Freelance ou salarié : qui gagne vraiment le plus ?
« Je gagne plus en freelance » - vraiment ? Quand on compare correctement (retraite, chômage, congés, maladie), la réalité est plus nuancée. Ce guide pose les chiffres sur la table pour que tu puisses choisir en connaissance de cause.
+33 %
Net freelance vs salarié
25,6 %
Cotisations micro BNC
0 €
Chômage, congés payés
70 K €
Budget client comparé
La comparaison qui compte : à coût égal pour le client
Le piège classique : comparer un salaire brut de 50 000 € avec un chiffre d’affaires de 50 000 € en freelance. C’est comparer des pommes et des oranges.
Pour une comparaison honnête, il faut partir du coût total pour le client / employeur. Si une entreprise est prête à payer 70 000 € pour ton travail, voici ce que tu touches réellement dans chaque scénario :
70 000 € de budget client : que reçois-tu ?
| Ligne | Salarié CDI | Freelance (micro-BNC) | Freelance (EURL/IS) |
|---|---|---|---|
| Budget employeur / CA facturé | 70 000 € | 70 000 € | 70 000 € |
| Charges patronales (~42 %) | - 20 700 € | - | - |
| Salaire brut / CA net de charges | 49 300 € | 70 000 € | 70 000 € |
| Cotisations sociales | - 10 350 € (21 %) | - 17 920 € (25,6 %) | - 21 000 € (30 %)* |
| Frais pro estimés | 0 € (employeur) | - 3 000 €** | - 5 000 € (déductibles) |
| Revenu avant impôt | 38 950 € | 49 080 € | 44 000 € |
| Impôt sur le revenu (~11 %) | - 4 280 € | - 2 830 €*** | - 4 840 € |
| Net annuel dans la poche | 34 670 € | 46 250 € | 39 160 € |
* Cotisations TNS (SSI) pour un gérant majoritaire. ** Non déductibles en micro. *** Après abattement de 34 % (micro-BNC). Célibataire sans enfant, hors réductions d’impôt.
Attention aux droits « invisibles » du salarié
Protection sociale : freelance vs salarié
| Couverture | Salarié CDI | Freelance (micro) | Freelance (EURL) |
|---|---|---|---|
| Maladie (IJSS) | 50 % du salaire dès J4 | 50 % du revenu, délai 3j | 50 % du revenu, délai 3j |
| Complémentaire santé | Obligatoire (50 % employeur) | À ta charge 100 % | À ta charge (déductible) |
| Chômage | Oui (24 mois max) | Non* | Non* |
| Retraite de base | Trimestres CNAV | Trimestres SSI | Trimestres SSI |
| Retraite complémentaire | AGIRC-ARRCO (points) | SSI (faible) | SSI (faible) |
| Pension estimée à 65 ans | ~70 % du dernier salaire | ~40 % du revenu moyen | ~45 % du revenu moyen |
| Prévoyance (invalidité, décès) | Convention collective | Minimale | Minimale (Madelin déductible) |
| Congés payés | 5 semaines (+ RTT) | 0 (non payés) | 0 (non payés) |
* Depuis 2019, l’Allocation des Travailleurs Indépendants (ATI) existe, mais les conditions sont très restrictives : liquidation judiciaire, revenus antérieurs ≥ 10 000 €/an, montant max 800 €/mois pendant 6 mois.
Fiscalité du freelance : les 3 régimes
1. Micro-entreprise (ex auto-entrepreneur)
Le régime le plus simple. Pas de comptabilité complexe, pas de TVA sous le seuil de franchise. Les cotisations et l’impôt sont calculés sur le chiffre d’affaires, après un abattement forfaitaire :
- Prestations de services (BNC) : abattement 34 %, cotisations 25,6 % (depuis janvier 2026)
- Vente de marchandises (BIC) : abattement 71 %, cotisations 12,3 %
- Prestations de services (BIC) : abattement 50 %, cotisations 21,2 %
Plafonds 2026 : 83 600 € (services BIC/BNC) ou 203 100 € (vente). Au-delà, tu bascules au régime réel.
