En bref
Ce qui change vraiment sur la 2042 RICI en 2026
Deux obligations différentes se sont empilées sur la déclaration des dépenses de services à la personne, et elles ne datent pas de la même année. Confondre les deux est la première source d'erreur.
Depuis la déclaration 2023, il ne suffit plus d'inscrire un montant global : il faut ventiler les sommes versées par type de dépenses en première page de la 2042 RICI, la déclaration complémentaire des réductions et crédits d'impôt, dans les cases BDA à BEA. Ménage, garde d'enfants, soutien scolaire, jardinage, assistance informatique : 27 activités ouvrent droit au crédit d'impôt, chacune avec son code.
La nouveauté de 2026 se greffe sur cette ventilation. Pour chaque type de dépense déclaré, tu dois désormais préciser deux informations supplémentaires : la nature de l'organisme que tu as payé (salarié à domicile, association, entreprise, organisme public ou privé) et sa modalité d'intervention (emploi direct, mandataire, mise à disposition, prestataire). Tu dois aussi mentionner l'identité de la personne physique ou morale rémunérée. L'administration le confirme sur sa page consacrée à l'emploi d'un salarié à domicile.
Cette obligation n'est pas sortie de nulle part : elle vient de l'article 4 de la loi de finances pour 2025. Elle devait s'appliquer dès la déclaration 2025, mais l'adoption tardive du budget n'a pas laissé le temps à la DGFiP d'intégrer les nouveaux champs. Reportée d'un an, elle vise les dépenses payées en 2025, déclarées au printemps 2026.
Les 6,7 milliards d'euros que Bercy veut cartographier
Le crédit d'impôt pour l'emploi à domicile est la niche fiscale la plus utilisée par les particuliers. Son coût est passé de 3,5 milliards d'euros en 2017 à 6,7 milliards en 2024 selon un rapport parlementaire. Jusqu'ici, les services fiscaux ne disposaient d'aucune vision détaillée de ce que finance cet argent : impossible de savoir combien va à la garde d'enfants, combien à l'aide aux personnes âgées, combien au jardinage.
C'est l'objectif assumé du texte : permettre au Parlement de mieux évaluer l'utilisation du dispositif, les données disponibles jusqu'ici ne permettant pas d'en mesurer l'impact réel. À terme, l'enjeu est d'ajuster les plafonds et de recentrer l'avantage sur les services jugés les plus essentiels.
Les cases historiques, elles, ne bougent pas. Le total de tes dépenses reste en 7DB, les aides déjà perçues en 7DR. Ce sont les codes BDA à BEA de la 2042 RICI qui portent le détail, et c'est là que se joue la nouveauté.
Ce que tu risques vraiment si la case reste vide
Le risque n'est pas symbolique. La loi conditionne le bénéfice de l'avantage fiscal au respect de ces obligations déclaratives : si les informations manquent, le fisc peut refuser de verser le crédit d'impôt. Ce n'est pas une pénalité accessoire, c'est l'avantage lui-même qui saute.
Pour mesurer l'enjeu, un ordre de grandeur : selon la DGFiP, 5,1 millions de foyers ont bénéficié du crédit d'impôt emploi à domicile, pour un montant moyen de 1 266 € par an. C'est ce montant-là qui est en jeu, pas quelques dizaines d'euros.
Le second enjeu concerne les plafonds majorés. Le plafond de base est de 12 000 € de dépenses annuelles, soit un crédit maximal de 6 000 €. Il grimpe dans trois cas :
- 15 000 € la première année d'emploi direct d'un salarié à domicile, soit un crédit pouvant atteindre 7 500 €
- +1 500 € par enfant à charge ou par membre du foyer âgé de plus de 65 ans, dans la limite de 15 000 € de plafond global (18 000 € la première année d'emploi direct)
- 20 000 € sans limite d'âge si un membre du foyer est titulaire de la carte d'invalidité ou de la carte mobilité inclusion mention invalidité
Ces majorations ne s'appliquent que si l'administration dispose des informations permettant de les identifier. Pour un foyer avec deux enfants qui emploie une garde d'enfants à domicile, le plafond passe de 12 000 € à 15 000 € : 3 000 € de dépenses supplémentaires prises en compte, donc 1 500 € de crédit d'impôt en plus (50 % de 3 000 €), à condition de dépasser le plafond standard.
Les 4 étapes pour remplir la case correctement
La ventilation se fait en page 1 de la 2042 RICI. En déclaration en ligne, tu cliques sur le crayon situé à côté de la case 7DB pour ouvrir le menu qui te guide - encore faut-il savoir quoi choisir.
Étape 1 - Reporter le total en 7DB. Additionne toutes les dépenses payées en 2025 : salaires versés, cotisations URSSAF, frais d'agence ou de plateforme, honoraires de prestataires. Le total brut va en case 7DB : ce n'est pas à toi de déduire les aides, l'administration s'en charge. Si 2025 est ta première année d'emploi direct d'un salarié à domicile, coche la case 7DQ pour bénéficier du plafond majoré à 15 000 €. Attention à ne pas confondre : la case 7DL sert à tout autre chose, elle indique le nombre d'ascendants bénéficiaires de l'APA et âgés de plus de 65 ans pour lesquels tu as engagé des dépenses.
