En bref
La carence maladie désigne le nombre de jours pendant lesquels ni la Sécurité sociale ni l'employeur ne sont obligés de te verser quelque chose en cas d'arrêt maladie. Cette période de zéro euro pèse directement sur ton salaire du mois. La règle n'est pas la même selon ton statut : 3 jours dans le privé, 1 seul jour dans la fonction publique. L'alignement des deux régimes à 3 jours a bien été proposé, puis retiré du budget 2026 par les députés fin janvier. Ce qui change ensuite, c'est ce que ta convention collective ou ton statut couvre derrière.
Dans le privé, 3 jours sans indemnité
Quand un médecin te prescrit un arrêt maladie, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) verse des indemnités journalières (IJSS) à partir du 4e jour. Les 3 premiers jours ne sont pas indemnisés par la Sécurité sociale : c'est le délai de carence prévu à l'article L323-1 du Code de la Sécurité sociale. Cette règle est la même pour tous les salariés du régime général, quelle que soit l'ancienneté ou la convention collective.
Le montant de l'IJSS à partir du 4e jour correspond à 50 % du salaire journalier de base (la moyenne de tes 3 derniers salaires bruts divisée par 91,25), avec un salaire de base plafonné à 1,4 fois le SMIC mensuel. Depuis le 1er juillet 2026, l'IJSS maximale s'élève à 42,97 € brut par jour (montants de référence, ameli.fr). Ce plafond n'est pas figé : il vaut 1,4 SMIC ramené au jour, donc il bouge à chaque revalorisation du SMIC. Le calcul jour par jour, paliers employeur compris, est détaillé dans le guide arrêt maladie et salaire. Tu peux aussi comparer avec ta paie normale via le simulateur de salaire brut-net.
Dans la fonction publique, toujours 1 seul jour
Le délai de carence dans la fonction publique a une histoire politique mouvementée. Instauré en 2012, supprimé en 2014, réintroduit à 1 jour au 1er janvier 2018 par la loi de finances (article 115 de la loi n°2017-1837), il en est resté là. Concrètement, ton traitement indiciaire, tes primes et tes indemnités ne te sont pas versés le 1er jour du congé de maladie, et tu es rémunéré à partir du 2e jour (fiche service-public.gouv.fr sur le jour de carence dans la fonction publique). La règle vaut pour les trois versants, fonction publique d'État, territoriale et hospitalière, et pour les contractuels comme pour les titulaires.
Passé ce jour de carence, l'agent en congé de maladie ordinaire perçoit 90 % de son traitement indiciaire pendant 3 mois, le plein traitement ayant été ramené à 90 % en mars 2025, puis un demi-traitement pendant 9 mois supplémentaires. Sur la seule question de la carence, le statut public reste donc deux jours plus favorable que le privé, mais il s'est durci sur la durée d'indemnisation.
Le trou de revenu que tu dois anticiper
Dans le privé, sans couverture complémentaire, les 3 jours de carence représentent une perte directe. Pour un salarié au SMIC (1 867,02 € brut mensuel depuis le 1er juin 2026, environ 1 478 € net), 3 jours de carence coûtent environ 145 € net sur la paie du mois. Pour un cadre à 4 000 € net mensuel, le même arrêt de 3 jours coûte environ 380 € net.
| Salaire net mensuel | Perte 3 jours de carence (brut) | Perte 3 jours (net estimé) |
|---|---|---|
| 1 478 € (SMIC) | ~ 185 € | ~ 145 € |
| 2 200 € | ~ 275 € | ~ 210 € |
| 3 000 € | ~ 375 € | ~ 290 € |
| 4 000 € | ~ 500 € | ~ 380 € |
Ce calcul suppose qu'aucune convention collective ne compense les jours de carence. La réalité est souvent plus nuancée : de nombreuses branches prévoient un maintien de salaire partiel ou total dès le 1er jour.
Les conventions collectives qui effacent la carence
Une quinzaine de grandes conventions collectives couvrent tout ou partie des jours de carence, à condition d'ancienneté variable (souvent 1 an, parfois 3 mois). Le mécanisme le plus courant est le maintien de salaire conventionnel, souvent couplé à la subrogation : l'employeur verse le salaire complet et se fait rembourser par la Sécurité sociale la part IJSS due à partir du 4e jour. Le salarié ne voit rien sur sa paie, sauf parfois une ligne dédiée.
Conventions collectives qui suppriment totalement ou quasi totalement les 3 jours de carence dès 1 an d'ancienneté (liste non exhaustive à vérifier auprès de ton service RH) :
- Syntec (IDCC 1486) : maintien du salaire à 100 % dès le 1er jour après 1 an d'ancienneté, pendant 30 jours
- Métallurgie (IDCC 3248, nouvelle convention unique depuis 2024) : maintien à 100 % dès le 1er jour pour les cadres, conditions plus graduelles pour les non-cadres
- Banque (IDCC 2120) : maintien intégral dès le 1er jour sans carence
- Assurance (IDCC 1672) : maintien total dès le 1er jour
- Chimie (IDCC 44) : carence supprimée dès 6 mois d'ancienneté
- Pharmacie d'officine (IDCC 1996) : maintien à 100 % dès 1 an d'ancienneté
- Notariat (IDCC 2205) : maintien intégral dès 1 an
- Experts-comptables (IDCC 787) : maintien complet dès 1 an
À l'inverse, certaines branches appliquent strictement les 3 jours de carence sans compensation : commerce de détail non alimentaire, services à la personne, animation, propreté sur une partie des catégories. Vérifie ta convention collective applicable avant toute projection, car les règles changent d'une branche à l'autre.
