En bref
Les trois statuts freelance en 2026 : ce qui les distingue
Avant de comparer les chiffres, il faut comprendre ce que chaque statut implique réellement. Le portage salarial te fait juridiquement salarié d'une société de portage : tu signes un contrat de travail, tu cotises comme un salarié cadre, et la société facture ton client à ta place. Tu gardes toute l'autonomie commerciale mais tu perds la liberté fiscale. L'arrêté du 28 avril 2017 fixe un TJM minimum légal de 300 € HT pour exercer en portage.
La micro-entreprise (BIC service ou BNC) est la forme la plus simple : un régime fiscal et social ultra-allégé, avec un taux de charges URSSAF forfaitaire de 21,1 % pour les BNC (activité libérale) et 21,2 % pour les BIC service, auquel s'ajoute 0,2 % de CFP. Tu restes dans ce régime tant que ton chiffre d'affaires ne dépasse pas 77 700 € pour les BIC service et prestations BNC (plafond 2024 reconduit pour 2026).
L'EURL à l'IS (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée avec impôt sur les sociétés) est le statut le plus flexible mais le plus complexe. Tu es gérant majoritaire, tu te verses un salaire qui est déductible du bénéfice, et tu peux ensuite distribuer des dividendes. L'impôt sur les sociétés est de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà. Pour comprendre les différences de fond, consulte le guide freelance vs salarié.
Comparatif chiffré pour un TJM de 500 €/jour
Prenons un cas concret : 500 € HT par jour, 220 jours facturés dans l'année (soit environ 18 jours par mois, avec 5 semaines de congés non facturés), ce qui donne 110 000 € de chiffre d'affaires annuel. Voici le net estimé dans les trois statuts, célibataire sans enfant, une part fiscale.
| Statut | CA HT | Charges / frais | Revenu imposable | Impôt (tranche 30 %) | Net annuel |
|---|---|---|---|---|---|
| Portage salarial (frais 10 %) | 110 000 € | Frais gestion 11 000 € + cotisations salariées et patronales (environ 35 000 €) | Environ 55 000 € | Environ 2 500 € | 52 500 € |
| Micro-entreprise BIC service | 77 700 € (plafonné) | Charges URSSAF 21,2 % (16 472 €) + CFP 155 € | Environ 38 850 € (abattement 50 %) | Environ 3 400 € | 57 700 € |
| EURL IS (salaire 35 000 € + dividendes) | 110 000 € | Cotisations TNS environ 14 000 € + IS 8 200 € + PFU 30 % | Salaire imposable 35 000 € + abattement 40 % sur dividendes | Environ 5 200 € | 62 500 € |
L'écart net entre portage (52 500 €) et EURL optimisée (62 500 €) est de 10 000 € par an pour exactement le même travail. Sur 10 ans de carrière, cela représente 100 000 €. La micro-entreprise est bloquée par son plafond : au-delà de 77 700 € de CA, tu bascules automatiquement en régime réel et tu perds le bénéfice du forfait.
Portage salarial : le confort au prix fort
En portage, la société prélève des frais de gestion de 8 à 12 % du chiffre d'affaires HT (médiane du marché : 10 %). Sur 110 000 € de CA, ce sont 11 000 € directement déduits. Le solde sert à payer les cotisations sociales patronales et salariales (tu paies les deux, en tant qu'auto-employeur via la société).
Le taux global de cotisations atteint environ 45 % du salaire brut en portage, soit le même niveau qu'un cadre classique. Pour 100 000 € restants après frais de gestion, environ 55 000 € se transforment en brut salarial, et environ 42 000 € deviennent du net avant impôt. Après barème progressif de l'impôt sur le revenu, le net disponible tourne autour de 50 000 à 54 000 €.
Ce que tu paies cher, tu le récupères en protection : assurance chômage (ouverture de droits après 6 mois cotisés), retraite régime général + Agirc-Arrco, mutuelle d'entreprise, prévoyance, indemnités journalières maladie. Si tu perds un client, tu touches l'allocation chômage comme un salarié classique. Pour un profil qui change souvent de mission ou qui veut sécuriser un passage du CDD vers l'indépendance, ce filet de sécurité a une vraie valeur.
