En bref
Données vérifiées le 30 juillet 2026. Tous les taux de cette page viennent des résultats définitifs de l'indice des prix à la consommation de juin 2026, publiés par l'INSEE le 10 juillet 2026 (Informations rapides n°168). Prochaine mise à jour de l'indice : 14 août 2026.
Pourquoi la moyenne de l'INSEE ne décrit pas ton budget
Quand l'INSEE annonce que les prix augmentent de +1,8 % sur un an, ce chiffre est une moyenne pondérée. L'institut relève chaque mois les prix de 1 700 variétés de produits, regroupées en environ 250 postes. Chaque poste reçoit un poids, sa pondération, qui correspond à sa part dans la consommation de l'ensemble des ménages français. Ce jeu de poids, c'est le panier de l'IPC.
Le problème tient en une phrase : personne ne consomme le panier moyen. Voici les poids réellement utilisés par l'INSEE en 2026, et l'évolution des prix de chaque poste sur douze mois.
| Poste de consommation | Poids dans l'IPC | Prix sur 12 mois |
|---|---|---|
| Autres services (assurances, restauration, loisirs, banque) | 30,9 % | +2,1 % |
| Produits manufacturés (habillement, équipement, entretien) | 23,9 % | -1,1 % |
| Alimentation | 14,9 % | +0,9 % |
| Loyers, eau et ordures ménagères | 8,3 % | +2,0 % |
| Services de santé | 7,8 % | +0,4 % |
| Énergie | 7,6 % | +11,0 % |
| Transports (services) | 3,0 % | +0,6 % |
| Communications | 1,9 % | +7,7 % |
| Tabac | 1,7 % | +3,3 % |
| Ensemble (IPC) | 100 % | +1,8 % |
Deux lignes portent presque tout l'écart entre les profils cette année. L'énergie ne pèse que 7,6 % du panier moyen mais ses prix montent de +11,0 %, avec des écarts internes considérables : combustibles liquides +37,9 %, gazole +23,2 %, gaz +10,4 %, essence +14,4 %, alors que l'électricité recule de 0,7 %. À l'inverse, les produits manufacturés reculent de 1,1 % (l'habillement et les chaussures perdent même 2,3 %).
Autrement dit : si le carburant pèse lourd chez toi, ton inflation dépasse nettement la moyenne. Si tu n'as pas de voiture et que tu achètes des vêtements, elle passe en dessous. Le même pays, la même année, deux réalités opposées.
IPC, IPCH, inflation sous-jacente : trois chiffres, trois usages
Trois taux circulent en même temps et ils ne mesurent pas la même chose. Les confondre fausse tout raisonnement sur le pouvoir d'achat.
- L'IPC à +1,8 % (indice des prix à la consommation) : la mesure officielle de l'inflation en France, tous postes compris. C'est celle qui sert de référence pour parler du coût de la vie, et le point de comparaison de ton calcul personnel.
- L'IPCH à +2,0 % (indice harmonisé) : la même inflation recalculée selon des règles européennes communes, pour comparer les pays de la zone euro. L'écart de 0,26 point avec l'IPC en juin 2026 vient à 0,24 point des seules différences de pondération entre les deux paniers. Voilà, en un chiffre, la démonstration que changer les poids change le résultat.
- L'inflation sous-jacente à +1,0 % : un indice qui écarte l'énergie, les produits à prix volatils et les tarifs réglementés, et corrige des mesures fiscales, pour dégager la tendance de fond. Elle est basse précisément parce qu'elle exclut l'énergie, le poste qui explose cette année.
Retiens la conséquence pratique : citer l'inflation sous-jacente pour décrire ce que tu subis à la pompe n'a aucun sens. C'est l'indice qui a été construit pour ne pas la voir.
La méthode en 3 étapes
Il te faut tes relevés bancaires des 12 derniers mois et 20 minutes.
Étape 1 : répartis ton budget annuel par poste.
Classe tes dépenses de l'année dans les catégories du tableau ci-dessus, puis calcule le pourcentage de chacune sur ton total. Un loyer de 15 000 € sur 36 000 € de dépenses annuelles pèse 42 %. Vérifie que la somme de tes pourcentages fait bien 100 % avant de continuer : c'est la seule erreur qui fausse tout le reste.
Étape 2 : associe à chaque poste son taux 2026.
Reprends la colonne de droite du tableau. Pour l'énergie, descends au détail : utilise +23,2 % si tu roules au diesel, +14,4 % à l'essence, +10,4 % si tu te chauffes au gaz, -0,7 % si tu es tout électrique. La moyenne énergie à +11,0 % ne convient qu'à un ménage qui cumule les trois.
Étape 3 : multiplie, puis additionne.
Pour chaque poste, multiplie ton pourcentage par le taux, puis fais la somme. Exemple pour une locataire en ville, sans voiture :
- Loyer, eau et ordures : 42 % x +2,0 % = +0,84
- Alimentation : 16 % x +0,9 % = +0,14
- Transports en commun : 8 % x +0,6 % = +0,05
- Électricité : 7 % x -0,7 % = -0,05
- Autres services : 17 % x +2,1 % = +0,36
- Achats manufacturés : 10 % x -1,1 % = -0,11
Total des poids : 100 %. Total de la colonne de droite : +1,2 % d'inflation personnelle, contre +1,8 % pour l'IPC. Cette personne subit 0,6 point de moins que la moyenne nationale.
Deux profils, 2,3 points d'écart
Les mêmes taux appliqués à deux budgets réels donnent deux résultats qui n'ont presque rien à voir.
