En bref
Le profil étudié et les chiffres de référence 2026
Le cas étudié : un gardien de la paix titulaire, à l'échelon 3 de la grille, soit environ cinq ans de carrière depuis l'entrée en école, affecté en sécurité publique en province, hors secteur difficile, avec deux enfants à charge et un service de nuit régulier. Ce profil correspond au gros de l'effectif de terrain : celui qui n'a ni indemnité de résidence, ni prime d'affectation parisienne, ni indemnité de fidélisation.
Les valeurs de référence retenues : point d'indice de la fonction publique gelé à 4,92278 € brut par mois depuis juillet 2023, indice majoré 381 à l'échelon 3 de la grille du grade gardien de la paix au 1er janvier 2026, ISSP à 28,5 % du traitement indiciaire brut, allocation de maîtrise à 319,58 € et contribution pension civile à 11,10 % sur la part traitement + ISSP.
Trois termes à poser d'emblée, parce que rien de la suite ne se lit sans eux. L'indice majoré est le nombre de points attaché à un échelon : multiplié par la valeur mensuelle du point, il donne le traitement de base. L'ISSP, indemnité de sujétions spéciales de police, est la prime propre au métier de policier. La pension civile est la cotisation retraite des fonctionnaires d'État, l'équivalent de la cotisation vieillesse du privé. La Fonction publique d'État (FPE) applique sa propre logique indiciaire et des cotisations absentes du régime général salarié. Pour la vue d'ensemble du métier, tous grades confondus, la fiche salaire policier donne les fourchettes par grade et par région.
Traitement indiciaire de base : le socle calculé à partir du point d'indice
Le traitement indiciaire brut est la ligne fondatrice du bulletin. Il se calcule par la formule indice majoré x valeur mensuelle du point d'indice. Avec un indice majoré de 381 et un point à 4,92278 € brut par mois :
381 x 4,92278 = 1 875,58 € brut mensuel de traitement.
Le point d'indice est gelé pour la troisième année consécutive en 2026 : ce montant ne progresse plus que par l'avancement d'échelon, jamais par la valeur du point. Le traitement seul ne représente d'ailleurs que 66 % du brut total de ce profil. L'essentiel du complément vient des primes statutaires.
| Échelon | Indice majoré | Traitement brut mensuel |
|---|---|---|
| Échelon 1 (titularisation) | 375 | 1 846,04 € |
| Échelon 3 (profil étudié) | 381 | 1 875,58 € |
| Échelon 6 | 415 | 2 042,95 € |
| Échelon 13 (terminal) | 532 | 2 618,92 € |
La grille du grade compte 13 échelons, précédés des statuts d'élève (indice majoré 366) et de stagiaire (indice majoré 373). Un point mérite d'être souligné : le traitement indiciaire d'un élève gardien de la paix, soit 1 801,74 €, est désormais inférieur au SMIC porté à 1 867,02 € brut au 1er juin 2026. Une indemnité différentielle comble l'écart, comme pour tout agent public dont l'indice passe sous le minimum légal. Le grade relève de la catégorie B de la fonction publique, et l'avancement au grade supérieur (brigadier-chef, puis major) se fait par concours interne ou au choix.
ISSP : l'indemnité qui change tout dans le bulletin
L'indemnité de sujétions spéciales de police (ISSP) est la composante la plus importante après le traitement. Née en 1958 de la fusion de la prime de risque et de plusieurs indemnités de danger (décret n° 58-517 du 29 mai 1958), elle compense les contraintes du métier : disponibilité permanente, port de l'arme, astreintes, mutations. Son régime d'attribution actuel relève du décret n° 2013-617 du 11 juillet 2013.
Son taux est de 28,5 % du traitement indiciaire brut pour l'ensemble du corps d'encadrement et d'application, du gardien de la paix au major. Il n'est que de 12 % pour l'élève gardien de la paix, ce qui explique l'écart brutal de rémunération entre l'école et la titularisation. Le taux est passé de 27 % à 28 % en 2019, puis à 28,5 % en 2020, au titre des protocoles d'accord de 2016 et 2018.
Calcul pour le profil étudié : 1 875,58 x 28,5 % = 534,54 € brut mensuel.
L'ISSP présente trois particularités qu'on ne retrouve pas dans une prime du privé :
- Elle entre dans l'assiette de la pension civile, donc elle compte pour la retraite, contrairement à la quasi-totalité des primes de la fonction publique qui en sont exclues. Cette intégration remonte à la loi n° 57-444 du 8 avril 1957, qui institue un régime particulier de retraite pour les personnels actifs de police. C'est une spécificité policiers et gendarmes.
- Elle est soumise à la cotisation pension civile de 11,10 %, soit près de 60 € prélevés chaque mois sur cette seule ligne.
- Elle est imposable intégralement : aucune exonération partielle, contrairement aux indemnités de frais professionnels.
