En bref
Combien vaut exactement le point d'indice en 2026
La valeur du point d'indice majoré dans la fonction publique d'État, territoriale et hospitalière est fixée à 4,92278 EUR brut annuel depuis le 1er juillet 2023. Cette valeur est inscrite dans le décret n° 2023-519 du 28 juin 2023, qui a acté une dernière hausse de 1,5 % avant le gel actuel. Aucune revalorisation n'a eu lieu depuis, ni en 2024, ni en 2025, ni au 1er janvier 2026.
Cette valeur s'applique à l'ensemble des agents publics titulaires et contractuels rémunérés sur grille indiciaire, soit environ 5,7 millions de personnes selon la DGAFP. Elle concerne les trois versants : fonction publique d'État (ministères, éducation nationale, police), fonction publique territoriale (collectivités, CCAS) et fonction publique hospitalière.
Comment calculer ton traitement brut mensuel
La formule officielle est simple :
Traitement brut mensuel = indice majoré × 4,92278 EUR ÷ 12
L'indice majoré (IM) est différent de l'indice brut (IB). La grille indiciaire publie les deux, mais seul l'indice majoré sert au calcul. Tu trouves ton IM sur ton bulletin de paie, sous la mention "indice majoré" ou "INM".
Exemple pratique pour un agent à l'indice majoré 400 :
- Calcul annuel : 400 × 4,92278 = 1 969,11 EUR brut annuel
- Calcul mensuel : 1 969,11 ÷ 12 = 164,09 EUR brut mensuel
Attention, il s'agit du traitement indiciaire brut seul. Ta rémunération réelle inclut aussi les primes, la NBI (nouvelle bonification indiciaire) et le supplément familial de traitement. Le traitement indiciaire représente en moyenne 60 à 75 % de la rémunération totale selon le grade et le ministère, le reste étant des primes (IFSE, CIA, indemnités de résidence).
Le minimum de traitement imposé par le SMIC
Depuis le gel du point, de nombreux indices bas passent sous le SMIC mensuel. Pour éviter cette situation illégale, un minimum de traitement est garanti par décret : tout agent dont le traitement indiciaire calculé serait inférieur au SMIC mensuel (1 823,03 EUR brut en 2026) perçoit une indemnité différentielle pour atteindre ce seuil.
Conséquence : les agents de catégorie C aux premiers échelons ont tous le même traitement net effectif, indépendamment de leur indice. Seules les primes et l'ancienneté créent de l'écart. Ce tassement de grille est l'un des effets pervers du gel : les écarts entre échelons en début de carrière sont écrasés par le plancher SMIC.
Traitement brut selon ta catégorie en 2026
Le tableau ci-dessous présente les fourchettes indicatives par catégorie, avec l'indice majoré (IM) de début et de fin de grille, le traitement brut mensuel correspondant et la rémunération totale estimée (traitement + primes moyennes).
| Catégorie | IM début | IM fin | Traitement brut mensuel (début - fin) | Rémunération totale estimée |
|---|---|---|---|---|
| C (adjoint administratif, ATSEM, adjoint technique) | 366 | 486 | 1 501 EUR - 1 993 EUR | 1 830 EUR - 2 450 EUR |
| B (rédacteur, technicien, contrôleur) | 389 | 597 | 1 596 EUR - 2 449 EUR | 2 100 EUR - 3 200 EUR |
| A (attaché, ingénieur, enseignant certifié) | 444 | 830 | 1 821 EUR - 3 405 EUR | 2 400 EUR - 4 700 EUR |
| A+ (administrateur, ingénieur en chef, agrégé) | 623 | 1 230 | 2 556 EUR - 5 046 EUR | 3 800 EUR - 7 500 EUR |
Les indices varient légèrement selon les corps et les grades. La grille complète de la fonction publique détaille chaque corps avec sa progression indiciaire. Les enseignants ont par exemple une grille spécifique aux corps des professeurs certifiés et agrégés, les infirmiers une grille propre à la fonction publique hospitalière.
Pourquoi le point est gelé depuis juillet 2023
La dernière revalorisation date du 1er juillet 2023 (+1,5 %), qui faisait suite à une hausse de 3,5 % au 1er juillet 2022. Avant cela, le point avait été gelé pendant près de six ans (de 2017 à 2022), sans revalorisation autre que ponctuelle. Le gel actuel est une décision budgétaire : chaque hausse de 1 % du point coûte environ 2 milliards d'euros par an à l'État et aux collectivités selon la DGAFP.
Les syndicats (CGT, FSU, FO, CFDT) demandent depuis 2024 une revalorisation indexée sur l'inflation. Le gouvernement a jusqu'ici refusé, privilégiant des mesures ciblées : hausses d'indices minoritaires pour les catégories C, refonte des grilles pour les enseignants en 2023, revalorisations sectorielles (Ségur de la santé en 2021 pour l'hospitalier).
