En bref
La prime de précarité : le plus gros écart explicite
À la fin d'un CDD, ton employeur doit te verser une indemnité de fin de contrat, appelée communément prime de précarité. Elle est prévue à l'article L1243-8 du Code du travail.
Son montant légal : 10 % de la rémunération brute totale versée pendant le CDD (salaire de base, primes et heures supplémentaires inclus). Pour un CDD de 12 mois à 2 500 € brut/mois, soit 30 000 € au total, la prime de précarité atteint 3 000 € brut, versés avec le solde de tout compte.
Cette prime est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu comme un salaire normal. Elle représente donc environ 2 375 € nets après cotisations (20,84 % du brut), un appoint financier réel à la sortie du contrat.
Certaines conventions collectives abaissent le taux à 6 % quand l'employeur garantit en échange un accès privilégié à la formation professionnelle (article L1243-9). Vérifie ta convention collective et son IDCC sur Légifrance.
Quand la prime de précarité n'est pas due
La prime n'est pas systématique. Les articles L1243-8 et L1243-10 du Code du travail listent les cas où elle n'est pas versée :
- CDD saisonnier ou contrat d'usage (hôtellerie, événementiel, audiovisuel, secteurs où le CDD est d'usage)
- CDD conclu avec un jeune pendant ses vacances scolaires ou universitaires
- Contrat d'apprentissage ou de professionnalisation
- Embauche en CDI dans la même entreprise à l'issue du CDD
- Refus par le salarié d'un CDI proposé pour le même emploi ou un emploi similaire, à rémunération au moins équivalente
- Rupture anticipée du CDD à l'initiative du salarié, faute grave ou force majeure
Le cas qui surprend le plus est le refus de CDI. Cette exclusion est ancienne : elle figure à l'article L1243-10 du Code du travail. Si l'employeur te propose un CDI sur le même emploi ou un emploi similaire, avec une rémunération au moins équivalente, et que tu refuses, tu perds la prime de précarité. Ce que la loi du 21 décembre 2022 a ajouté, c'est une seconde conséquence, applicable depuis 2024 et détaillée plus bas : la perte de tes droits au chômage au second refus.
Les cotisations : identiques au CDI
Contrairement à une idée répandue, un CDD ne cotise ni plus ni moins qu'un CDI. Les taux sont strictement identiques : c'est le principe d'égalité de traitement inscrit à l'article L1242-14 du Code du travail.
Pour un brut de 2 500 € en CDD comme en CDI, tu paies :
- Cotisations salariales non-cadre : 20,84 %, soit 521 €
- Cotisations salariales cadre : 20,86 %, soit 522 €
L'écart entre les deux statuts est la seule cotisation APEC, à 0,024 % : un euro par mois à ce niveau de salaire. La CSG-CRDS (9,7 %, déjà comprise dans ces totaux) s'applique sans distinction, tout comme les cotisations de retraite de base et complémentaire. Les cotisations chômage, maladie et famille, elles, sont à la charge de l'employeur. Conséquence directe : à brut égal, le net mensuel d'un CDD et d'un CDI est identique. L'écart de rémunération ne vient pas du bulletin de paie courant, mais des indemnités versées à la fin du CDD.
Congés payés : une indemnité compensatrice
En CDI, tu acquiers 2,5 jours ouvrables de congés par mois et tu les prends au fil de l'eau. En CDD, tu acquiers les mêmes droits, mais un contrat court ne te laisse pas toujours le temps de les poser.
Les congés non pris sont alors convertis en indemnité compensatrice de congés payés, payée en brut avec le solde de tout compte. Elle vaut au minimum 10 % de la rémunération brute totale, et son assiette inclut la prime de précarité. Sur un CDD de 30 000 € brut, l'assiette devient 33 000 € (30 000 € de salaire plus 3 000 € de prime), soit une indemnité de congés payés d'environ 3 300 €.
En fin de CDD, tu reçois donc deux indemnités distinctes :
- Prime de précarité : 10 % de la rémunération brute, soit 3 000 €
- Indemnité compensatrice de congés payés : 10 % de l'assiette prime incluse, soit environ 3 300 € si aucun congé n'a été pris
Cumul : environ 6 300 € brut versés à la sortie pour ce CDD de 12 mois. Attention, l'indemnité de congés payés n'est pas un cadeau : elle compense des jours de repos que tu n'as pas pris, donc des journées effectivement travaillées.
Droits au chômage : quasi-identiques
Un CDD non renouvelé et un CDI rompu pour motif involontaire ouvrent les mêmes droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE). La condition de base : avoir travaillé au moins 6 mois (130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois. Pour les seniors, cette période de référence passe à 36 mois : depuis la convention d'assurance chômage applicable au 1er avril 2025, le seuil d'âge est de 55 ans et non plus 53 ans.