Comment savoir ce qui s'applique à toi
Trois sources fiables te permettent de vérifier ta couverture en 3 minutes :
- Ton bulletin de salaire : la ligne "Convention collective" en haut du bulletin de paie indique l'IDCC (4 chiffres). C'est la référence juridique de ta branche.
- Legifrance : recherche le texte complet de la convention via son IDCC, cherche les articles sur "maladie" ou "maintien de salaire".
- Ton service RH : une question écrite à la paie ou aux ressources humaines oblige une réponse formelle. Garde la trace en cas de litige ultérieur.
Même sans convention collective favorable, la loi de mensualisation du 19 janvier 1978 impose à ton employeur de maintenir 90 % de ton salaire brut pendant 30 jours à partir du 8e jour d'arrêt, puis 66,66 % pendant 30 jours (articles L1226-1 et D1226-1 du Code du travail), à condition d'avoir 1 an d'ancienneté. Ce maintien s'entend IJSS comprises : l'employeur complète ce que la Sécurité sociale verse déjà, et la loi seule ne garantit jamais 100 %. Les 3 premiers jours, eux, restent à ta charge si la convention collective ne les couvre pas.
Les complémentaires santé et prévoyance
Beaucoup d'entreprises proposent un contrat de prévoyance collective obligatoire ou facultatif. Ce type de contrat prend le relais de la Sécurité sociale et peut couvrir partiellement les jours de carence. Les conditions varient énormément d'un contrat à l'autre : certains maintiennent 100 % du salaire dès le 1er jour, d'autres ne s'activent qu'après 30 jours d'arrêt.
Pour savoir ce que couvre ta prévoyance, demande la notice d'information à ton employeur ou consulte ta DSN dématérialisée. Les contrats imposés par convention collective sont souvent plus favorables que les contrats individuels souscrits par l'entreprise. Vérifie aussi les exclusions : certaines pathologies (maladies psychiatriques courtes, affections dorsales non reconnues ALD) peuvent être exclues des premiers jours.
Ce qui change concrètement en 2026
Les règles de carence elles-mêmes n'ont pas bougé en 2026 : 3 jours dans le privé, 1 jour dans la fonction publique. Deux choses ont changé, en revanche.
Le passage des fonctionnaires à 3 jours a été abandonné : le projet de loi de finances portait un amendement qui alignait le délai de carence des agents publics sur celui du privé, de 1 à 3 jours. Les députés l'ont supprimé du budget 2026 fin janvier. Le jour de carence unique reste donc la règle, et l'écart entre les deux statuts se maintient à deux jours. Si tu as lu ailleurs que la fonction publique était passée à 3 jours, c'est cet amendement qui a été repris avant son retrait.
Le plafond des IJSS a été relevé au 1er juillet : comme il vaut 1,4 SMIC ramené au jour, il a suivi la revalorisation du SMIC du 1er juin 2026, et l'indemnité journalière maladie maximale est passée à 42,97 € brut. Ce plafond ne mord que sur les salaires dépassant 2 613,83 € brut par mois. En dessous, ton IJSS reste à 50 % de ton salaire journalier sans être écrêtée.
Les erreurs fréquentes sur la carence
Première erreur : confondre jour calendaire et jour ouvré. Cette confusion est une erreur fréquente de bulletin de paie qui coûte cher. Les 3 jours de carence sont des jours calendaires, peu importe que ce soit un samedi, dimanche ou jour férié. Si ton arrêt commence un vendredi, la carence couvre vendredi, samedi, dimanche, et tu es indemnisé à partir du lundi.
Deuxième erreur : croire qu'une prolongation d'arrêt déclenche une nouvelle carence. Faux. Si le médecin prolonge un arrêt existant sans interruption, il n'y a pas de nouvelle carence. En revanche, un nouvel arrêt distinct (nouvelle pathologie, ou reprise de plus de 48 heures entre deux arrêts) déclenche de nouveaux 3 jours de carence.
Troisième erreur : penser que l'arrêt pour accident du travail suit la même règle. Les accidents du travail et les maladies professionnelles n'ont aucune carence. L'IJSS est versée dès le premier jour, à hauteur de 60 % du salaire journalier les 28 premiers jours puis 80 % ensuite, dans la limite de 240,49 € par jour, portée à 320,66 € à partir du 29e jour (ameli.fr, montants 2026). Cette distinction peut changer significativement l'impact financier d'un arrêt.
Enfin, les arrêts liés à une affection de longue durée (ALD) reconnue ont bien 3 jours de carence la première fois, mais les arrêts ultérieurs liés à la même ALD en sont exonérés pendant une période de 3 ans à partir du premier arrêt. Cette règle peut peser lourd pour des pathologies chroniques (cancer, diabète grave, pathologie psychiatrique reconnue).