En bref
Le statut unique du 1er mai
Contrairement aux 10 autres jours fériés légaux en France, le 1er mai bénéficie d'un régime juridique spécifique et protecteur prévu à l'article L3133-4 du Code du travail : il est le seul jour férié obligatoirement chômé pour tous les salariés, sans distinction d'ancienneté ni de statut.
Ce statut remonte à la loi du 29 avril 1948, qui a officialisé la tradition de la Fête du Travail issue des manifestations ouvrières du 1er mai 1886 à Chicago puis de 1891 à Fourmies en France.
Concrètement, trois règles s'appliquent :
- Ton employeur ne peut pas te faire travailler le 1er mai dans les entreprises "normales"
- Tu perçois ton salaire habituel sans aucune déduction, même si tu ne travailles pas
- En cas de travail (secteurs dérogatoires), tu perçois le doublement de ton salaire journalier
Aucune condition d'ancienneté n'est requise. Un salarié embauché le 30 avril 2026 bénéficie des mêmes droits qu'un salarié avec 20 ans d'ancienneté.
Le calcul du doublement
Si tu travailles le 1er mai 2026 (cette année un vendredi), la règle est simple : tu perçois ton salaire journalier habituel, plus une indemnité égale à ce salaire. Autrement dit, tu es payé deux fois ton salaire journalier pour cette journée.
Exemple : ton salaire mensuel brut est de 2 500 €, soit environ 113,64 € par jour ouvrable (2 500 / 22 jours). Si tu travailles le 1er mai, ta paie du mois doit inclure :
- Ton salaire habituel : 2 500 €
- Indemnité de doublement : 113,64 €
- Total du mois : 2 613,64 € brut
L'indemnité est considérée comme un salaire : elle est soumise aux cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu. Elle apparaît sur une ligne distincte de la fiche de paie, généralement intitulée "Majoration 1er mai" ou "Indemnité jour férié chômé".
Attention : cette majoration se cumule avec les majorations d'heures supplémentaires si tu travailles au-delà de 35h cette semaine-là. Pour un salarié qui fait 8 heures le 1er mai avec déjà 32 heures sur la semaine, il y a doublement du 1er mai + majoration 25 % sur les 8 heures supplémentaires.
Les secteurs qui peuvent imposer le travail
L'article L3133-6 du Code du travail prévoit des dérogations pour les établissements dont l'activité ne peut être interrompue. Concrètement :
- Santé et social : hôpitaux, cliniques, EHPAD, laboratoires d'analyses, services d'urgence
- Transports : SNCF, RATP, aviation civile, transport routier, taxis
- Hôtellerie-restauration : hôtels, restaurants, bars, cafés (peuvent ouvrir si convention le permet)
- Sécurité : police, gendarmerie, pompiers, sécurité privée, surveillance
- Production continue : sidérurgie, chimie, centrales électriques, raffineries
- Médias et communication : presse, télévision, radio, services d'information
- Commerces alimentaires : boulangeries, supérettes, pompes funèbres
Dans ces secteurs, l'employeur peut imposer le travail le 1er mai, mais il doit impérativement verser l'indemnité de doublement. Aucun secteur ne peut déroger à cette majoration.
Les autres commerces (fleuristes, magasins non alimentaires, services) ne peuvent pas ouvrir le 1er mai si cela implique de faire travailler des salariés. Le commerce sans salariés (gérant seul, commerçant indépendant) est en revanche autorisé.
Si tu ne travailles pas : ton salaire est maintenu
Pour les salariés mensualisés (l'écrasante majorité), l'absence de travail le 1er mai ne donne lieu à aucune retenue sur salaire. Ton salaire mensuel est versé intégralement, exactement comme pour un jour travaillé normal.
Cas particulier : les salariés payés à l'heure ou intérimaires en mission courte doivent aussi percevoir leur salaire pour le 1er mai. L'article L3133-5 précise que le chômage du 1er mai "ne peut être une cause de réduction de salaire". Cette protection s'applique même pour les contrats horaires.
Attention : si le 1er mai tombe un dimanche ou un samedi non travaillé dans ton entreprise, tu n'as droit à aucune compensation particulière. C'est jour férié et non travaillé, comme pour le reste de la semaine. En 2026, le 1er mai est un vendredi - jour habituellement travaillé pour la majorité des salariés, donc l'impact est maximal.
Les 10 autres jours fériés : un régime différent
Contrairement au 1er mai, les 10 autres jours fériés légaux ne sont pas obligatoirement chômés. Chaque employeur décide, en accord avec sa convention collective, s'il ferme l'entreprise ou si les salariés doivent travailler.
Les jours fériés légaux en France (au 1er janvier 2026) :
- 1er janvier (Jour de l'An)
- Lundi de Pâques
- 1er mai (Fête du Travail) - seul à être obligatoirement chômé
- 8 mai (Victoire 1945)
- Jeudi de l'Ascension
- Lundi de Pentecôte
- 14 juillet (Fête nationale)
- 15 août (Assomption)
- 1er novembre (Toussaint)
- 11 novembre (Armistice 1918)
- 25 décembre (Noël)
En 2026, six jours fériés tombent en semaine après le 1er mai : vendredi 8 mai, jeudi 14 mai (Ascension), lundi 25 mai (Pentecôte), mardi 14 juillet, mercredi 11 novembre et vendredi 25 décembre. Le 15 août tombe un samedi et le 1er novembre un dimanche. Une année plutôt favorable pour les salariés à temps plein, avec plusieurs "ponts" possibles.
Les majorations pour les autres jours fériés
Si tu travailles un jour férié autre que le 1er mai, le Code du travail ne prévoit aucune majoration légale par défaut. Le salaire est versé normalement pour un jour travaillé.
Les majorations viennent alors :
- De la convention collective applicable dans ton entreprise (certaines prévoient +25 %, +50 %, voire +100 %)
- D'un accord d'entreprise spécifique
- Du contrat de travail individuel
Exemples : la convention HCR (hôtellerie-restauration) prévoit une majoration de +50 % pour les jours fériés travaillés après 1 an d'ancienneté. La convention Syntec (informatique, ingénierie) prévoit une indemnité spéciale pour les jours fériés travaillés. La convention Métallurgie a des règles propres selon la branche et l'ancienneté.
Vérifie ta convention collective sur Légifrance via ton numéro IDCC. L'absence de majoration légale signifie que l'absence de prévision conventionnelle t'expose à travailler un jour férié sans sur-rémunération.
Que faire si ton employeur ne respecte pas la règle
Deux situations fréquentes où tu peux réagir.
Situation 1 : ton employeur te fait travailler le 1er mai alors que ton secteur n'est pas dérogatoire. C'est une infraction au Code du travail passible d'une amende de 4e classe (750 € par salarié concerné). Tu peux refuser de travailler sans risque de sanction, et signaler la situation à l'inspection du travail.
Situation 2 : ton employeur te paie normalement le 1er mai travaillé, sans le doublement. Réclame par écrit la régularisation en citant l'article L3133-6. Conserve tes bulletins. Si l'employeur refuse, saisis l'inspection du travail puis le conseil de prud'hommes. Le délai de prescription pour réclamer un rappel de salaire est de 3 ans.
Pour calculer précisément ce que tu devrais toucher avec le doublement ou les majorations, le simulateur brut-net permet d'intégrer les heures supplémentaires et majorations. Pour comprendre la structure complète de ton bulletin, le guide dédié décrit chaque ligne.
Questions fréquentes
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