Le montant de l'ARE est calculé sur le salaire journalier de référence (salaires bruts des 24 derniers mois divisés par le nombre de jours). Il représente environ 57 % à 75 % du salaire brut journalier, avec un plancher d'environ 32,13 € par jour en 2026 (revalorisation Unédic du 1er juillet 2025).
Différence pratique : à la fin d'un CDD non renouvelé, tu ouvres des droits immédiatement. À la fin d'un CDI, tout dépend du mode de rupture. Une démission n'ouvre des droits que dans les cas de démission légitime ; un licenciement ou une rupture conventionnelle ouvrent des droits normalement. L'abandon de poste, lui, n'en ouvre plus : depuis la loi du 21 décembre 2022, l'employeur qui te met en demeure de reprendre ton poste et reste sans réponse peut te présumer démissionnaire, et une démission présumée ferme l'accès à l'ARE.
Nouveauté à connaître en 2026 : si tu refuses deux propositions de CDI en 12 mois à l'issue de CDD (même emploi ou emploi similaire, rémunération équivalente, même lieu de travail), France Travail peut te priver de l'ARE. L'employeur signale le refus à France Travail, selon la procédure fixée par le décret du 28 décembre 2023. Le refus d'un CDI coûte donc à la fois la prime de précarité et, au second refus, l'accès au chômage.
Carrière et crédit : l'avantage du CDI
Sur le plan de la rémunération immédiate, le CDD est mieux payé. Sur le plan patrimonial, le CDI prend largement l'avantage.
Crédit immobilier : les banques exigent presque toujours un CDI, ou un statut équivalent (titulaire de la fonction publique, profession libérale établie, co-emprunteur en CDI). Un CDD, même bien rémunéré, est le plus souvent refusé ou conditionné à un apport élevé. Cette exigence n'a pas de base légale : c'est une pratique de prudence bancaire.
Location : obtenir un logement en CDD est plus difficile. Les garants sont plus souvent exigés, la garantie Visale ne couvre que certains profils, et un bailleur peut légalement préférer un dossier en CDI.
Retraite : impact neutre en théorie, puisque les cotisations sont identiques. Mais une succession de CDD entrecoupés de périodes de chômage peut réduire le revenu annuel moyen pris en compte pour le calcul de la pension. Sur une carrière entière, l'écart cumulé n'est pas négligeable.
Le calcul complet : CDD vs CDI à 30 000 € brut/an
Comparaison directe sur une année complète, profil non-cadre, célibataire, aucun congé pris en CDD.
| Poste | CDI annuel | CDD 12 mois |
|---|---|---|
| Salaire brut | 30 000 € | 30 000 € |
| Prime de précarité (10 %) | 0 € | +3 000 € |
| Indemnité congés payés (10 %, assiette prime incluse) | 0 € | +3 300 € |
| Total brut | 30 000 € | 36 300 € |
| Cotisations salariales (20,84 %) | -6 252 € | -7 565 € |
| Net avant impôt | 23 748 € | 28 735 € |
| Différence nette | - | +4 987 € |
Sur un an, le CDD rapporte environ +21 % de net par rapport au CDI au même salaire brut mensuel. C'est l'argument à poser en négociation : à brut équivalent, un CDD est objectivement mieux rémunéré.
À l'inverse, si tu obtiens un CDI à +20 % de brut par rapport au CDD proposé, les deux deviennent équivalents sur l'année. Dans les faits, l'employeur propose rarement cet écart, c'est au candidat de le négocier. Pour estimer ton net exact selon le statut, le simulateur brut-net distingue CDD et CDI.
Quand préférer le CDD en 2026
Trois situations où le CDD devient rationnel.
1. Tester avant un engagement long. Tu démarres dans un secteur nouveau ou chez un employeur que tu ne connais pas. Un CDD de 6 à 12 mois te laisse évaluer sans t'engager. Si la collaboration fonctionne, la transformation en CDI est fréquente.
Garde en tête la mécanique du refus de CDI : décliner la proposition de ton employeur à la fin du CDD te fait perdre la prime de précarité, et un second refus en 12 mois peut te priver de chômage. Mieux vaut accepter un CDI qui te convient que parier sur un meilleur ailleurs sans visibilité.
2. Missions courtes à forte rémunération. Certains métiers de mission (conseil, intérim cadres, expertises spécialisées) paient bien sur des périodes courtes. La prime de précarité et l'indemnité de congés payés ajoutent environ 20 % au total perçu.
3. Double activité ou cumul. Un CDD de quelques mois à temps partiel, combiné à une autre activité, permet de cumuler des revenus sans contrainte de long terme. Le chômage complète éventuellement les mois creux si les conditions d'éligibilité sont remplies.
Pour comparer toutes les alternatives au CDI, le guide met en regard freelance, portage, CDI, CDD et micro-entreprise.
Questions fréquentes
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Calcule ton net exact en CDD ou CDI avec le simulateur brut-net.