Option intéressante : le versement libératoire (si revenu fiscal N-2 < seuil). Tu paies un % fixe de ton CA en guise d’impôt : 1 % (vente), 1,7 % (BIC services), 2,2 % (BNC).
2. Entreprise individuelle au réel
Tu déduis tes charges réelles (matériel, loyer, déplacements). Plus complexe comptablement, mais plus avantageux si tes charges dépassent l’abattement forfaitaire. Tu es soumis au barème progressif de l’IR.
3. Société (EURL/SASU)
En EURL à l’IS, tu te verses un salaire (soumis aux cotisations TNS ~30 %) et des dividendes (flat tax 30 % sur la part > 10 % du capital social). La combinaison salaire + dividendes permet d’optimiser le taux global de prélèvements.
En SASU, tu es président et assimilé salarié : cotisations plus élevées (~65 % de charges sur le salaire), mais tu cumules des droits au régime général (retraite AGIRC-ARRCO, mais pas de chômage).
Cotisations micro-entreprise : taux 2026 (Urssaf)
| Activité | Taux normal | Taux ACRE (50 %) | Abattement fiscal |
|---|---|---|---|
| Vente de marchandises (BIC) | 12,3 % | 6,2 % | 71 % |
| Prestations de services (BIC) | 21,2 % | 10,6 % | 50 % |
| Activités libérales (BNC hors Cipav) | 25,6 % | 13,1 % | 34 % |
| Professions libérales (Cipav) | 23,2 % | 11,6 % | 34 % |
Taux ACRE valables pour les créations avant le 01/07/2026. Après cette date, le taux ACRE passera à 75 % du taux normal (au lieu de 50 %). Source : autoentrepreneur.urssaf.fr.
L'ACRE : jusqu'à 50 % de cotisations en moins la première année
L'ACRE (Aide à la Création et à la Reprise d'Entreprise) te permet de payer des cotisations réduites pendant tes premiers trimestres d'activité. C'est le coup de pouce le plus important pour un freelance qui démarre.
Comment ça marche ?
L'exonération s'applique jusqu'à la fin du 3e trimestre civil suivant celui de ton début d'activité. En pratique, si tu crées ta micro en janvier, tu bénéficies de l'ACRE pendant environ 12 mois.
Exemple concret : tu factures 50 000 € en prestations BNC ta première année. Sans ACRE, tu paies 12 800 € de cotisations (25,6 %). Avec ACRE, tu paies 6 550 € (13,1 %). Économie : 6 250 €.
Conditions depuis janvier 2026
Attention, l'ACRE n'est plus automatique depuis le 1er janvier 2026. Tu dois :
- Déposer une demande auprès de l'Urssaf dans les 60 jours suivant ton début d'activité
- Remplir l'une des conditions d'éligibilité : demandeur d'emploi inscrit à France Travail depuis 6 mois (sur les 18 derniers), bénéficiaire RSA ou ASS, personne de 18 à 25 ans, personne de moins de 30 ans en situation de handicap, ou activité en zone ZFRR
- Ne pas avoir bénéficié de l'ACRE au cours des 3 années précédentes
Attention au 1er juillet 2026
Pour les créations à compter du 1er juillet 2026, le taux réduit passera de 50 % à 75 % du taux normal. L'économie sera donc moindre. Si tu hésites à te lancer, mieux vaut créer ta micro avant cette date.
Les avantages de chaque statut
| Critère | Salarié CDI | Freelance |
|---|---|---|
| Liberté d’organisation | Limitée (horaires, lieu) | Totale |
| Sécurité du revenu | Salaire garanti | Variable (dépend des missions) |
| Potentiel de revenus | Plafonné par la grille | Illimité |
| Protection chômage | 24 mois d’ARE | Quasi inexistante |
| Retraite | 70 % du dernier salaire | ~40 % (sans épargne complémentaire) |
| Congés | 5 semaines + RTT | Quand tu veux, mais non payés |
| Accès au crédit immobilier | Facile (CDI = sésame) | Difficile (< 3 ans d’activité) |
| Diversité des missions | Limitée à l’entreprise | Choix des clients |
Les solutions hybrides
Tu n’es pas obligé de choisir. Plusieurs formules combinent les avantages des deux statuts :
- Portage salarial - Tu factures via une société de portage qui te verse un salaire. Tu gardes ton statut de salarié (chômage, retraite, congés) tout en travaillant comme indépendant. Coût : 5 à 10 % du CA en frais de gestion.
