Sur 16 831 € de frais de notaire, combien touche le notaire ?
Données vérifiées le 31 juillet 2026.
Pour une maison ancienne à 200 000 € dans un département au taux de 5,00 %, tu paies aujourd'hui 16 831 € de frais de notaire. Sur cette somme, l'office notarial encaisse 3 394 € d'émoluments, et il reste au notaire titulaire environ 1 414 € avant cotisations et impôt. Le reste part en taxes : TVA comprise, l'État en récupère près de 80 %. Voici la décomposition poste par poste, trois simulations chiffrées, et ce que change la hausse des DMTO pour un primo-accédant.
1 414 €
ce qui reste au notaire titulaire sur 16 831 € de frais payés pour une maison à 200 000 €
Soit 8,4 % des frais, avant cotisations sociales et impôt. L'État en encaisse près de 80 % une fois la TVA comptée, les débours couvrent 3,6 % de frais avancés.
Les 5 composantes des frais de notaire
Le terme « frais de notaire » est une simplification trompeuse. Ce que tu paies à la signature d'un acte authentique regroupe cinq postes distincts, dont seulement deux constituent la rémunération de l'office. Les trois autres sont reversés au Trésor public ou correspondent à des sommes avancées pour ton compte.
Décomposition synthétique
- DMTO (6,32 % du prix) : taxe départementale 5,00 %, taxe communale 1,20 %, frais d'assiette 2,37 % de la part départementale - reversés au département, à la commune et à l'État
- Émoluments proportionnels (variables selon le prix) : barème dégressif à 4 tranches, revenu de l'office
- Émoluments fixes (de l'ordre de 1 000 €) : formalités et copies, revenu de l'office
- Débours (400 à 800 €) : état hypothécaire, géomètre, syndic - refacturés à l'identique, aucune marge
- CSI (0,10 % du prix) : contribution de sécurité immobilière, reversée à l'État
Les droits de mutation : la part des collectivités
Les droits de mutation à titre onéreux (DMTO) constituent de loin le poste le plus lourd. Dans l'ancien, ils atteignent 6,32 % du prix de vente depuis que la majorité des départements ont relevé leur taux. Cette taxe se décompose en trois fractions : la taxe départementale (5,00 %, article 1594 D du CGI et II de l'article 116 de la loi de finances pour 2025), la taxe communale (1,20 %, article 1584 du CGI) et les frais d'assiette et de recouvrement perçus par l'État, égaux à 2,37 % de la seule part départementale.
Ces droits sont reversés intégralement au département, à la commune et à l'État. Le notaire ne fait que les collecter pour le compte du Trésor public. Sur une maison à 200 000 €, cela représente 12 637 € qui ne restent jamais sur le compte de l'office. Le taux exact de ton département figure dans le tableau des taux DMTO publié par la DGFiP, mis à jour au 1er février 2026.
Les émoluments proportionnels : un barème dégressif réglementé
La rémunération réglementée du notaire pour les ventes immobilières suit un barème dégressif à 4 tranches inscrit au Code de commerce (articles A444-53 et suivants). Tu paies un pourcentage différent selon la fraction du prix considérée. Ces taux sont inchangés depuis le 1er janvier 2021 (décret n° 2020-179 du 28 février 2020, qui a révisé le décret n° 2016-230 du 26 février 2016) et ils ont été reconduits sans modification pour la période allant du 1er mars 2026 au 29 février 2028.
| Tranche du prix | Taux émoluments HT | Sur 200 000 € (HT) |
|---|---|---|
| 0 à 6 500 € | 3,870 % | 251,55 € |
| 6 500 à 17 000 € | 1,596 % | 167,58 € |
| 17 000 à 60 000 € | 1,064 % | 457,52 € |
| Au-delà de 60 000 € | 0,799 % | 1 118,60 € |
| Total HT | - | 1 995,25 € |
| Total TTC (TVA 20 %) | - | 2 394 € |
Ce barème et son exemple chiffré sont repris à l'identique par la fiche Frais de notaire : de quoi s'agit-il ? de service-public.gouv.fr.