Micro-entreprise : simple mais plafonnée
La micro-entreprise reste la forme la plus rentable sous le plafond de 77 700 € de chiffre d'affaires annuel (BIC service et prestations BNC, 2024 reconduit). Au-delà, tu dois basculer en régime réel, ce qui change radicalement le calcul.
Pour un BIC service à 77 700 € de CA, les charges URSSAF représentent environ 16 472 € (21,2 %) auxquels s'ajoutent 155 € de CFP et 0,2 % de taxe pour frais de chambre. L'administration fiscale applique ensuite un abattement forfaitaire de 50 % sur le CA pour déterminer ton revenu imposable (34 % pour les BIC vente, 66 % pour les BNC). Donc sur 77 700 € de CA, seuls 38 850 € rentrent dans ton revenu imposable, d'où un impôt limité dans la tranche à 30 %.
Le piège : ce régime suppose que tu as effectivement des frais professionnels inférieurs à 50 % de ton CA. Si tes vrais frais (matériel, locaux, sous-traitance) dépassent ce seuil, tu perds de l'argent face au réel. Autre limite : pas de déduction de la TVA, donc si tu achètes beaucoup de matériel, tu paies la TVA à fonds perdus une fois le seuil de franchise de TVA dépassé (36 800 € pour les BIC service, 44 500 € avec tolérance).
La protection sociale en micro est minimale : pas d'assurance chômage, retraite faible (tu cotises sur une base réduite), pas d'indemnités maladie pendant les trois premiers mois de maladie pour les artisans-commerçants. Pour un profil qui veut sécuriser un revenu, c'est le statut le plus fragile.
EURL à l'IS : l'optimisation par l'arbitrage salaire-dividendes
L'EURL à l'IS est le statut qui permet le plus d'optimisation, au prix d'une comptabilité plus lourde (bilan annuel, liasse fiscale, expert-comptable quasi obligatoire). Tu es gérant majoritaire TNS (travailleur non salarié), donc tu cotises au régime SSI (ex-RSI) sur ton salaire.
L'idée de base : minimiser le salaire pour réduire les cotisations TNS (environ 40 % du salaire net), et compléter par des dividendes après IS, taxés au PFU de 30 % (12,8 % d'IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). Mais la LFI 2013 a soumis les dividendes dépassant 10 % du capital social aux cotisations TNS, ce qui limite l'intérêt d'une stratégie uniquement dividendes.
Exemple chiffré. Sur 110 000 € de CA, en comptant 2 000 € de frais professionnels, le bénéfice avant rémunération est de 108 000 €. Tu te verses un salaire brut de 50 000 € qui, après cotisations TNS (environ 14 000 €), donne 36 000 € de net imposable. Le bénéfice après salaire est de 58 000 €, dont IS à 15 % jusqu'à 42 500 € (6 375 €) et 25 % sur les 15 500 € restants (3 875 €), soit 10 250 € d'IS total. Tu distribues les 47 750 € restants en dividendes, taxés à 30 % (14 325 €). Total impôts et cotisations : environ 38 575 €. Net final : environ 67 000 € si ta tranche marginale sur les dividendes est inférieure au PFU, sinon moins.
Cette optimisation ne fonctionne pleinement que si tu as un besoin de revenu stable modéré et que tu peux laisser une partie du bénéfice en réserve pour piloter la distribution sur plusieurs années. Pour affiner l'arbitrage, utilise le simulateur brut-net sur la partie salaire.