Étape 2 - Déduire les aides en 7DR. APA, PCH, CESU préfinancé par l'employeur, complément de libre choix du mode de garde : ces montants sont déjà financés par la collectivité et n'ouvrent pas droit au crédit d'impôt. Ils sont le plus souvent préremplis en case 7DR ; vérifie le montant et corrige-le s'il est inexact.
Étape 3 - Ventiler par type de dépenses, cases BDA à BEA. Répartis le montant total par catégorie de service : entretien de la maison et travaux ménagers, garde d'enfants, assistance aux personnes âgées ou dépendantes, soutien scolaire, petits travaux de jardinage, petit bricolage, assistance informatique. Si ton salarié fait plusieurs tâches, répartis proportionnellement.
Étape 4 - Préciser la nature de l'organisme et la modalité. Pour chaque ligne, indique d'abord qui tu as payé (salarié à domicile, association, entreprise, organisme public ou privé), puis comment il est intervenu. Quatre modalités existent, et c'est ici que les confusions coûtent cher :
- Emploi direct : tu es l'employeur, tu paies le salarié et ses cotisations, via le CESU ou Pajemploi
- Mandataire : une structure te présente des intervenants et t'assiste administrativement, mais tu restes juridiquement l'employeur
- Mise à disposition : l'organisme met un de ses salariés à ta disposition et tu exerces par délégation certaines responsabilités, comme les tâches à accomplir ou les horaires
- Prestataire : l'organisme recrute et gère tout, il est l'employeur, tu reçois une facture
Les justificatifs à conserver
Aucune pièce n'est à joindre à la déclaration. En revanche, tu dois pouvoir les produire à la demande de ton centre des finances publiques, et cette règle n'a rien de nouveau : elle vaut chaque année.
En emploi direct, la pièce maîtresse est l'attestation fiscale annuelle délivrée par l'URSSAF, la MSA, le CESU ou Pajemploi. Tu dois aussi pouvoir donner le nom et l'adresse des salariés employés, les sommes versées à chacun et le montant des aides perçues, et conserver la lettre d'engagement, le contrat de travail ou les bulletins de salaire. En prestataire ou en mandataire, l'attestation annuelle établie par l'association ou l'entreprise suffit. Compte tenu du délai de reprise de l'administration, garde ces pièces au moins 3 ans.
Si le crédit d'impôt est remis en cause à l'issue d'un contrôle, le rappel est majoré de 10 % en cas d'insuffisance de déclaration et de 40 % en cas de manquement délibéré, auxquels s'ajoutent des intérêts de retard de 0,20 % par mois. Pour un foyer qui avait déclaré 8 000 € de dépenses et récupéré 4 000 € de crédit, une remise en cause totale coûte 4 000 € à rembourser, plus 400 € de majoration au taux de 10 %, plus les intérêts.
Trois confusions fréquentes sur cette case
Confondre CESU préfinancé et dépense personnelle. Si ton employeur te verse une partie de ta rémunération sous forme de CESU préfinancé, la part financée par l'entreprise n'est pas sortie de ta poche. Elle ne génère pas de crédit d'impôt et doit figurer en case 7DR parmi les aides perçues.
Oublier la majoration pour enfant. Beaucoup de foyers restent sur le plafond standard de 12 000 € alors qu'ils sont éligibles à un plafond majoré. Chaque enfant à charge ajoute 1 500 € de plafond, soit 3 000 € pour deux enfants. Mal renseigné, le bonus ne s'applique pas.
Déclarer un prestataire comme un emploi direct. Si tu passes par une entreprise de services à la personne qui t'envoie une facture mensuelle, tu es en prestataire, pas en emploi direct. La distinction change les justificatifs à conserver : en emploi direct, tu dois garder les bulletins de paie que tu as émis via le CESU ou Pajemploi ; en prestataire, la facture et l'attestation annuelle suffisent. Elle change aussi le plafond : la majoration à 15 000 € de la première année ne vaut que pour l'emploi direct.
Vérifier avant de valider, ou corriger après
Avant de valider ta déclaration, estime ton impôt final et ton crédit d'impôt global avec le simulateur qui intègre le barème en vigueur. Compare le résultat à ce qu'affiche impots.gouv.fr avant validation : un écart notable signale une case mal renseignée.
La campagne de déclaration 2026 est close depuis le printemps. Les dates limites en ligne allaient du 21 mai (départements 01 à 19 et non-résidents) au 4 juin selon le département, le détail est dans notre calendrier des dates limites. Si tu as validé avec une case incomplète, tout n'est pas perdu : le service de correction en ligne rouvre au cours de l'été et reste accessible jusqu'à la mi-décembre 2026. La marche à suivre est détaillée dans corriger sa déclaration après validation.
Pour comprendre comment ces crédits s'articulent avec ton net imposable et ton prélèvement à la source, le guide dédié détaille la chaîne de calcul étape par étape.
Cette obligation n'est pas un piège : c'est l'outil de cartographie que Bercy déploie pour savoir ce que finance vraiment une niche à 6,7 milliards d'euros. Mais elle sépare les foyers qui touchent l'intégralité de leur crédit d'impôt de ceux qui le voient refusé pour une ligne restée vide. Dix minutes de vérification suffisent à faire la différence.