Aller au contenu principal

Freelance vs salarié : la vraie comparaison

« Je gagne plus en freelance » — vraiment ? Quand on compare correctement (retraite, chômage, congés, maladie), la réalité est plus nuancée. Ce guide pose les chiffres sur la table pour que tu puisses choisir en connaissance de cause.

~1 M

Micro-entrepreneurs en France

~400 K

Autres indépendants

+25 %

Hausse depuis 2019

50 K €

Base de comparaison

La comparaison qui compte : à coût égal pour le client

Le piège classique : comparer un salaire brut de 50 000 € avec un chiffre d’affaires de 50 000 € en freelance. C’est comparer des pommes et des oranges.

Pour une comparaison honnête, il faut partir du coût total pour le client / employeur. Si une entreprise est prête à payer 70 000 € pour ton travail, voici ce que tu touches réellement dans chaque scénario :

70 000 € de budget client : que reçois-tu ?

LigneSalarié CDIFreelance (micro-BNC)Freelance (EURL/IS)
Budget employeur / CA facturé70 000 €70 000 €70 000 €
Charges patronales (~42 %)- 20 700 €
Salaire brut / CA net de charges49 300 €70 000 €70 000 €
Cotisations sociales- 10 350 € (21 %)- 15 400 € (22 %)- 21 000 € (30 %)*
Frais pro estimés0 € (employeur)- 3 000 €**- 5 000 € (déductibles)
Revenu avant impôt38 950 €51 600 €44 000 €
Impôt sur le revenu (~11 %)- 4 280 €- 3 070 €***- 4 840 €
Net annuel dans la poche34 670 €48 530 €39 160 €

* Cotisations TNS (SSI) pour un gérant majoritaire. ** Non déductibles en micro. *** Après abattement de 34 % (micro-BNC). Célibataire sans enfant, hors réductions d’impôt.

Attention aux droits « invisibles » du salarié

Le salarié à 34 670 € net a aussi : 5 semaines de congés payés (valeur ~3 500 €), des droits au chômage (24 mois d’indemnisation), une retraite complémentaire (2 à 3× plus élevée), une mutuelle employeur (~600 €) et une prévoyance. En ajoutant ces éléments, l’écart réel se réduit considérablement.

Protection sociale : freelance vs salarié

CouvertureSalarié CDIFreelance (micro)Freelance (EURL)
Maladie (IJSS)50 % du salaire dès J450 % du revenu, délai 3j50 % du revenu, délai 3j
Complémentaire santéObligatoire (50 % employeur)À ta charge 100 %À ta charge (déductible)
ChômageOui (24 mois max)Non*Non*
Retraite de baseTrimestres CNAVTrimestres SSITrimestres SSI
Retraite complémentaireAGIRC-ARRCO (points)SSI (faible)SSI (faible)
Pension estimée à 65 ans~70 % du dernier salaire~40 % du revenu moyen~45 % du revenu moyen
Prévoyance (invalidité, décès)Convention collectiveMinimaleMinimale (Madelin déductible)
Congés payés5 semaines (+ RTT)0 (non payés)0 (non payés)

* Depuis 2019, l’Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) existe, mais les conditions sont très restrictives : liquidation judiciaire, revenus antérieurs ≥ 10 000 €/an, montant max 800 €/mois pendant 6 mois.

Fiscalité du freelance : les 3 régimes

1. Micro-entreprise (ex auto-entrepreneur)

Le régime le plus simple. Pas de comptabilité complexe, pas de TVA sous le seuil de franchise. Les cotisations et l’impôt sont calculés sur le chiffre d’affaires, après un abattement forfaitaire :

  • Prestations de services (BNC) : abattement 34 %, cotisations 21,1 %
  • Vente de marchandises (BIC) : abattement 71 %, cotisations 12,3 %
  • Prestations de services (BIC) : abattement 50 %, cotisations 21,2 %

Plafonds 2026 : 77 700 € (BNC/services) ou 188 700 € (vente). Au-delà, tu bascules au régime réel.

Option intéressante : le versement libératoire (si revenu fiscal N-2 < seuil). Tu paies un % fixe de ton CA en guise d’impôt : 1 % (vente), 1,7 % (BIC services), 2,2 % (BNC).