- CDI + micro-entreprise - Légalement possible, sauf clause d’exclusivité dans ton contrat. Le CDI te donne la sécurité, la micro te donne un complément de revenus défiscalisé (abattement forfaitaire).
- CAE (Coopérative d’Activité et d’Emploi) - Tu es entrepreneur-salarié au sein d’une coopérative. Statut salarié, autonomie d’entrepreneur, mutualisation des services (compta, juridique).
- Temps partiel + freelance - Un CDI à 80 % pour la sécurité + 1 jour par semaine en freelance pour le complément. Check ton contrat pour la clause de non-concurrence.
Le freelance n’a pas droit au chômage
ARCE vs ARE : que choisir quand tu quittes ton CDI ?
| Maintien de l'ARE | ARCE (capital) | |
|---|---|---|
| Principe | Tu touches tes allocations chômage mensuellement, en complément de tes revenus freelance | Tu reçois 60 % de tes droits ARE restants en deux versements (capital) |
| Montant | Allocation mensuelle classique (57 % du SJR), réduite selon ton CA freelance | 60 % du capital restant, versé en 2 fois (50 % à l'acceptation, 50 % après 6 mois) |
| Durée | Jusqu'à épuisement des droits (max 24 mois si < 53 ans, 27 mois si 53-54 ans, 36 mois si 55+ ans) | Versement unique - les droits restants (40 %) sont conservés en cas d'échec |
| Condition préalable | Inscription à France Travail | Avoir obtenu l'ACRE + être inscrit à France Travail |
| Idéal si... | Ton activité freelance démarre lentement et tu as besoin d'un filet de sécurité mensuel | Tu as besoin de trésorerie immédiate pour investir (matériel, formation, local) |
| Piège à éviter | Ton CA freelance réduit tes allocations - au-delà d'un certain seuil, tu ne touches plus rien | Si ton activité échoue en 3 mois, tu as consommé 60 % de tes droits pour rien |
L'ARCE a été revalorisée à 60 % depuis juillet 2023 (contre 45 % avant). Déduction de 3 % pour financement retraites complémentaires. Source : service-public.fr.
Démission pour créer : comment garder tes droits au chômage
Depuis 2019, tu peux démissionner d'un CDI pour créer ton entreprise et toucher l'ARE, à condition de suivre un processus précis. L'ordre des démarches est crucial - une erreur et tu perds tout.
Les 4 conditions à remplir
- Être en CDI dans le secteur privé
- Justifier de 5 ans d'activité salariée continue (1 300 jours sur les 60 derniers mois)
- Avoir un projet de création ou reprise d'entreprise réel et sérieux
- Faire valider le projet par une commission paritaire interprofessionnelle régionale (CPIR) avant de démissionner
L'ordre impératif des démarches
1. Demander un CEP (Conseil en Évolution Professionnelle) - gratuit, obligatoire. 2. Préparer ton dossier de projet entrepreneurial. 3. Passer devant la CPIR pour validation. 4. Obtenir l'attestation. 5. Ensuite seulement, poser ta démission. 6. T'inscrire à France Travail dans les 6 mois.
Erreur fatale : créer ta micro-entreprise ou démissionner avant la validation CPIR. Dans ce cas, France Travail refuse l'ARE. La date du CEP doit impérativement précéder la démission.
Alternative : la rupture conventionnelle
Plus simple et sans risque. Ton employeur et toi convenez d'une séparation amiable. Tu touches l'ARE normalement, sans avoir à justifier d'un projet entrepreneurial. Inconvénient : ton employeur peut refuser.
Le TJM : combien facturer pour vivre comme un salarié ?
