  • Pharmacie d'officine (IDCC 1996) : maintien à 100 % dès 1 an d'ancienneté
  • Hôtels-Cafés-Restaurants (IDCC 1979) : maintien partiel, carence réduite à 8 jours puis indemnisation
  • Notariat (IDCC 2205) : maintien intégral dès 1 an
  • Experts-comptables (IDCC 787) : maintien complet dès 1 an

À l'inverse, certaines branches appliquent strictement les 3 jours de carence sans compensation : commerce de détail non alimentaire, services à la personne, animation, propreté sur une partie des catégories. Vérifie ta convention collective applicable avant toute projection, car les règles changent d'une branche à l'autre.

Comment savoir ce qui s'applique à toi

Trois sources fiables te permettent de vérifier ta couverture en 3 minutes :

  1. Ton bulletin de salaire : la ligne "Convention collective" en haut du bulletin indique l'IDCC (4 chiffres). C'est la référence juridique de ta branche.
  2. Legifrance : recherche le texte complet de la convention via son IDCC, cherche les articles sur "maladie" ou "maintien de salaire".
  3. Ton service RH : une question écrite à la paie ou aux ressources humaines oblige une réponse formelle. Garde la trace en cas de litige ultérieur.

Même sans convention collective favorable, la loi de mensualisation du 19 janvier 1978 impose à ton employeur de maintenir au moins 90 % de ton salaire brut dès le 8e jour d'arrêt, à condition d'avoir 1 an d'ancienneté (article L1226-1 du Code du travail). Cette garantie minimale s'ajoute aux IJSS à partir du 4e jour. Les 3 premiers jours, eux, restent à ta charge si la convention collective ne les couvre pas.

Les complémentaires santé et prévoyance

Beaucoup d'entreprises proposent un contrat de prévoyance collective obligatoire ou facultatif. Ce type de contrat prend le relais de la Sécurité sociale et peut couvrir partiellement les jours de carence. Les conditions varient énormément d'un contrat à l'autre : certains maintiennent 100 % du salaire dès le 1er jour, d'autres ne s'activent qu'après 30 jours d'arrêt.

Pour savoir ce que couvre ta prévoyance, demande la notice d'information à ton employeur ou consulte ta DSN dématérialisée. Les contrats imposés par convention collective sont souvent plus favorables que les contrats individuels souscrits par l'entreprise. Vérifie aussi les exclusions : certaines pathologies (maladies psychiatriques courtes, affections dorsales non reconnues ALD) peuvent être exclues des premiers jours.

Ce qui change concrètement en 2026

Aucune réforme majeure n'a modifié les règles de carence pour 2026. Le régime reste identique à 2025 : 3 jours dans le privé, 1 jour dans le public. En revanche, deux évolutions méritent attention.

Plafonnement des arrêts répétés : depuis 2024, la CPAM surveille plus étroitement les arrêts courts et répétés. Après 3 arrêts de moins de 8 jours dans l'année, un contrôle médical est systématique. L'objectif affiché est de lutter contre les abus, mais le risque de suspension des IJSS existe si le médecin-conseil juge l'arrêt non justifié.

Dématérialisation complète : depuis janvier 2026, l'arrêt de travail se transmet électroniquement du médecin à la CPAM et à l'employeur via un système unifié. Cela réduit les délais de traitement à 3-5 jours ouvrés au lieu de 10-14 jours auparavant. Le versement des IJSS arrive plus vite sur ton compte, ce qui limite l'impact de trésorerie.

Les erreurs fréquentes sur la carence

Première erreur : confondre jour calendaire et jour ouvré. Cette confusion est une erreur fréquente de bulletin de paie qui coûte cher. Les 3 jours de carence sont des jours calendaires, peu importe que ce soit un samedi, dimanche ou jour férié. Si ton arrêt commence un vendredi, la carence couvre vendredi, samedi, dimanche, et tu es indemnisé à partir du lundi.

Deuxième erreur : croire qu'une prolongation d'arrêt déclenche une nouvelle carence. Faux. Si le médecin prolonge un arrêt existant sans interruption, il n'y a pas de nouvelle carence. En revanche, un nouvel arrêt distinct (nouvelle pathologie, ou reprise de plus de 48 heures entre deux arrêts) déclenche de nouveaux 3 jours de carence.

Troisième erreur : penser que l'arrêt pour accident du travail suit la même règle. Les accidents du travail et les maladies professionnelles n'ont aucune carence. L'IJSS est versée dès le premier jour, à hauteur de 60 % du salaire journalier les 28 premiers jours puis 80 % ensuite. Cette distinction peut changer significativement l'impact financier d'un arrêt.

Enfin, les arrêts liés à une affection de longue durée (ALD) reconnue ont bien 3 jours de carence la première fois, mais les arrêts ultérieurs liés à la même ALD en sont exonérés. Cette règle peut peser lourd pour des pathologies chroniques (cancer, diabète grave, pathologie psychiatrique reconnue).

SourcesINSEEDARES

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