Le cumul d'inflation non compensé depuis 2023
Entre juillet 2023 et juin 2026, l'inflation cumulée atteint environ 8 à 10 % selon le panier INSEE. Le point étant gelé, les agents publics ont subi une perte de pouvoir d'achat équivalente sur leur traitement indiciaire. Pour un agent à 2 000 EUR brut en juillet 2023, cela représente environ 160 à 200 EUR brut mensuel de pouvoir d'achat perdu.
Cette perte est partiellement compensée par :
- La GIPA (Garantie Individuelle du Pouvoir d'Achat), versée aux agents dont le traitement indiciaire a évolué moins vite que l'inflation sur 4 ans. Montant variable, généralement entre 200 et 1 500 EUR brut annuels.
- Les hausses de primes sectorielles (IFSE revalorisée dans certains ministères).
- Les avancements d'échelon automatiques qui font gagner 20 à 50 points d'indice majoré sur plusieurs années.
Mais ces compensations ne bénéficient pas à tous les agents et ne couvrent jamais la totalité de l'inflation subie. Les agents sans avancement récent et hors bénéficiaires GIPA perdent effectivement du pouvoir d'achat chaque mois.
Les primes qui compensent partiellement le gel
La rémunération d'un fonctionnaire ne se limite pas au traitement indiciaire. Trois grandes catégories de primes s'ajoutent, et elles ont elles aussi leurs règles de revalorisation :
IFSE (Indemnité de Fonctions, de Sujétions et d'Expertise) : prime principale dans la fonction publique d'État et territoriale. Elle dépend du poste occupé et du groupe de fonctions (4 groupes pour les attachés par exemple). Son montant plafond est fixé par arrêté ministériel, qui peut être réévalué indépendamment du point d'indice. Plusieurs ministères ont augmenté leurs plafonds IFSE en 2024 et 2025 pour compenser le gel.
CIA (Complément Indemnitaire Annuel) : part variable de l'IFSE, versée en fin d'année selon la manière de servir. Montant moyen entre 200 et 2 000 EUR selon le grade et l'évaluation annuelle.
GIPA : mécanisme automatique depuis 2008. Si ton traitement indiciaire brut au 31 décembre d'une année a augmenté moins vite que l'inflation sur la période de référence (4 ans glissants), tu touches la différence en une fois. Le décret 2024-1029 a prolongé le dispositif pour 2024 et 2025 ; la reconduction 2026 est attendue à l'automne. Pour vérifier ton éligibilité, tu multiplies ton IM de décembre N-4 par 4,92278 / 12, tu compares à ton IM actuel, et si l'écart est inférieur à l'inflation INSEE de la période, tu as droit à la GIPA.
L'impact concret sur ton bulletin de paie
Sur ton bulletin de paie de fonctionnaire, le traitement indiciaire apparaît en première ligne avec l'intitulé "Traitement brut" ou "Traitement indiciaire brut". Le calcul figure juste à côté : indice majoré × valeur du point ÷ 12.
Contrairement au secteur privé, où la rémunération est négociée de gré à gré, le bulletin d'un fonctionnaire est entièrement contraint par des textes réglementaires. Aucune marge de négociation individuelle n'existe sur le traitement indiciaire : seul ton indice (lié à ton grade et ton échelon) peut évoluer, soit par avancement automatique (ancienneté), soit par promotion (concours interne, examen professionnel), soit par changement de corps.
Pour comparer ta situation avec un équivalent privé, le simulateur brut-net te permet d'estimer combien tu devrais toucher en brut dans le privé pour atteindre le même net. Les agents publics cotisent moins que les salariés du privé (environ 15 % de charges salariales contre 22 %), mais touchent en moyenne moins en base indiciaire. Pour une analyse détaillée des métiers de la fonction publique, les fourchettes sectorielles donnent une idée plus précise.
Les perspectives d'évolution en 2026-2027
Aucun calendrier officiel de dégel n'a été annoncé par le gouvernement au printemps 2026. Trois hypothèses circulent :
- Maintien du gel jusqu'à fin 2026 : scénario budgétaire le plus probable, pression sur le déficit public.
- Revalorisation ciblée par catégorie : hausse d'indices minoritaires sans toucher à la valeur du point, pour éviter l'effet d'aubaine généralisé.
- Dégel progressif en 2027 : scénario défendu par certains députés, conditionné à une amélioration des finances publiques.
La question du dégel est revenue dans le débat budgétaire à l'automne 2025 sans aboutir. Les négociations salariales prévues au printemps 2026 pour les fonctionnaires (conférence salariale annuelle DGAFP) ont débouché sur des mesures de primes ciblées, pas sur une hausse du point.