Profil A - Sophie, 28 ans, locataire à Paris, sans voiture
- Loyer, eau et ordures : 45 % x +2,0 % = +0,90
- Alimentation : 18 % x +0,9 % = +0,16
- Transports en commun : 4 % x +0,6 % = +0,02
- Électricité : 3 % x -0,7 % = -0,02
- Santé : 4 % x +0,4 % = +0,02
- Autres services : 8 % x +2,1 % = +0,17
- Achats manufacturés : 18 % x -1,1 % = -0,20
- Inflation personnelle : +1,1 %
Sophie subit 0,7 point de moins que l'IPC. Son loyer monte, mais elle échappe entièrement à la flambée des carburants et profite de la baisse des produits manufacturés.
Profil B - Jean-Pierre, 55 ans, propriétaire à Limoges, voiture diesel, chauffage au gaz
- Taxe foncière, eau et ordures : 20 % x +2,0 % = +0,40
- Alimentation : 22 % x +0,9 % = +0,20
- Gazole : 9 % x +23,2 % = +2,09
- Gaz : 6 % x +10,4 % = +0,62
- Santé : 10 % x +0,4 % = +0,04
- Autres services : 12 % x +2,1 % = +0,25
- Achats manufacturés : 21 % x -1,1 % = -0,23
- Inflation personnelle : +3,4 %
Jean-Pierre subit 1,6 point de plus que l'IPC, et 2,3 points de plus que Sophie. Une seule ligne explique l'essentiel : le gazole, qui pèse 9 % de son budget et monte de 23,2 %, lui coûte à lui seul plus de 2 points d'inflation.
En 2026, c'est ton trajet domicile-travail qui décide
Pour un salarié, le poste qui creuse l'écart cette année n'est ni le logement ni les courses. C'est la distance parcourue pour aller travailler.
Prends deux salariés au même salaire. Le premier fait 30 000 km par an en diesel : le carburant pèse environ 10 % de son budget, ce qui lui ajoute 2,3 points d'inflation sur cette seule ligne. Le second va au travail à pied ou en vélo : le carburant pèse 1 % de son budget, soit 0,2 point. Écart entre les deux, à salaire identique : plus de 2 points de pouvoir d'achat par an.
C'est la raison pour laquelle un salarié logé loin de son emploi, dans un poste non télétravaillable, perd du pouvoir d'achat en 2026 même avec une augmentation alignée sur l'inflation officielle. Le chiffre national ne voit pas sa situation, il la moyenne avec celle de Sophie.
Transformer ton chiffre en argument de négociation
Une fois ton taux calculé, il devient un argument chiffré et vérifiable, pas une plainte.
Argument 1 : l'augmentation proposée se compare à TON taux, pas à l'IPC. Si ton inflation personnelle est de +3,4 % et qu'on te propose +1,8 %, tu perds 1,6 point de pouvoir d'achat malgré une augmentation qui, sur le papier, « suit l'inflation ». Poser ce calcul déplace la discussion du ressenti vers l'arithmétique. Le guide de négociation salariale détaille comment amener ce chiffre au bon moment de l'entretien.
Argument 2 : le surcoût de déplacement est documentable. Kilomètres annuels, consommation, prix au litre : trois chiffres que ton employeur peut vérifier, et une hausse du gazole de 23,2 % sur douze mois qui vient d'une source publique. C'est l'argument le plus difficile à contester.
Argument 3 : la tension immobilière locale se mesure. Si tu vis dans une zone où le logement absorbe plus de 40 % de ton budget, dis-le avec le pourcentage. Les employeurs de ces zones savent déjà que recruter y coûte plus cher. Nos salaires par région te donnent le point de comparaison.
Dernière étape avant l'entretien : convertis ta demande en net. Une augmentation brute ne dit rien de ce qui arrive sur ton compte. Le simulateur brut-net te donne le gain net exact d'une augmentation donnée, et donc le pourcentage réel à demander pour couvrir ton inflation personnelle.
Ton ressenti est-il fiable ?
Deux mécanismes déforment la perception des prix, dans les deux sens. On remarque davantage les hausses que les baisses, et on remarque davantage les produits achetés souvent (carburant, courses) que les postes stables payés une fois par an (assurance, abonnements). Un budget peut donc paraître exploser alors qu'il est stable.
Mais l'inverse existe aussi, et c'est le cas de figure de 2026 : les postes les plus visibles au quotidien sont précisément ceux qui montent le plus fort. Quand tu vois le gazole à +23,2 %, tu ne te trompes pas, et t'entendre répondre que « l'inflation n'est qu'à 1,8 % » est statistiquement exact et personnellement faux.
L'INSEE le reconnaît lui-même en publiant des indices par catégorie de ménage. En juin 2026, hors tabac, l'indice d'ensemble progresse de +1,7 %, celui des ménages urbains dont la personne de référence est ouvrier ou employé de +1,8 %, celui des ménages les plus modestes (premier quintile de niveau de vie) de +1,9 %. Ces écarts restent faibles parce que chaque catégorie garde un panier moyen ; à l'échelle d'un budget individuel, on l'a vu, l'écart atteint 2,3 points.
Pour aller plus vite que le calcul manuel, l'INSEE met à disposition un simulateur d'indice des prix personnalisé qui permet de saisir ton propre panier. Et pour replacer ton inflation dans l'ensemble de ton budget, notre analyse du pouvoir d'achat des salaires en 2026 croise ces taux avec l'évolution des rémunérations.
Questions fréquentes
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Calcule en net l'augmentation qu'il te faut pour couvrir ton inflation personnelle.