En bref
Le profil étudié et les chiffres de référence 2026
Le cas étudié : un gardien de la paix titulaire, environ 5 ans d'ancienneté, affecté en sécurité publique en région parisienne, hors quartier de reconquête républicaine (QRR) mais en zone de sécurité prioritaire (ZSP). Ce profil représente la situation moyenne du gros de l'effectif sur le terrain, soit environ 150 000 agents de la Police Nationale tous corps confondus (DGPN, 2024).
Les valeurs de référence pour cette simulation sont : point d'indice fonction publique gelé à 4,92278 € brut par mois depuis juillet 2023 (gel reconduit en 2026), indice majoré 372 (échelon 3 de la grille indiciaire 2026 du grade gardien de la paix, grille vérifiée en juillet 2026), ISSP à 27,5 % du traitement indiciaire brut conformément au décret n° 58-1169 modifié, et contribution pension civile à 11,10 % (taux stable depuis 2020) sur la part traitement + ISSP.
Ces paramètres permettent de reconstituer la structure réelle du bulletin, qui diffère sensiblement d'un bulletin de paie privé. La Fonction Publique d'État (FPE) applique sa propre logique indiciaire et des cotisations spécifiques absentes du régime général salarié.
Traitement indiciaire de base : le socle calculé à partir du point d'indice
Le traitement indiciaire brut constitue la ligne fondatrice du bulletin. Il se calcule par la formule indice majoré x valeur mensuelle du point d'indice. Avec un indice majoré de 372 et un point d'indice à 4,92278 € brut par mois (valeur inchangée depuis juillet 2023) :
372 x 4,92278 = 1 831,27 € brut mensuel de traitement.
Le point d'indice est gelé pour la 3e année consécutive en 2026 : ce montant ne progresse que par l'avancement d'échelon (changement d'indice majoré), pas par la valeur du point. Le traitement seul ne représente toutefois que 66 % du brut total : l'essentiel de la rémunération complémentaire est porté par les primes statutaires.
Pour situer le grade dans la structure indiciaire, la grille indiciaire 2026 du gardien de la paix compte 14 échelons : de l'indice majoré 322 pour l'élève et le stagiaire (1 585 € brut) à 482 au 12e et dernier échelon (2 373 € brut), atteint après environ 28 ans de carrière sans promotion. À la titularisation (1er échelon), l'indice majoré est de 369, soit 1 817 € brut. Le grade relève de la catégorie B de la fonction publique, avec les particularités d'accès au grade supérieur (brigadier puis brigadier-chef) par concours interne ou au choix.
ISSP : l'indemnité qui change tout dans le bulletin
L'Indemnité de Sujétions Spéciales de Police (ISSP) est la composante la plus importante après le traitement. Elle compense les contraintes du métier : disponibilité permanente, port de l'arme, astreintes, mutations. Son taux est fixé par décret à 27,5 % du traitement indiciaire brut pour les gardiens de la paix.
Calcul pour le profil étudié : 1 831,27 x 27,5 % = 503,60 € brut mensuel.
L'ISSP présente trois particularités qui ne se retrouvent pas dans une prime privée classique :
- Elle entre dans l'assiette pension civile, ce qui fait qu'elle compte pour la retraite, contrairement à la plupart des primes de la fonction publique qui en sont exclues. C'est une spécificité policiers-gendarmes.
- Elle est soumise à cotisation pension civile à 11,10 % en 2026, soit environ 56 € prélevés chaque mois sur cette seule ligne.
- Elle est imposable intégralement, aucune exonération partielle comme certaines indemnités de frais professionnels.
L'ISSP n'est pas la seule indemnité structurelle. Viennent s'ajouter l'allocation de maîtrise pour les agents titulaires (environ 70 € brut mensuel), les primes de fidélisation zone de compétence, et l'indemnité journalière d'absence temporaire (IJAT) quand l'agent est éloigné de sa résidence administrative.
Primes ZSP, IHTS de nuit et supplément familial
Le profil étudié étant affecté en zone de sécurité prioritaire, il perçoit la prime ZSP mensuelle. Les montants sont modulés par arrêté ministériel ; pour 2026, la fourchette observée pour un gardien de la paix affecté à une circonscription ZSP tourne autour de 80 à 150 € brut mensuel selon la classification du secteur.
Les indemnités horaires pour travail supplémentaire (IHTS) se déclinent en trois barèmes selon les plages horaires :
| Plage horaire | Taux appliqué | Base de calcul |
|---|---|---|
| Jour (6h-21h) | 125 % du salaire horaire | Traitement + ISSP / 1607h |
| Nuit (21h-6h) | 127 % | Avec majoration nuit |
| Dimanche/férié | 166 % | + indemnité spécifique 8,28 €/h |
Un service de nuit de 8 heures un samedi génère typiquement une IHTS de l'ordre de 110 à 140 € brut. Sur un cycle mensuel avec deux weekends de nuit, un gardien peut ajouter 220 à 280 € brut à son bulletin.
Enfin, si l'agent a des enfants à charge, il bénéficie du supplément familial de traitement (SFT). Les montants 2026 sont : 2,29 € pour un enfant, 10,67 € + 3 % du traitement brut pour deux enfants, 15,24 € + 8 % pour trois enfants et 4,57 € + 6 % par enfant supplémentaire. Pour le profil étudié avec deux enfants : 10,67 + (1 831,27 x 3 %) = 65,61 € brut mensuel.