Émoluments fixes, débours et CSI
Les émoluments fixes rémunèrent les actes connexes (copies authentiques, formalités hypothécaires, attestations) à un tarif lui aussi réglementé. Ils se situent en pratique entre 800 et 1 500 € TTC par transaction selon la complexité du dossier.
Les débours sont des sommes avancées par le notaire pour ton compte auprès de tiers (état hypothécaire, géomètre, syndic en copropriété, cadastre). Ils sont refacturés à l'identique : aucune marge pour l'office. Pour une transaction classique, ils représentent 400 à 800 €, soit environ 3,6 % de la facture totale - et non le dixième qu'on leur prête souvent.
La contribution de sécurité immobilière (CSI), anciennement « salaire du conservateur des hypothèques », prévue par l'article 879 du CGI, équivaut à 0,10 % du prix de vente. Elle finance le service de la publicité foncière et revient intégralement à l'État.
Calcule ton net après cotisations
Le même écart entre ce qui est facturé et ce qui reste existe sur ta fiche de paie.
Trois simulations chiffrées : 100 000 €, 200 000 € et 500 000 €
La part qui revient au notaire varie fortement selon le prix. Plus le bien est cher, plus les taxes pèsent lourd en proportion, et plus la part du notaire s'amenuise - le barème des émoluments étant dégressif alors que les DMTO restent proportionnels. Trois cas types, dans un département au taux de 5,00 %, immobilier ancien.
| Poste | Maison 100 000 € | Maison 200 000 € | Maison 500 000 € |
|---|---|---|---|
| DMTO (6,32 %) | 6 319 € | 12 637 € | 31 593 € |
| Émoluments proportionnels TTC | 1 435 € | 2 394 € | 5 271 € |
| Émoluments fixes TTC | 800 € | 1 000 € | 1 200 € |
| Débours | 500 € | 600 € | 700 € |
| CSI (0,10 %) | 100 € | 200 € | 500 € |
| Total frais de notaire | 9 154 € (9,2 %) | 16 831 € (8,4 %) | 39 264 € (7,9 %) |
| Part de l'État, TVA comprise | 6 791 € (74 %) | 13 403 € (80 %) | 33 172 € (84 %) |
| Encaissé par l'office TTC | 2 235 € | 3 394 € | 6 471 € |
| Reste au notaire avant impôt | 931 € (10,2 %) | 1 414 € (8,4 %) | 2 696 € (6,9 %) |
Lecture des résultats : le pourcentage global baisse avec le prix (9,2 % à 100 000 € contre 7,9 % à 500 000 €), grâce au barème dégressif des émoluments. Mais les deux courbes s'écartent. La part de l'État monte de 74 à 84 % entre les deux extrêmes, pendant que celle du notaire tombe de 10,2 à 6,9 %. Autrement dit : plus le bien est cher, plus la proportion qui finance le travail de l'office est faible. En valeur absolue, elle augmente quand même, de 931 à 2 696 €.
Hausse des DMTO : où en est-on, et que change-t-elle pour un primo-accédant ?
La logique de cette mesure est budgétaire : compenser l'effondrement des recettes des départements provoqué par la chute des transactions en 2023 et 2024, sans toucher au tarif réglementé. Elle prolonge une tendance de fond, où l'État et les collectivités captent une part croissante des frais dits « de notaire » pendant que la rémunération de l'office, elle, n'a pas bougé depuis cinq ans.
Ce que ça change concrètement sur 200 000 € : au taux de 4,50 %, les frais totaux ressortent à 15 807 € ; au taux de 5,00 %, à 16 831 €. Soit 1 024 € d'écart, intégralement pour le département. La somme qui reste au notaire, elle, ne bouge pas d'un euro : 1 414 € dans les deux cas.
Si tu achètes ton premier logement, vérifie ce point avant de provisionner ton budget : le tableau de la DGFiP distingue explicitement le taux voté au titre de la hausse, applicable hors primo-accédants, et le taux de droit commun de l'article 1594 D du CGI. Un primo-accédant reste donc à 4,50 % dans un département passé à 5,00 %, et économise ces 1 024 € sur un bien à 200 000 €. Les conditions d'éligibilité sont fixées par le II de l'article 116 de la loi de finances pour 2025. L'autre moitié du budget se calcule sur ta paie : combien ton revenu te permet d'emprunter, et ce qu'un prêt à taux zéro peut y ajouter sans intérêts.