Le TJM (Taux Journalier Moyen) est la métrique clé du freelance. Pour le calculer, il faut intégrer tous les coûts invisibles que le salarié n’a pas :
Exemple : tu veux un équivalent net de 35 000 € par an (ce qu’un salarié à 50 000 € brut touche environ).
| Poste | Montant annuel |
|---|---|
| Revenu net souhaité | 35 000 € |
| Impôt sur le revenu (~11 %) | + 4 300 € |
| Cotisations sociales (~22 %) | + 11 500 € |
| Mutuelle + prévoyance | + 2 000 € |
| Épargne retraite complémentaire | + 3 000 € |
| Congés (5 sem. non facturées) | + 5 500 € |
| Frais pro (matériel, logiciels, compta) | + 3 000 € |
| Inter-contrats (1 mois) | + 5 500 € |
| CA nécessaire | ~69 800 € |
Sur environ 218 jours facturables (365 - 104 WE - 25 congés - 11 fériés - 7 maladie/inter-contrats), cela donne un TJM de ~320 € HT/jour.
Conclusion : pour vivre comme un salarié à 50 000 € brut, tu dois facturer environ 70 000 € HT par an. En dessous, tu gagnes effectivement moins qu’un salarié à poste équivalent.
TJM moyen par secteur en France (2025-2026)
| Secteur / Métier | Junior (< 4 ans) | Confirmé (5-10 ans) | Senior (11+ ans) |
|---|---|---|---|
| Développement web (fullstack, front, back) | ~350 €/j | ~485 €/j | ~600 €/j |
| Data / IA (data scientist, data engineer) | ~470 €/j | ~560 €/j | ~700 €/j |
| Cloud / DevOps / Cybersécurité | ~420 €/j | ~550 €/j | ~730 €/j |
| Conseil en stratégie / management | ~400 €/j | ~580 €/j | ~740 €/j |
| Marketing digital / growth | ~300 €/j | ~450 €/j | ~600 €/j |
| UX/UI design | ~350 €/j | ~500 €/j | ~650 €/j |
| Direction de projet / product management | ~380 €/j | ~530 €/j | ~700 €/j |
| Design graphique / print | ~250 €/j | ~380 €/j | ~480 €/j |
Sources : baromètre Malt 2025, études RH Solutions et Didaxis-Kicklox 2025-2026. TJM médian national tous profils : ~450 €/j. Les TJM en Île-de-France sont environ 5 % supérieurs à la province.
De salarié à freelance : les 7 étapes de la transition
L'ordre compte. Ne brûle pas les étapes, surtout pour préserver tes droits au chômage.
Valide ton projet (CEP + CPIR)
Si tu vises l'ARE après démission : contacte un Conseil en Évolution Professionnelle (gratuit), puis fais valider ton projet par la commission paritaire régionale. Cette étape doit précéder ta démission.
Choisis ton statut juridique
Micro-entreprise pour démarrer simplement (pas de compta complexe, cotisations sur CA). EURL/IS si tu dépasses 50 000 € de bénéfice. SASU ou portage salarial si tu veux maximiser la protection sociale.
Négocie ton départ
Rupture conventionnelle (idéal : ARE garantie) ou démission légitime (si projet validé par la CPIR). La rupture conv. est plus sûre car ton employeur signe, pas de risque de refus France Travail.
Crée ta structure et demande l'ACRE
Immatriculation sur le guichet unique (formalites.entreprises.gouv.fr). Dépose ta demande ACRE auprès de l'Urssaf dans les 60 jours. Ne rate pas ce délai : c'est 50 % de cotisations en moins la première année.
Inscris-toi à France Travail
Inscription dans les 6 mois suivant ta démission. Choisis entre ARE mensuelle (filet de sécurité) ou ARCE en capital (60 % de tes droits, trésorerie immédiate). L'ARCE nécessite d'avoir obtenu l'ACRE.
Souscris tes assurances
RC Pro (responsabilité civile professionnelle) : obligatoire dans certains métiers, recommandée partout. Mutuelle santé individuelle. Prévoyance (maintien de revenus en cas de maladie/accident). Budget : 150 à 300 €/mois.
Lance ta prospection avant le jour J
Idéalement, signe ton premier client avant de quitter ton CDI. Constitue un fonds de roulement de 3 à 6 mois de charges fixes. Les premiers mois sans revenus sont le premier risque du freelance.
Assurance RC Pro : ne pars pas sans
Données indicatives
Questions fréquentes sur freelance vs salarié
Calcule ton équivalent salarié
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