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Le Bulletin·1 mai 2026·8 min

1er mai 2026 : pourquoi tu es payé double (et les exceptions)

En bref

Le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé et payé en France (article L3133-4 du Code du travail), sans condition d'ancienneté. Si tu travailles ce jour-là, tu as droit à une indemnité égale à ton salaire du jour : ta journée est payée double, soit +100 % (article L3133-6). Seuls les établissements dont l'activité ne peut pas être interrompue peuvent te le demander, et le doublement reste dû. Les 10 autres jours fériés n'ouvrent droit à aucune majoration légale.

Le statut unique du 1er mai

Contrairement aux 10 autres jours fériés légaux en France, le 1er mai bénéficie d'un régime juridique spécifique et protecteur prévu à l'article L3133-4 du Code du travail : il est le seul jour férié obligatoirement chômé pour tous les salariés, sans distinction d'ancienneté ni de statut.

Un mot de vocabulaire, parce qu'il porte toute la règle. Un jour férié chômé est un jour légalement férié que tu ne travailles pas. Férié ne veut donc pas dire non travaillé : les 10 autres jours fériés sont fériés sans être obligatoirement chômés. Le 1er mai est le seul pour lequel le Code du travail impose lui-même le chômage.

Ce statut remonte à la loi du 29 avril 1948, qui a rendu définitif le caractère chômé et payé de la journée, dans le prolongement de la tradition de la Fête du Travail issue des manifestations ouvrières du 1er mai 1886 à Chicago puis de 1891 à Fourmies en France.

Concrètement, trois règles s'appliquent :

  • Ton employeur ne peut pas te faire travailler le 1er mai, sauf si l'activité de l'entreprise ne peut pas être interrompue
  • Tu perçois ton salaire habituel sans aucune déduction, même si tu ne travailles pas
  • En cas de travail, tu perçois le doublement de ton salaire journalier

Aucune condition d'ancienneté n'est requise. Un salarié embauché la veille bénéficie des mêmes droits qu'un salarié avec 20 ans d'ancienneté. C'est une différence nette avec les autres jours fériés : pour eux, le maintien intégral du salaire suppose au moins 3 mois d'ancienneté dans l'entreprise (article L3133-3). Le 8 mai illustre exactement ce contraste, et le panorama des jours fériés de mai 2026 reprend chaque cas un par un.

Le calcul du doublement : +100 %, pas +50 %

Si tu travailles le 1er mai, la règle est posée par l'article L3133-6 : tu perçois ton salaire journalier habituel, plus une indemnité égale à ce salaire. La majoration est donc de +100 %, pas de +50 %. Ta journée est payée deux fois.

Deux mots à distinguer sur ta fiche de paie. L'indemnité est la somme versée en plus du salaire de la journée travaillée : elle est à la charge de l'employeur, ce n'est ni une prime discrétionnaire ni un geste commercial. La majoration légale désigne le fait que cette indemnité soit imposée par la loi elle-même, et non par ta convention collective. Le 1er mai est le seul jour férié à bénéficier d'une majoration légale.

Exemple : ton salaire mensuel brut est de 2 500 € pour un temps plein mensualisé à 151,67 heures, soit 115,37 € par jour travaillé (2 500 divisé par 21,67 jours, la moyenne mensuelle retenue en paie). Si tu travailles le 1er mai, ta paie du mois doit inclure :

  • Ton salaire habituel : 2 500 €
  • Indemnité de doublement : 115,37 €
  • Total du mois : 2 615,37 € brut

L'indemnité est considérée comme un salaire : elle est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. Elle apparaît sur une ligne distincte de la fiche de paie, généralement intitulée "Majoration 1er mai" ou "Indemnité jour férié travaillé".

Attention : cette indemnité se cumule avec les majorations d'heures supplémentaires si tu dépasses 35 heures cette semaine-là. Un salarié qui fait 8 heures le 1er mai après 32 heures sur le reste de la semaine atteint 40 heures : il touche le doublement du 1er mai, plus la majoration de 25 % sur les 5 heures supplémentaires, celles situées au-delà de 35 heures.