La perspective notaire : que reste-t-il au titulaire de l'office ?
Sur une vente à 200 000 €, l'office notarial encaisse 3 394 € TTC d'émoluments (proportionnels 2 394 €, fixes 1 000 €). La somme paraît substantielle, mais elle n'est pas le revenu du notaire. Trois déductions successives s'appliquent avant qu'il ne touche quoi que ce soit.
Étape 1 : retirer la TVA. Sur ces 3 394 € TTC, la TVA à 20 % représente 566 € reversés à l'État. Il reste 2 828 € hors taxes pour l'office.
Étape 2 : déduire les charges de fonctionnement. Personnel salarié, loyer, télétransmission, assurance responsabilité civile professionnelle, formation continue, abonnements et fournitures. Nous retenons ici une hypothèse de charges égale à 50 % du chiffre d'affaires hors taxes, ordre de grandeur courant pour une étude de taille moyenne : c'est une hypothèse de calcul, pas une donnée officielle propre à cette transaction. Elle retire 1 414 €.
Étape 3 : appliquer la fiscalité. Le revenu du titulaire est imposé au régime des bénéfices non commerciaux, ou passe par une SCP ou une SEL selon la structure de l'office. Entre les cotisations sociales et l'impôt sur le revenu, il faut compter une ponction supplémentaire de 30 à 45 % selon le niveau global de revenus.
Résultat : le notaire conserve environ 1 414 € avant cotisations et impôt sur cette transaction, de l'ordre de 800 à 1 000 € après. Soit 8,4 % des 16 831 € payés par l'acheteur. C'est ce chiffre que le grand public confond avec les 80 % qui partent en taxes.
Le notaire reverse plus de 90 % de ce qu'il collecte. Il en garde 8 % avant impôt. La rentabilité d'une étude tient au volume d'actes, pas à la marge unitaire.
Le même mécanisme ailleurs. Les commissaires de justice (anciens huissiers) travaillent eux aussi sur un tarif réglementé par le Code de commerce, assorti de droits reversés à l'État : la structure est identique, seule la part collectée pour le compte du Trésor diffère. Cela vaut pour le titulaire de l'office : dans une étude de commissaire de justice, les clercs et les salariés sont eux payés sur une grille conventionnelle, et la distinction entre l'officier qui perçoit des émoluments et le clerc qui perçoit un salaire décide de tout le reste. Les géomètres-experts, à l'inverse, facturent des honoraires libres : leur marge unitaire est plus élevée, mais sans le volume garanti par un monopole. La logique économique du notariat français est structurelle : faible marge par acte, volume sécurisé par le monopole.
Peut-on négocier les frais de notaire ?
La réponse dépend du poste. Les émoluments réglementés, proportionnels comme fixes, sont fixés par décret : tous les notaires de France appliquent le même tarif sur une vente immobilière. Aucune négociation possible. Même chose pour les DMTO, la CSI et les débours, refacturés à l'identique.
Reste la remise, ouverte par la loi Macron de 2015 et élargie depuis. Le Conseil supérieur du notariat rappelle dans sa fiche sur le tarif du notaire que le taux de droit commun est de 20 % au maximum, applicable à la part d'émolument calculée sur les tranches d'assiette supérieures ou égales à 100 000 € - aucune remise n'est donc possible en dessous de ce seuil. Un taux dérogatoire de 40 % existe pour certains actes. La remise reste facultative et doit bénéficier à tous les clients de l'office de la même manière.
Sur une vente à 200 000 €, la remise maximale porte donc sur les émoluments de la tranche au-delà de 100 000 €, soit 799 € hors taxes : 20 % de cette part représente 160 € hors taxes. Utile, mais marginal rapporté aux 16 831 € de frais. Les vrais leviers sont ailleurs : acheter dans le neuf en VEFA (frais ramenés à 2 ou 3 % du prix), faire jouer le statut de primo-accédant, ou déduire du prix la valeur du mobilier, qui n'est pas soumise aux DMTO.
Comprendre ton net pour mieux négocier
Une fois que tu sais où va l'argent, le réflexe suivant : décortiquer ta propre fiche de paie.