Allocation de maîtrise, supplément familial et indemnité de nuit
L'allocation de maîtrise est la deuxième prime structurelle du bulletin, et elle est souvent sous-estimée : son montant mensuel est de 319,58 €. Elle est réservée aux fonctionnaires du corps d'encadrement et d'application (décret n° 2001-722 du 31 juillet 2001) et les élèves gardiens de la paix n'y ont pas droit. Elle n'entre pas dans l'assiette de la pension civile.
Le supplément familial de traitement (SFT) dépend du nombre d'enfants à charge. Les montants en vigueur sont de 2,29 € pour un enfant, 10,67 € + 3 % du traitement brut pour deux enfants, 15,24 € + 8 % pour trois enfants, puis 4,57 € + 6 % par enfant supplémentaire (fiche officielle du supplément familial de traitement). Pour le profil étudié, avec deux enfants : 10,67 + (1 875,58 x 3 %) = 66,94 € brut mensuel. Un seul des deux parents le perçoit, même si les deux sont fonctionnaires.
L'indemnité horaire de travail de nuit couvre les heures effectuées entre 21 heures et 6 heures. Contrairement à ce qu'on lit souvent, ce n'est pas un pourcentage horaire mais un forfait mensuel modulé par l'amplitude du service : 25 € pour une amplitude inférieure à 11 heures, 58 € entre 11 et 12 heures, 92 € au-delà de 12 heures. Une majoration de 75 € par mois s'ajoute pour les agents qui travaillent en continu au cœur de nuit, de minuit à 5 heures. Le profil étudié retient l'amplitude intermédiaire, soit 58 €.
Heures supplémentaires : ce que dit vraiment le barème
Les indemnités horaires pour travaux supplémentaires (IHTS) sont plafonnées à 25 heures par mois. Leur barème est souvent mal restitué : les coefficients 1,25 et 1,27 ne distinguent pas le jour et la nuit, ils distinguent les premières heures du mois des suivantes. Les majorations de nuit et de dimanche viennent par-dessus ces coefficients.
| Situation | Coefficient | Base de calcul |
|---|---|---|
| 14 premières heures du mois | x 1,25 | (traitement brut annuel + indemnité de résidence) / 1 820 |
| De la 15e à la 25e heure | x 1,27 | identique |
| Heure effectuée de nuit | + 100 % | majoration cumulée au coefficient |
| Heure effectuée un dimanche ou un jour férié | + 66 % | majoration cumulée au coefficient |
Concrètement pour le profil étudié : un traitement brut annuel de 22 506,96 € divisé par 1 820 donne 12,37 € de l'heure. Les quatorze premières heures supplémentaires du mois sont donc payées 15,46 €, et 30,92 € si elles tombent de nuit. À noter que l'ISSP n'entre pas dans cette base de calcul. À noter surtout que ces heures sont, en pratique, très rarement payées dans la police nationale : le stock d'heures supplémentaires ni indemnisées ni récupérées se compte en dizaines de millions d'heures. C'est pourquoi elles ne figurent pas dans la reconstitution ci-dessous. Un service de dimanche accompli dans l'horaire normal, lui, ouvre droit à une indemnité distincte de 0,94 € par heure.
Le brut total reconstitué mois par mois
En additionnant les seules lignes permanentes du bulletin, le brut mensuel de ce profil se décompose ainsi :
| Ligne | Montant brut | Part du total |
|---|---|---|
| Traitement indiciaire (IM 381) | 1 875,58 € | 66 % |
| ISSP (28,5 % du traitement) | 534,54 € | 19 % |
| Allocation de maîtrise | 319,58 € | 11 % |
| Supplément familial (2 enfants) | 66,94 € | 2 % |
| Indemnité de nuit (amplitude 11-12 h) | 58,00 € | 2 % |
| Brut mensuel total | 2 854,64 € | 100 % |
À titre de comparaison, un salarié du secteur privé gagne en moyenne 3 602 € brut par mois en équivalent temps plein, soit 2 733 € net (Insee Première n° 2079, les salaires dans le secteur privé en 2024). L'écart avec ce profil de gardien de la paix est d'environ 750 € brut. Il se resserre avec l'ancienneté, puisque la progression indiciaire est automatique, mais il reste structurel sur les premières années de carrière.
Cotisations FPE : pension civile, CSG, CRDS, RAFP
La Fonction publique d'État applique un régime de cotisations très différent du privé. Quatre lignes seulement sont à retrancher du brut de 2 854,64 € :
- Pension civile à 11,10 %, calculée sur traitement + ISSP uniquement, soit 11,10 % de 2 410,12 € = 267,52 €. C'est la cotisation la plus lourde et la spécificité majeure de la FPE. L'allocation de maîtrise, le supplément familial et l'indemnité de nuit en sont exclus.
- CSG à 9,2 % calculée sur 98,25 % du brut total, soit 9,2 % de 2 804,68 € = 258,03 €. La part déductible de 6,8 % (190,72 €) sort du net imposable ; la part non déductible de 2,4 % (67,31 €) y reste.