Qui peut vraiment te faire travailler le 1er mai

C'est le point le plus mal compris, et le plus instable juridiquement. Le Code du travail ne publie aucune liste de secteurs autorisés. L'article L3133-6 pose un critère unique : les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent pas interrompre le travail. Rien d'autre.

Deux exemples ne font pas débat, et ce sont ceux que retient l'administration : les hôpitaux et les transports publics. Au-delà, l'appréciation se fait au cas par cas, position constante du ministère du Travail. Sont en pratique concernés les établissements de santé et le médico-social, les transports, la sécurité et les secours, la production en continu (sidérurgie, chimie, centrales électriques, raffineries), l'hôtellerie-restauration et les médias d'information. Les pompes funèbres relèvent de la même logique de continuité de service.

Attention à un raccourci très répandu : pouvoir ouvrir le dimanche ne donne pas le droit de faire travailler des salariés le 1er mai. La Cour de cassation l'a jugé en 2006, et c'est la source de la majorité des litiges actuels.

Dans tous les cas, l'employeur autorisé à faire travailler doit verser l'indemnité de doublement. Aucun secteur ne peut y déroger. Et le commerce sans salarié, tenu par le gérant seul, n'a jamais été concerné par l'interdiction : elle ne vise que le travail salarié.

Boulangeries et fleuristes : ce qui a changé en 2026

Les commerces de bouche vivent depuis des années dans une zone grise. Une position ministérielle ancienne, confirmée en 1986, tolérait l'ouverture des boulangeries avec des salariés ; la jurisprudence de 2006 l'a fragilisée. Résultat : en 2023, 2024 et 2025, des commerçants de proximité ont été contrôlés et verbalisés par l'inspection du travail, certains relaxés ensuite par la justice.

Deux mouvements ont eu lieu au printemps 2026 :

  • Le 10 avril 2026, l'Assemblée nationale a rejeté en première lecture la proposition de loi sénatoriale qui devait sécuriser l'ouverture des commerces de bouche et des fleuristes, adoptée par le Sénat le 3 juillet 2025.
  • Le 17 avril 2026, le Premier ministre a annoncé un projet de loi gouvernemental limité aux boulangeries-pâtisseries artisanales et aux fleuristes artisanaux, et une instruction aux services de l'État pour ne pas sanctionner ces ouvertures dès le 1er mai 2026.

Pour toi, salarié, deux points sont clairs dans le dispositif annoncé : le travail ce jour-là repose sur le volontariat, formalisé par écrit, et la rémunération reste doublée. L'entrée en vigueur du texte, après adoption par le Parlement, est envisagée pour le 1er mai 2027. En attendant, rien n'est acquis : une instruction administrative n'est pas une loi, et ton refus de travailler reste un droit qui ne peut fonder ni sanction ni licenciement.

Si tu ne travailles pas : ton salaire est maintenu

Pour les salariés mensualisés, c'est-à-dire l'écrasante majorité, l'absence de travail le 1er mai ne donne lieu à aucune retenue sur salaire. Ton salaire mensuel est versé intégralement, exactement comme pour un jour travaillé normal.

Cas particulier : les salariés payés à l'heure, à la journée, au rendement ou intérimaires en mission courte doivent aussi percevoir leur rémunération. L'article L3133-5 pose que le chômage du 1er mai ne peut pas être une cause de réduction de salaire, et ouvre droit à une indemnité égale au salaire perdu, à la charge de l'employeur. Là encore, sans condition d'ancienneté.

Attention : si le 1er mai tombe un dimanche ou un samedi non travaillé dans ton entreprise, tu n'as droit à aucune compensation particulière, ni jour de récupération. En 2026, il tombait un vendredi, jour habituellement travaillé pour la majorité des salariés : impact maximal. En 2027, il tombera un samedi.