Comparatif pour trois niveaux de TJM
Le bon statut dépend aussi de ton TJM. Voici les nets annuels estimés pour 220 jours facturés à trois niveaux typiques de TJM en 2026.
| TJM / CA | Portage (10 % frais) | Micro-entreprise BIC service | EURL IS optimisée |
|---|---|---|---|
| 300 €/jour - 66 000 € CA | Environ 30 000 à 33 000 € | Environ 42 000 à 44 000 € | Environ 38 000 à 42 000 € |
| 500 €/jour - 110 000 € CA | Environ 50 000 à 54 000 € | Environ 57 000 € (plafonné à 77 700 CA) | Environ 62 000 à 68 000 € |
| 800 €/jour - 176 000 € CA | Environ 82 000 à 88 000 € | Hors plafond - bascule régime réel | Environ 100 000 à 110 000 € |
Deux constats. En bas de l'échelle (300 €/jour), la micro-entreprise l'emporte largement : simplicité, charges contenues, rentabilité nette supérieure. En haut de l'échelle (800 €/jour), l'EURL à l'IS devient imbattable : tu peux dégager 20 000 à 30 000 € de plus par an qu'en portage pour le même TJM, à condition d'accepter la gestion comptable. Le portage reste intéressant en milieu de gamme (500 à 700 €/jour) si tu valorises la sécurité sociale.
Protection sociale : ce que chaque statut te donne vraiment
La comparaison du net ne raconte pas toute l'histoire. Voici ce que tu obtiens en contrepartie des cotisations dans chaque statut.
- Portage salarial : assurance chômage complète (ouverture de droits après 88 jours travaillés ou 610 heures sur 28 mois pour les moins de 53 ans), retraite régime général + Agirc-Arrco (points cadres), mutuelle obligatoire, prévoyance, indemnités journalières dès le 4e jour d'arrêt maladie, congé maternité complet, congés payés (généralement intégrés dans le calcul de rémunération).
- Micro-entreprise : pas d'assurance chômage (sauf ATI, l'allocation travailleur indépendant, sous conditions strictes de liquidation judiciaire), retraite SSI avec cotisations faibles (donc pension faible), indemnités journalières plafonnées et soumises à un délai de carence de 3 jours, pas de congés payés obligatoires, pas de mutuelle obligatoire.
- EURL IS (gérant TNS) : même régime que la micro sur la sécurité sociale (SSI, pas d'assurance chômage sauf ATI), mais cotisations plus élevées donc retraite meilleure et indemnités journalières plus correctes. Tu peux souscrire une assurance privée loi Madelin pour combler les trous.
Si tu penses connaître une période de creux d'activité ou si tu as des enfants en bas âge, la protection du portage vaut largement l'écart de 8 000 à 12 000 € par an vs EURL. Pour simuler précisément ton cas, compare avec le comparateur salaire par statut.
Quel choix selon ton profil
Il n'y a pas de statut universellement meilleur. Voici les critères qui doivent orienter ta décision.
Débutant ou premier client (TJM 300 à 450 €/jour) : la micro-entreprise reste la meilleure option. Création en 48 h, pas de comptable, charges raisonnables, et tu peux basculer plus tard si ton activité décolle. Attention au plafond qui arrive vite si tu factures un gros client à temps plein.
Plus de détails dans le calcul du TJM freelance.
Freelance expérimenté entre 500 et 700 €/jour : le choix dépend de ta situation familiale et de ton besoin de sécurité. Si tu as des enfants, un prêt immobilier en cours, ou si tu alternes missions et périodes sans contrat, le portage est une vraie police d'assurance. Si tu es jeune, sans charges, confiant dans ton carnet de commandes, l'EURL maximise ton revenu disponible.
Freelance confirmé au-dessus de 700 €/jour : l'EURL à l'IS devient le bon choix. L'écart avec le portage atteint 20 000 à 30 000 € par an, et la complexité comptable est largement compensée par le gain. Prévois 1 500 à 2 500 € par an de frais d'expert-comptable.
Activité à fort CA ponctuel (plus de 200 000 €/an) : passe directement en SASU à l'IS. Statut proche de l'EURL mais le dirigeant est assimilé salarié (régime général, pas de SSI) donc pas d'assurance chômage mais cotisations transparentes. À arbitrer avec un expert-comptable qui chiffre ton cas précis.