2. Entreprise individuelle au réel

Tu déduis tes charges réelles (matériel, loyer, déplacements). Plus complexe comptablement, mais plus avantageux si tes charges dépassent l’abattement forfaitaire. Tu es soumis au barème progressif de l’IR.

3. Société (EURL/SASU)

En EURL à l’IS, tu te verses un salaire (soumis aux cotisations TNS ~30 %) et des dividendes (flat tax 30 % sur la part > 10 % du capital social). La combinaison salaire + dividendes permet d’optimiser le taux global de prélèvements.

En SASU, tu es président et assimilé salarié : cotisations plus élevées (~65 % de charges sur le salaire), mais tu cumules des droits au régime général (retraite AGIRC-ARRCO, mais pas de chômage).

Les avantages de chaque statut

CritèreSalarié CDIFreelance
Liberté d’organisationLimitée (horaires, lieu)Totale
Sécurité du revenuSalaire garantiVariable (dépend des missions)
Potentiel de revenusPlafonné par la grilleIllimité
Protection chômage24 mois d’AREQuasi inexistante
Retraite70 % du dernier salaire~40 % (sans épargne complémentaire)
Congés5 semaines + RTTQuand tu veux, mais non payés
Accès au crédit immobilierFacile (CDI = sésame)Difficile (< 3 ans d’activité)
Diversité des missionsLimitée à l’entrepriseChoix des clients

Les solutions hybrides

Tu n’es pas obligé de choisir. Plusieurs formules combinent les avantages des deux statuts :

  • Portage salarial — Tu factures via une société de portage qui te verse un salaire. Tu gardes ton statut de salarié (chômage, retraite, congés) tout en travaillant comme indépendant. Coût : 5 à 10 % du CA en frais de gestion.
  • CDI + micro-entreprise — Légalement possible, sauf clause d’exclusivité dans ton contrat. Le CDI te donne la sécurité, la micro te donne un complément de revenus défiscalisé (abattement forfaitaire).
  • CAE (Coopérative d’Activité et d’Emploi) — Tu es entrepreneur-salarié au sein d’une coopérative. Statut salarié, autonomie d’entrepreneur, mutualisation des services (compta, juridique).
  • Temps partiel + freelance — Un CDI à 80 % pour la sécurité + 1 jour par semaine en freelance pour le complément. Check ton contrat pour la clause de non-concurrence.

Le freelance n’a pas droit au chômage

Depuis 2019, l’ATI (Allocation des Travailleurs Indépendants) existe mais reste très restrictive : elle nécessite une liquidation judiciaire ou un redressement judiciaire, un revenu antérieur d’au moins 10 000 €/an, et ne verse que 800 €/mois maximum pendant 6 mois. Ce n’est pas comparable aux 24 mois d’ARE du salarié.

Le TJM : combien facturer pour vivre comme un salarié ?

Le TJM (Taux Journalier Moyen) est la métrique clé du freelance. Pour le calculer, il faut intégrer tous les coûts invisibles que le salarié n’a pas :

Exemple : tu veux un équivalent net de 35 000 € par an (ce qu’un salarié à 50 000 € brut touche environ).

PosteMontant annuel
Revenu net souhaité35 000 €
Impôt sur le revenu (~11 %)+ 4 300 €
Cotisations sociales (~22 %)+ 11 500 €
Mutuelle + prévoyance+ 2 000 €
Épargne retraite complémentaire+ 3 000 €
Congés (5 sem. non facturées)+ 5 500 €
Frais pro (matériel, logiciels, compta)+ 3 000 €
Inter-contrats (1 mois)+ 5 500 €
CA nécessaire~69 800 €

Sur environ 218 jours facturables (365 - 104 WE - 25 congés - 11 fériés - 7 maladie/inter-contrats), cela donne un TJM de ~320 € HT/jour.

Conclusion : pour vivre comme un salarié à 50 000 € brut, tu dois facturer environ 70 000 € HT par an. En dessous, tu gagnes effectivement moins qu’un salarié à poste équivalent.

Questions fréquentes sur freelance vs salarié

Calcule ton équivalent salarié

Utilise notre simulateur pour convertir un TJM freelance en salaire brut équivalent, ou l’inverse.