Les 10 autres jours fériés : un régime différent

Contrairement au 1er mai, les 10 autres jours fériés légaux ne sont pas obligatoirement chômés. Chaque employeur décide, dans le cadre de sa convention collective ou d'un accord, s'il ferme l'entreprise ou si les salariés travaillent. Et lorsqu'ils sont chômés, le maintien intégral du salaire suppose 3 mois d'ancienneté (article L3133-3), condition qui n'existe pas pour le 1er mai.

Les jours fériés légaux en France :

  • 1er janvier (Jour de l'An)
  • Lundi de Pâques
  • 1er mai (Fête du Travail) - seul à être obligatoirement chômé
  • 8 mai (Victoire 1945)
  • Jeudi de l'Ascension
  • Lundi de Pentecôte
  • 14 juillet (Fête nationale)
  • 15 août (Assomption)
  • 1er novembre (Toussaint)
  • 11 novembre (Armistice 1918)
  • 25 décembre (Noël)

En 2026, six jours fériés tombent en semaine après le 1er mai : vendredi 8 mai, jeudi 14 mai (Ascension), lundi 25 mai (Pentecôte), mardi 14 juillet, mercredi 11 novembre et vendredi 25 décembre. Le 15 août tombe un samedi et le 1er novembre un dimanche. Une année plutôt favorable pour les salariés à temps plein, avec plusieurs ponts possibles.

Les majorations pour les autres jours fériés

Si tu travailles un jour férié autre que le 1er mai, le Code du travail ne prévoit aucune majoration légale. Le salaire est versé normalement, comme pour un jour travaillé ordinaire.

Les majorations viennent alors :

  • De la convention collective applicable dans ton entreprise (certaines prévoient +25 %, +50 %, voire +100 %)
  • D'un accord d'entreprise spécifique
  • Du contrat de travail individuel

Exemples : la convention HCR (hôtellerie-restauration) prévoit une majoration de +50 % pour les jours fériés travaillés après 1 an d'ancienneté. La convention Syntec prévoit une indemnité spéciale pour les jours fériés travaillés. La convention Métallurgie a ses propres règles selon la branche et l'ancienneté.

Vérifie ta convention collective sur Légifrance via ton numéro IDCC. En l'absence de clause spécifique, tu peux travailler un 8 mai ou un 14 juillet sans aucune sur-rémunération : c'est parfaitement légal, et c'est précisément ce qui distingue ces journées du 1er mai.

Que faire si ton employeur ne respecte pas la règle

Deux situations fréquentes où tu peux réagir.

Situation 1 : ton employeur te fait travailler le 1er mai alors que l'activité de l'entreprise peut être interrompue. C'est une infraction sanctionnée par l'article R3135-3 du Code du travail : une amende de contravention de 4e classe, soit 750 € au plus par salarié concerné (3 750 € pour une personne morale), appliquée autant de fois qu'il y a de salariés indûment employés. Tu peux refuser de travailler sans risque de sanction, et signaler la situation à l'inspection du travail.

Situation 2 : ton employeur te paie normalement le 1er mai travaillé, sans le doublement. Réclame par écrit la régularisation en citant l'article L3133-6. Conserve tes bulletins de paie. Si l'employeur refuse, saisis l'inspection du travail puis le conseil de prud'hommes. Le délai de prescription pour réclamer un rappel de salaire est de 3 ans.

Les règles complètes figurent sur la fiche Jours fériés et ponts dans le secteur privé de service-public.fr, et le cas de l'employeur est traité dans L'employeur peut-il faire travailler ses salariés le 1er mai ?.

Pour calculer précisément ce que tu devrais toucher avec le doublement ou les majorations conventionnelles, le simulateur brut-net permet d'intégrer les heures supplémentaires. Pour comprendre la structure complète de ton bulletin, le guide dédié décrit chaque ligne.

Questions fréquentes

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