Le brut total reconstitué mois par mois
En additionnant les composantes pour le profil type de référence, le brut mensuel se décompose ainsi :
| Ligne | Montant brut | Part du total |
|---|---|---|
| Traitement indiciaire (IM 372) | 1 831,27 € | 66,1 % |
| ISSP (27,5 % du traitement) | 503,60 € | 18,2 % |
| Prime ZSP (milieu de fourchette) | 115,00 € | 4,1 % |
| Allocation de maîtrise | 70,00 € | 2,5 % |
| Supplément familial (2 enfants) | 65,61 € | 2,4 % |
| IHTS nuit et weekends (moyenne) | 185,00 € | 6,7 % |
| Brut mensuel total | 2 770,48 € | 100 % |
À titre de comparaison, le salaire brut moyen d'un salarié à temps plein du secteur privé se situe autour de 3 466 € mensuel en 2024 selon l'INSEE, soit un écart d'environ 700 € avec ce profil gardien de la paix. L'écart se réduit sur la durée grâce à la progression indiciaire automatique et aux promotions internes, mais reste structurellement présent sur les premières années de carrière.
Cotisations FPE : pension civile, CSG, CRDS, RAFP
La Fonction Publique d'État applique un régime de cotisations spécifique, très différent du privé. Les lignes de cotisations à retrancher au brut de 2 770,48 € sont :
- Pension civile à 11,10 % (taux stable depuis 2020) calculée sur traitement + ISSP uniquement, soit 11,10 % de (1 831,27 + 503,60) = 259,17 €. C'est la cotisation la plus lourde et la spécificité majeure de la FPE.
- CSG à 9,2 % calculée sur 98,25 % du brut total, soit 9,2 % de 2 722,00 € = 250,42 €. La part déductible à 6,8 % (185,10 €) est retranchée du net imposable ; la part non déductible à 2,4 % (65,33 €) est imposable.
- CRDS à 0,5 % sur la même assiette CSG = 13,61 €.
- RAFP (Retraite additionnelle fonction publique) à 5 % sur les primes dans la limite de 20 % du traitement indiciaire : assiette retenue 366,25 € (20 % de 1 831,27), soit 5 % x 366,25 = 18,31 €.
Le total des cotisations salariales atteint ainsi 541,51 €, soit un taux effectif de charges salariales de 19,5 % du brut. Ce taux est inférieur à celui d'un salarié du privé (22 à 25 % selon le statut) car la FPE ne cotise pas aux régimes AGIRC-ARRCO et à l'Unedic. En revanche, la cotisation pension civile à 11,10 % est plus lourde qu'une cotisation retraite de base privée à 6,9 %.
Pour visualiser ce que représente ce niveau de cotisations par rapport à ton propre profil, tu peux utiliser notre simulateur brut-net en cochant l'option fonction publique. Le calcul des différences entre régimes est détaillé dans le guide grille de salaire fonction publique.
Net avant et après prélèvement à la source
Le net à payer avant impôt sur le revenu du gardien de la paix étudié ressort donc à :
2 770,48 (brut) - 541,51 (cotisations) = 2 228,97 € net avant impôt.
Le net imposable (brut - cotisations déductibles dont CSG 6,8 %) est calculé sur une assiette réintégrant la CSG non déductible et la CRDS :
2 228,97 + 65,33 (CSG non déductible) + 13,61 (CRDS) = 2 307,91 € net imposable mensuel, soit environ 27 695 € annuels (la cotisation RAFP est, elle, déductible).
Avec un taux de prélèvement à la source d'environ 5 % (célibataire sans autre revenu, barème 2026, tranches 0/11 600/29 579/84 577 €, après abattement de 10 % pour frais professionnels), le prélèvement ponctionne environ 122 € mensuels. Le net à virer s'établit alors autour de 2 105 € pour ce profil.
Ce niveau est à rapprocher du net imposable versus net perçu qui explique les petites différences entre les différents « nets » affichés sur ta fiche de paie. Sur le principe, la police nationale figure parmi les fonctions publiques les mieux rémunérées à diplôme équivalent, essentiellement grâce à la combinaison ISSP+primes terrain, mais reste en-dessous de la moyenne privée cadre.
Évolution de carrière et impact sur la fiche de paie
La trajectoire salariale dépend essentiellement de trois leviers : l'avancement d'échelon (automatique tous les 2 à 4 ans selon échelon), la promotion de grade (concours interne vers brigadier), et l'obtention d'affectations à primes renforcées (BAC, compagnies d'intervention, direction de police judiciaire).
En six à sept ans, un gardien de la paix passant de l'échelon 3 (IM 372) à l'échelon 6 (IM 396, échelon médian de la grille 2026) voit son traitement indiciaire progresser de +6,5 %, soit environ 118 € brut mensuels supplémentaires. À l'échelon 12 terminal (IM 482), le traitement atteint 2 373 € brut, soit près de 30 % de plus qu'à l'échelon 3. La promotion au grade brigadier, si elle est obtenue au bout de 8-10 ans, apporte environ 300 € brut mensuels supplémentaires grâce à un nouvel indice majoré de départ autour de 420.
Les chiffres détaillés par grade et métier dans la police restent contextualisés par le statut de fonction publique d'État : consulte la page métiers fonction publique pour la cartographie complète des corps, grades et grilles. Les comparaisons avec d'autres métiers de sécurité et de service public se trouvent dans notre guide grille de salaire de la fonction publique.