- CRDS à 0,5 % sur la même assiette = 14,02 €.
- RAFP (retraite additionnelle de la fonction publique) à 5 % sur les primes hors assiette pension, dans la limite de 20 % du traitement indiciaire. Ici les primes concernées atteignent 377,58 € alors que le plafond est de 375,12 € : l'assiette est donc écrêtée, et la cotisation s'établit à 5 % x 375,12 = 18,76 €.
Le total des cotisations salariales atteint 558,33 €, soit un taux effectif de 19,6 % du brut. C'est moins qu'un salarié du privé (20,84 % sous le plafond de la Sécurité sociale, cadre ou non), parce que la FPE ne cotise ni à l'Agirc-Arrco ni à l'assurance chômage. En revanche la pension civile à 11,10 % pèse bien plus lourd qu'une cotisation vieillesse de base du privé. Pour situer ce niveau de prélèvement par rapport à ton propre profil, utilise notre simulateur brut-net. Le détail des écarts entre régimes est traité dans le guide grille de salaire de la fonction publique.
Net avant et après prélèvement à la source
Le net à payer avant impôt sur le revenu ressort donc à :
2 854,64 (brut) - 558,33 (cotisations) = 2 296,31 € net avant impôt.
Le net imposable, lui, réintègre la CSG non déductible et la CRDS :
2 296,31 + 67,31 + 14,02 = 2 377,64 € de net imposable mensuel, soit environ 28 532 € par an.
Sur cette base, pour un célibataire sans autre revenu, le barème 2026 (tranches à 0, 11 600, 29 579 et 84 577 €) appliqué après l'abattement de 10 % pour frais professionnels donne un impôt annuel d'environ 1 549 €, soit un taux de prélèvement à la source de 5,4 % et une retenue mensuelle d'environ 129 €. Le net à virer s'établit alors autour de 2 167 €.
Ces trois nets différents sont exactement ce que détaille notre analyse net imposable contre net perçu. Sur le principe, la police nationale figure parmi les administrations les mieux rémunérées à niveau de diplôme équivalent, essentiellement grâce au couple ISSP et allocation de maîtrise, mais elle reste sous la moyenne du privé.
Ce qui change selon l'affectation
Le profil ci-dessus est volontairement dépouillé. Trois lignes supplémentaires apparaissent fréquemment selon l'affectation, et elles pèsent lourd.
L'indemnité de résidence ajoute 3 % du traitement en zone 1, 1 % en zone 2 et rien en zone 3, soit jusqu'à 56 € par mois pour ce profil. L'indemnité compensatoire pour sujétions spécifiques (ICSS) vaut 1 740 € par an, versée mensuellement à hauteur de 145 €, pour les agents affectés à Paris, Versailles et en Corse, mais elle est exclue pour les CRS. L'indemnité de fidélisation en secteur difficile, enfin, est annuelle et progresse avec l'ancienneté dans le secteur : de 202 € à partir de la troisième année jusqu'à 1 805 € à partir de la onzième pour un agent du corps d'encadrement et d'application en fonctions opérationnelles, avec une majoration propre à l'Île-de-France.
Les CRS relèvent d'un cas à part avec l'indemnité journalière d'absence temporaire (IJAT), de 45,32 € par tranche de 24 heures de déplacement en métropole. Comme ils passent en moyenne la moitié de l'année en mission, cette ligne devient une composante majeure de leur rémunération réelle.
Évolution de carrière et impact sur la fiche de paie
La trajectoire salariale repose sur trois leviers : l'avancement d'échelon, automatique tous les 1,5 à 2,5 ans selon la position dans la grille, la promotion de grade, et l'accès à des affectations à primes renforcées.
De l'échelon 3 (indice majoré 381) à l'échelon 6 (indice majoré 415), il faut environ cinq ans et demi. Le traitement passe de 1 875,58 € à 2 042,95 €, soit +8,9 %, et l'ISSP suit mécaniquement pour environ 48 € de plus. À l'échelon 13, terminal, atteint après environ 26 ans de carrière, le traitement atteint 2 618,92 €, soit près de 40 % de plus qu'à l'échelon 3.
La promotion au grade de brigadier-chef ouvre une nouvelle grille : le premier échelon de la classe supérieure correspond à l'indice majoré 478, soit 2 353,09 € de traitement et 670,63 € d'ISSP. C'est le vrai saut de rémunération de la carrière, bien plus que l'avancement d'échelon. Les grilles complémentaires et les comparaisons avec les autres corps se trouvent dans notre guide grille de salaire de la fonction publique et sur la page métiers de la fonction publique.
Sources chiffrées : grille indiciaire et montants de primes du corps d'encadrement et d'application au 1er janvier 2026 publiés par UNSA Police (grilles indiciaires 2026) ; supplément familial de traitement sur service-public.gouv.fr ; comparaison avec le privé d'après Insee Première n° 2079 (octobre 2025).